L’anaphore des apôtres Addaï et Mari

L’anaphore des apôtres Addaï et Mari

Les apôtres Addaï et Mari sont des personnages auxquels les traditions orientales reconnaissent deux des soixante-douze disciples.

L'anaphore des apôtres Addaï et Mari date du III° siècle, et elle est toujours en usage dans certaines Eglises orientales, notamment l'Eglise assyrienne d'Orient, qui n'est pas en pleine communion avec l'Eglise catholique.

La plupart d'entre nous sommes habitués à lier l'Eucharistie aux paroles du Christ « ceci est mon corps... ceci est mon sang », comme cela est dit dans la tradition apostolique qui date environ de l'an 215 à Rome, puis dans les prières eucharistiques romaines ou byzantines.

Pourtant, l'anaphore d'Addaï et Mari ne comporte pas le récit de l'institution avec les paroles du Christ, cela ne doit pas nous étonner outre mesure, la Didachè (compilation qui date sans doute de la fin du 1° siècle), aux chapitres 9 et 10, comporte aussi des formules eucharistiques sans le récit de la cène.

Dans la Didachè ou dans l'anaphore d' Addaï et Mari, la présence réelle du Christ est liée à l'invocation de l'Esprit Saint et au mémorial : l'Esprit Saint nous rend présent à l'action que Dieu a faite un jour dans l'histoire, car Dieu est au-delà de l'espace-temps.

Dans l'Anaphore d'Addaï et Mari, le prêtre rend grâce au Seigneur (voici un extrait) :

Car tu as revêtu notre humanité pour nous vivifier par ta divinité ; tu as élevé notre humilité et relevé notre chute ; tu as ressuscité notre mortalité...

L'assemblée répond : "Amen".

Le diacre invite : "priez en votre esprit".

Le prêtre fait alors mémoire des pères justes et pieux, puis il prie pour les habitants de la terre, et finalement sa prière devient un mémorial du Christ et une invocation de l'Esprit Saint (épiclèse):

Et nous aussi Seigneur, tes serviteurs fragiles, faibles et infirmes, qui sommes rassemblés et nous tenons devant toi en ce moment, nous avons reçu selon la tradition l'exemple qui vient de toi, nous réjouissant, glorifiant, exaltant, commémorant et louant et célébrant ce mystère grand et redoutable de la passion, la mort et la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ.

Et vienne, Seigneur, ton Esprit Saint, et qu'il repose sur cette oblation de tes serviteurs ; qu'il la bénisse et la sanctifie, afin qu'elle soit pour nous, Seigneur, le pardon des fautes, la rémission des péchés, en vue de la grande espérance de la résurrection d'entre les morts et la vie nouvelle dans le royaume des cieux, avec tous ceux qui ont été agréables à tes yeux.

Oecuménisme :

Le 26 octobre 2001, le Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens a publié les orientations pour l'admission à l'Eucharistie entre l'Eglise chaldéenne et l'Eglise assyrienne d'Orient. L'accord prévoit que les fidèles de l'Eglise chaldéenne, qui sont des catholiques, pourront, en cas de nécessité, participer à l'eucharistie assyrienne et y communier.

Ce texte, d'apparence banale, met fin à la définition des paroles de Jésus comme paroles de la consécration.

L'introduction en Occident de l'épiclèse (l'invocation de l'Esprit Saint) explique ce rapprochement.

Marie :

Ainsi, la connaissance de l'Eglise assyrienne invite toute l'Eglise à un recentrage sur le rôle de l'Esprit Saint au moment de l'Eucharistie.

Ceci rappelle le mystère fondateur de l'Incarnation, l'œuvre du Saint Esprit dans le sein de Marie, quand le corps du Christ unit l'humanité à la divinité.


F.Breynaert.

Cahiers Evangile n°140, juin 2007, p. 63-74.