La Messe : particularités éthiopiennes

La divine liturgie : particularités éthiopiennes

Rite de l'encens (au début de la messe)

« Vierge Marie, Mère de Dieu, tu es le plat d'or qui porta le charbon incandescent (Is 6). Béni soit celui qui le reçoit du sanctuaire, parce qu'il remet les péchés et il détruit la faute, c’est le Verbe du Seigneur, qui s’est incarné par toi, il s'est offert à son Père comme un encens et un sacrifice agréable.

Nous t'adorons, o Christ, avec ton Père, bon et céleste, et avec ton Esprit Saint et vivifiant, parce que tu es venu et tu nous as sauvé.

Seigneur notre Dieu, de même que tu as détruit les murailles de Jéricho par l’action de Josué de Navi, ton serviteur, de même, détruis les murailles de mes péchés et des péchés de ton peuple présent par ma main, moi, ton serviteur.

L'ange vint chez elle, il se tint devant elle et lui dit: Salut, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi, tu es bénie entre toutes les femmes et béni le fruit de ton sein. Prie pour nous le Christ ton Fils, pour qu’il remette nos péchés.»

G. GHARIB e altri, I Testi mariani del I millenario, vol IV, Roma, 1991

Encensement avant l’Evangile (extrait)

« Celui-ci est le temps de la bénédiction, celui-ci est le temps de l'encens pur, temps de la gloire de notre Sauveur ami du genre humain, le Christ.

L'encens est Marie, parce que celui qui sent bon plus que tout encens, habite dans son sein et qu’elle l’a engendré, il vint et nous sauva.

Le parfum suave est Jésus Christ, venez, adorons-le, et observons ses commandements, pour qu’il remette nos péchés. […]

Le parfum suave est Marie, parce que celui qui est dans son sein dépasse tous les encens ; il vint et en elle en s’incarnant.

En Marie, la Vierge pure, le Père s'est complu et il a préparé ce tabernacle pour l’habitation de son Fils bien-aimé. […]

Tu es cet encens o Notre Sauveur, parce que tu es venu et tu nous as sauvé. Aie pitié de nous, o Seigneur ! […]

Réjouis-toi, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi, bénie es-tu entre les femmes et béni le fruit de ton sein. Prie et supplie ton Fils bien aimé Jésus Christ, pour qu’il nous remette nos péchés.»

G. GHARIB e altri, I Testi mariani del I millenario, vol IV, Roma, 1991

Les anaphores mariales

La Vierge occupe une place élevée dans la Messe éthiopienne, soit dans l'ordinaire soit dans les Anaphores.

La liturgie éthiopienne possède deux Anaphores spécifiquement mariales : ce fait est unique dans toutes les Églises chrétiennes.

La première Anaphore mariale porte comme titre: « Anaphore de Marie Vierge, Fille de Dieu, composée par abba Ciriaque, évêque de Bahnasa. »

Les premières traces d’une telle anaphore remontent seulement au XIV° siècle. Selon les critiques, l'attribution de l’anaphore à Ciriaque, évêque égyptien qui a vécu au VIII° siècle et dont on ignore tout de la vie, est un procédé commun dans l'Église éthiopienne pour éviter les interdits imposées par la hiérarchie copte de l'Egypte.

La seconde Anaphore mariale récemment découverte a pour titre : « Anaphore de notre Dame Marie Mère de Dieu, que composa l'abba Georges ».

Elle est aussi connue comme Anaphore de « Notre Dame, parfum suave de sainteté ».

Abba Georges est un moine du XIV° siècle. La tradition éthiopienne lui attribue la composition du Sa'atat ou Livre des Heures (il s’agit plutôt d’une révision).

Les deux Anaphores mariales font honneur à leurs auteurs pour la richesse théologique et l’élévation spirituelle et mystique qui en émane. L'image de Marie est esquissée à travers les événements et les personnages de l'Ancien Testament. Marie occupe une place spéciale dans la vie de chaque apôtre. Elle est vue à la lumière du mystère de la Trinité et sa maternité divine est exaltée, ainsi que sa virginité perpétuelle, son intercession universelle et sa médiation, avec un grand amour et dans une rare beauté formelle et poétique.

