Expulser les esprits mauvais et guérir toute maladie (Benoît XVI)

Expulser les esprits mauvais et guérir toute maladie (Benoît XVI)

St Matthieu développe avec quelques particularités le contenu de la mission :

« Et [il] leur donna le pouvoir d'expulser les esprits mauvais et de guérir toute maladie et toute infirmité » (Mt 10, 1).

Le premier mandat qui leur est confié est de prêcher, c'est-à-dire de faire don aux hommes de la lumière de la Parole, du message de Jésus. Les apôtres, sont avant tout des évangélistes ; comme Jésus, ils proclament le Royaume de Dieu et rassemblent ainsi les hommes qui constitueront la nouvelle famille de Dieu. Mais la prédication du Royaume de Dieu ne se réduit jamais à une simple parole, à un simple enseignement. Elle est événement, tout comme Jésus lui-même est événement ; elle est la Parole de Dieu en personne. En l'annonçant, les apôtres conduisent à la rencontre avec Jésus.

[...]

Au mandat d'exorciser, Matthieu ajoute la mission de guérir ; les Douze sont envoyés pour « guérir toute maladie et toute infirmité » (Mt 10, 1). Guérir est une dimension essentielle de la mission apostolique et de la foi chrétienne en général.

Eugen Biser qualifie carrément le christianisme de « religion thérapeutique », de religion de la guérison. Si l'on conçoit cette formulation avec la profondeur nécessaire, on y trouve exprimé tout ce que contient le terme de « rédemption ».

Le pouvoir de chasser les démons et de libérer le monde de leur sombre menace pour le tourner vers le Dieu unique et vrai, ce pouvoir-là exclut toute compréhension magique de la guérison, car la magie tente justement d'utiliser ces forces occultes. De plus, avoir recours à la magie pour guérir est toujours lié à l'art de retourner le mal contre le prochain et de mobiliser contre lui les « démons ».

Seigneurie de Dieu, Royaume de Dieu, signifie justement que ces puissances sont privées de tout pouvoir par l'avènement du Dieu unique qui est bon, qui est en soi le Bien.

Le pouvoir de guérir dont disposent les envoyés de Jésus Christ est le contraire de la magie, il exorcise le monde y compris dans le domaine de la médecine. Les guérisons miraculeuses accomplies par le Seigneur et par les Douze révèlent Dieu dans son pouvoir bienfaisant sur le monde. Elles sont par essence des « signes » qui renvoient à Dieu lui-même et qui sont destinés à mettre l'homme en mouvement vers Dieu. Seul le chemin d'union progressive avec lui constitue le vrai processus de guérison de l'homme.

Ainsi les guérisons miraculeuses opérées par Jésus lui-même et par les siens sont un élément second dans l'ensemble de leur activité, dans laquelle est en jeu la réalité la plus profonde, le « Royaume de Dieu » précisément, c'est-à-dire le fait que Dieu règne en nous et dans le monde.

De même que l'exorcisme chasse la peur des démons et lègue à la raison humaine le monde qui provient de la raison de Dieu, de même l'acte de guérir grâce au pouvoir divin est un appel à croire en Dieu et à mettre les forces de la raison au service de la guérison.

Il s'agit toujours là d'une raison très ouverte, qui perçoit Dieu et qui, de ce fait, reconnaît l'homme en tant qu'unité de corps et d'âme. Pour réellement guérir l'homme, explique Benoît XVI, il faut le concevoir dans sa totalité et savoir que sa guérison définitive ne peut venir que de l'amour de Dieu.


JOSEPH RATZINGER, BENOIT XVI,

Jésus de Nazareth, Tome I, Flammarion, Paris 2007,

p. 197 et 200-201

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