Vivre la souffrance comme un travail d'enfantement

Vivre la souffrance comme un travail d'enfantement

Jean Paul II enseigne que toute souffrance doit être vécue comme un travail d'enfantement, à l'image de la femme qui enfante (Jn 16, 21). L'accouchement ouvre à la joie de la naissance :

«La femme, sur le point d'accoucher, s'attriste parce que son heure est venue; mais lorsqu'elle a donné le jour à l'enfant, elle ne se souvient plus de ses douleurs, dans la joie qu'un homme soit venu au monde» (Jn 16, 21).

Ces paroles du Christ, dans leur première partie, évoquent les «douleurs de l'enfantement» qui appartiennent à l'héritage du péché originel; mais en même temps elles montrent le lien de la maternité de la femme avec le mystère pascal. En effet, dans ce mystère, il y a également la douleur de la Mère au pied de la Croix, de la Mère qui participe dans la foi au mystère bouleversant du «dépouillement» de son propre Fils. «C'est là, sans doute, la "kénose" la plus profonde de la foi dans l'histoire de l'humanité».

En contemplant cette Mère, à qui «une épée a transpercé l'âme» (cf. Lc 2, 35), l'esprit se tourne vers toutes les femmes qui souffrent dans le monde, qui souffrent physiquement ou moralement. Dans cette souffrance, la sensibilité propre de la femme joue aussi son rôle; même si souvent elle sait mieux résister à la souffrance que l'homme.

Il est difficile de faire le bilan de ces souffrances, il est difficile de les nommer toutes: on peut rappeler la préoccupation maternelle pour les enfants, surtout quand ils sont malades ou qu'ils prennent une voie mauvaise, la mort des personnes les plus chères, la solitude des mères qu'oublient les enfants adultes ou celle des veuves, les souffrances des femmes qui luttent seules pour survivre et des femmes qui ont été lésées ou qui sont exploitées. Il y a enfin les souffrances des consciences à cause du péché qui a blessé la dignité humaine ou maternelle de la femme, les blessures des consciences qui ne se cicatrisent pas facilement. C'est aussi avec ces souffrances qu'il faut venir au pied de la Croix du Christ.

Mais les paroles de l'Evangile sur la femme qui éprouve de la tristesse lorsqu'est venue pour elle l'heure de donner le jour à son enfant expriment aussitôt après la joie: c'est «la joie qu'un homme soit venu au monde».

Cette joie se rattache aussi au mystère pascal, c'est-à-dire à la joie qui est donnée en partage aux Apôtres le jour de la Résurrection du Christ: «Vous aussi, maintenant vous voilà tristes» (ces paroles ont été prononcées la veille de la passion);

«mais je vous verrai de nouveau et votre coeur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l'enlèvera» (Jn 16, 22).


Pape Jean Paul II, Lettre apostolique Mulieris dignitatem, n°19, 15 août 1988

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