Anaphore de Marie Vierge, Fille de Dieu, composée par abba Ciriaque, évêque de Bahnasa.

Introduction

Mon cœur répand de bonnes paroles. Mon cœur répand d’heureuses paroles. Et j'annoncerai la sainteté de la Vierge Marie non de manière prolixe, mais simplement. J'annoncerai la louange de la Vierge, non avec longueur mais avec brièveté ; et je proclamerai les grandes oeuvres de la Vierge.

Praeconium I


[Ton parfum lui plut]

En tout lieu qui peut être nommé, en celui des martyrs, en celui resplendissant des justes, au lieu d'élection des anges et partout, tu es la plus haute et ton nom est connu auprès de Dieu. Levons-nous dans la crainte du Seigneur pour glorifier celle qui est pleine de louange en disant : O pleine de grâce, fleuve de félicité ! Tu possèdes une dignité plus grande que la dignité des Chérubins aux nombreux yeux, et que celle des Séraphins aux six ailes. Du ciel, Dieu le Père a regardé vers l’Est et vers l’Ouest, vers le Nord et vers le Midi ; il se tourna dans toutes les directions et flaira, mais il ne trouva personne comme toi et ton parfum lui plut, il aima ta beauté et envoya auprès de toi son Fils qu’il aimait. Saint est Dieu le Père qui a pris sa complaisance en toi, saint le Fils qui habite dans ton sein, saint le Paraclet qui te sanctifia et je te purifia.

Praeconium II


[L’image du métier à tisser]

O Vierge pleine de louange, à quoi et à qui te comparer ? Tu es un métier à tisser, parce que l'Emmanuel endosse de toi le vêtement ineffable de la chair ; de la chair née d'Adam il fit le patron, tandis que la trame fut ta chair et que la canette fut le Verbe lui-même; l'ombre du Dieu Très Haut fut l'ensouple et le tisseur fut l'Esprit Saint.

[Les images de l’Ancien Testament]

O prodige et chose admirable! O gué à travers lequel les anciens pères passèrent de la mort à la vie. O échelle de la terre au ciel !

Par toi le premier né de toute la création a été renouvelé. Tu fus l'espoir d'Adam quand il fut chassé du Paradis, la piété d'Abel tuée injustement, la bonté de Seth, les bonnes oeuvres d'Enoch, l'arche de Noé qui le sauva du désastre du déluge, la bénédiction de Sem et sa part, la pérégrination d'Abraham, le parfum d'Isaac et l'échelle de Jacob, la consolation de Joseph, les tables de Moïse, la ronceraie du Sinaï, les sonnettes du vêtement du prêtre Aaron, ainsi que le bâton qui produit fleurs et fruits, la stèle du témoignage de Josué, la toison de Gédéon, le vase d'onguent et la corne d'huile de Samuel, la verge dont Jesse se glorifiait, le chariot d'Aminadab, la cithare de David, la couronne de Salomon, le jardin fermé, la source scellée, le panier d'or d'Élie, le calice d'Elisée, la conception virginale d'Isaïe, la primogéniture sans noces d'Ezéchiel, l'émanation de la Loi à Bethléem, la terre d'Ephrata de Michée, l'arbre de vie de Silonidis, le pansement de la blessure de Nahum, la félicité de Zacharie, le temple pur de Malachie.

[Marie, depuis sa conception jusqu’à l’Annonciation]

O Vierge, tu es le modèle de la prédication des prophètes, l'orgueil des apôtres, la mère des martyrs et la sœur des anges, l'honneur des jeunes, des vierges et des moines qui, jour et nuit, ils se tiennent éveillés à leurs portes.

O Vierge ce n'est pas dans l'impureté et dans la volupté que tu as été conçue, mais tu es née des noces pures et légitimes d'Anne et Joachim ;

tu n'as pas grandi dans les délices comme les filles des Juifs qui ornaient leur cou, mais dans la sainteté et dans la pureté du temple ;

tu n'as pas été nourrie avec un pain terrestre, mais avec le pain céleste prêt dans le ciel des cieux ; tu n'as pas supporté la boisson terrestre, mais la boisson céleste provenant du ciel des cieux ;

tu n’as pas connu l'impureté des autres femmes venues avant et après de toi, mais tu étais ornée de pureté et de sainteté ; les jeunes corrompus ne sont pas venus te chercher avec des flatteries, mais ce furent les anges qui t’ont enviés.

Comme on raconte, prêtres et grands-prêtres t'ont loué ; tu n'as pas été fiancé à Joseph pour la concupiscence, mais pour qu'il fût le gardien de ta pureté comme lui même était pur. Dieu le Père, à la vue de ta pureté, t'envoie son ange de lumière, appelé Gabriel, qui te dit: "L'Esprit Saint descendra sur toi et la puissance du Très-haut te couvrira de son ombre"(Lc 1,35).

Il vint chez toi le Verbe, sans abandonner le sein du Père ; tu l'as conçu, sans qu’il ne se soit rétréci, et il fut enfermé dans ton sein maternel, sans devenir plus parfait là-haut, ni augmenter ici. Dans ton sein habite le feu de la divinité, l'incompréhensible et l'incommensurable.

[La demeure du feu]

Il ne serait pas juste de comparer la divinité avec le feu terrestre, ce dernier étant mesurable ; tandis que le feu de la divinité est ineffable : elle occupe une place et lui est égale. La divinité n'est pas circonscrite, comme le soleil et la lune, ni a un visage comme l'homme, mais est admirable et il siège au plus haut des cieux, où ne peut atteindre ni la pensée des hommes ni la science des anges.

La divinité n'a ni longueur ni largeur, ni partie supérieure ni inférieure, ni droite ni gauche, mais elle est partout et en tout. La divinité n'a pas d’étendue ni de diminution, mais, comme il a été dit, la divinité est en tous les endroits. La divinité n'est pas sur le firmament ni sous le fondement, mais il est firmament et fondement ensemble…

Revenons au début de notre discours et occupons-nous de la conception admirable, en disant:

O Vierge, quand le feu dévorant habita dans ton sein - son visage était feu, son vêtement était feu, sa splendeur était feu - alors comment ne te consume-t-il pas ?

Les sept voiles de feu où ont-ils été enfoncés, liés, étendus : dans ton sein, à ta droite ou à ta gauche, étant donné que tu es petite de corps ?

Le trône chérubique, flamboyant et entouré par des flammes incandescentes, où fut-il préparé dans ton sein, étant donné que tu étais une épouse petite ?

O toi, tout ensemble mère et servante !

O Matrice à la fois étroite et immense !

Conception sans mariage, par la seule parole !

Lait associé à la virginité !

Au-delà des mots En pensant à cela, mon esprit voudrait naviguer sur l'océan de ton Fils, mais les flots des secrets du Bien-aimé m'emportent. À cette pensée, mon esprit aspire à monter vers le haut, à entrer en des endroits secrets, à soulever le voile du vivant, mais il est retenu et il ne réussit pas à toucher la moitié de la moitié de l'éther.

Et pendant que je pense à celui-ci, mon esprit aspire à voler avec les vents, à l'est et à l'ouest, au nord et au midi, et en toutes les directions, pour contempler l'essence des créatures, sillonner les profondeurs des mers, connaître les altitudes du ciel, et aller partout, mais il est toujours empêché et il revient à son ancienne compréhension.

Et maintenant nous arrêtons de rechercher sa profondeur et de scruter son immensité ; en effet la langue des prophètes et des apôtres ne peut pas atteindre la mesure de sa louange. Elle est terrible, personne ne se moque d'elle et personne n'ose la traiter avec irrévérence.

Elle est humble à notre égard, mais personne n’atteint sa hauteur, même si elle a pris notre forme d'esclave. Elle est feu qui ne peut pas être touché, mais nous l'avons vue, nous l'avons touchée, et avec elle nous avons mangé et bu.

G. GHARIB e altri, I Testi mariani del I millenario, vol IV, Roma, 1991.

Seconde anaphore mariale, attribuée à Abba Georges Praeconium [Marie parfum suave de sainteté]

Marie, parfum suave de sainteté, nous t’offrons des louanges et d’humbles actions de grâces parce que tu as engendré pour nous la victime cultuelle agréable.

Tu es pure entre les purs, nous invoquons ta grandeur que le discours est incapable d'exprimer. Nous te supplions Vierge, tandis que nous invoquons les pères anciens.

Tu es leur espoir et l’espoir de tous ; tu intercèdes auprès de ton Fils, pour qu’il accorde le repos à leurs âmes dans le paradis des délices.

O Marie, centre du monde entier, ton sein est plus vaste que les cieux, et la beauté de ton visage resplendit plus que la lumière du soleil.

Tu es plus grande que les Chérubins aux yeux multiples et que des Séraphins aux six ailes, qui restent dans sa présence et tremblent de sa majesté et, eux qui en détendant les ailes, disent: Saint, saint, saint le Seigneur Sabaot. Le ciel et la terre sont pleins de sa sainteté de sa gloire.

O Marie, salut d'Adam, acceptation de l'oblation d'Abel, navire de sagesse pour Enoch qui, par toi, est passé de la mort à la vie.

O Marie, arche de Noé, toi qui naviguas au milieu du déluge et cachas l'âme de toutes les créatures aux flots de la mer.

O Marie, surabondance de la grâce de Sem, remède à la malédiction de Cham, cadeau de la bénédiction de Japhet.

O Marie, pureté de la prêtrise de Melchisédech, champ d'Abraham, qui procura le bélier pour le rachat d'Isaac.

O Marie, échelle d'or qu’Israël vit en Béthel par lequel montaient et descendaient les anges du Très Haut, et sur le sommet de laquelle était le Seigneur.

O Marie, ornement des vêtements d'Aaron et buisson de Moïse. Tu es la stèle commémorative de Josué.

O Marie, tu es la nuée de Job, la toison de Gédeon et la corne d'huile de Samuel, et pour toi tous les fruits de la terre répandirent un parfum suave.

O Marie, David te loua et Salomon te magnifia, en appelant tes voies ‘jardin clos’.

O Marie, calice d'intelligence de Satuel, salut de Daniel au milieu des lions, vie d'Élie.

O Marie, corne de prophétie d'Isaïe, sainteté de Jérémie et porte d'Ezechiel de qui le soleil resplendissant apparut du haut des cieux.

O Marie, candélabre d'or du fils d'Addo, des sept lampes et des sept bras symbole des ministres du sacrement.

O Marie, fille d'Anne et de Joachim, libératrice de tout le monde et siège de la divinité terrible.

O Marie, clés de Pierre, tabernacle du testament de Paul, maître de la vision de Jean le métropolite.

O Marie, navire de salut d'André, force de la prédication de Jacques, fils de Zébédée. Tu es la branche de palmier de saint Matthieu, le chant virginal de Thomas et la parole de foi de Jacques fils d'Alphée, qu'il fut lapidé dans le temple. Tu es l'épi de blé du bienheureux Thaddée.

O Marie, tu es le pressoir du raisin de saint Bartolomé apôtre, la doctrine de Philippe en Afrique et la dignité épiscopale de Nathanaël de Samarie.

O Marie, libératrice de Matthias en prison et la nourrice de Jacques, l’auxiliatrice de Marc, la soignante de Luc à qui le bras fut rendu après avoir été amputé.

O Marie, sœur des anges, fille des prophètes et grâce des apôtres.

O verge, couronne des martyrs, mère des égaux et gloire des églises. La gloire de ton Fils remplit le ciel et la terre, les monts et les coteaux, les choses visibles et invisibles. Il se complut et il fut contenu dans ton sein pour racheter le genre humain et sa naissance fut manifestée par l'Esprit Saint. Comme tous, il ne dédaigna pas de sucer tes mamelles et accomplit les lois humaines, sauf le péché. Il grandit graduellement et il devint adolescent. Il peina, sua, eut faim et soif pour nous racheter. Puis il détendit les bras pour souffrir sur le bois de la croix, pour guérir les souffrants et racheter ceux qui se trouvaient dans l’Ades. Et il revint pour révéler à ses disciples l'ordre de l'oblation.


G. GHARIB e altri, I Testi mariani del I millenario, vol IV, Roma, 1991

Synthèse Françoise Breynaert

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