Il est prouvé que le Coran est une élaboration progressive

La décision d’affirmer que le Coran est incréé date de 847 et c’est un grand tournant

Un épisode essentiel pour le phénomène de cristallisation de l’islam intervient en 847, lorsque le Calife al-Mutawakkil proclame le dogme du Coran incréé pour trancher le vif débat opposant entre les Mautazilit (qui pensaient que le Coran était créé et écrit par des hommes), et les Hacharites (qui soutenaient qu’il était incréé). C’est seulement à  partir de cette date, 200 ans après Mahomet, qu’on va disposer d’exemplaires du Coran complets.

A partir de cette date et de ce tournant, les plus anciens manuscrits sont grattés et corrigés

C’est à partir de cette date que la parole « Dis » est rajoutée en tête des textes existants plus anciens, pour retrouver une cohérence et exprimer que c’est toujours Dieu qui parle, en mettant ses paroles dans la bouche des hommes qui parlent dans le Coran.

Les photos des plus anciens manuscrits du Coran (mi-7ème siècle, - mi-8ème siècle) sont accablantes pour montrer à quel point le texte à été changé, corrigé, découpé, effacé, raclé, lavé, réécrit par dessus (palimpseste) sur ces manuscrits eux-mêmes. Quelle meilleure attestation avoir du rapport au texte (pas de respect d’un texte sacré incréé) et de l’entreprise de rédaction progressive du Coran ?

Le Coran évoque un contexte syrien et non arabe et atteste d’un substrat araméen

La poursuite de l’écriture et de la réécriture du Coran aux 8eme et 9eme siècles à partir du contexte syriaque (araméen) de l’écriture du Coran a été démontrée par Patricia Crone de manière tout à fait convaincante en établissant notamment que le Coran dans la somme de ses sourates mecquoise s’adresse à des agriculteurs, des éleveurs et des pécheurs. Il donne par exemple des règles sur les coquillages ou les oliviers : toutes choses qui n’existent pas à La Mecque.

Par ailleurs, l'étude du texte révèle aussi des soubassements linguistiques syro-araméens : des expressions araméennes translittérées en arabe, le sens araméens de certaines expressions (Mère de Jésus = Esprit Saint) étant transformé par leur lecture et interprétation en arabe (Mère de Jésus = Marie). Cela pourrait être aussi une trace de l’alliance ancienne et révolue entre des araméophones judéo-nazaréens, et les Arabes christianisés au contact de chrétiens syriaques.

Les travaux de Luxenberg et Lüling ont également mis en évidence la construction progressive du Coran en milieu califal en démontrant ses influences multiples provenant de midrash et de traditions juives, de la Torah, des Évangiles et de textes apocryphes, d’homélies et d’hymnes chrétiens, de contes et légendes, de traités de médecine et de récits historiques, etc. ...

Même l‘idée de la vénération des Pierres noires du Golan qui s’apparente à la Kaaba vient de Syrie comme l’atteste l’histoire de l’Empereur Heliogabal Marcus IIIème siècle après Jésus-Christ.

En 2014, la Théorie des Codes appliquée au texte Coranique prouve mathématiquement la tardive et progressive élaboration du Coran

Jean-Jacques Walter publie Le Coran Révélé par la Théorie des Codes (2014) rend compte de l’étude informatisée du Coran et permet de reconstituer l’histoire de sa rédaction, par l’établissement de 6 conclusions indubitables du fait du caractère de preuve scientifique du travail mathématique sur le texte Coranique : 1°/ Mahomet n’est pas à l’origine du Coran : il a été rédigé par au moins 30 auteurs (vraisemblablement 50), 2°/ Le Coran a été écrit sur une période de plus de 200 ans, 3°/ Le classement du Coran entre sourates mecquoises et médinoises est arbitraire (« un artefact de grammairien »), sans signification historique, 4/ Mahomet a été intronisé prophète de l’islam au plus tôt 60 ans après sa mort (et probablement beaucoup plus tard) ; toutes les mentions à son nom dans le Coran sont des interpolations (ajouts tardifs), 5°/ A l’origine de l’islam se trouve la théologie nazaréenne (groupe judéochrétien hérétique, de tradition et d’ethnie juive et ayant reconnu Jésus comme Messie politique) dont on retrouve le copié-collé dans le Coran, 6°/ La fondation du premier islam est la condamnation du christianisme, particulièrement du dogme de la Trinité, et non l’affirmation d’un monothéisme nouveau.

Il faut insister sur le caractère tardif des sources musulmanes publiées plus de 200 ans après Mahomet

Écrire plus de 200 ans après les faits reviendrait à écrire aujourd’hui l’histoire de la Révolution Française, voire de Louis XV, d’après la seule tradition orale, dans un contexte particulier où il n’y avait justement aucune tradition orale attestée, et dans un contexte de destruction systématique par les autorités des documents historiques sur cette période. Nous sommes dans une situation très différente de celle des origines et des sources chrétiennes qui ont été gardées dans un contexte de grande persécution et dans une tradition orale très élaborée, attestée et pratiquée avec soin par le peuple hébreu depuis l’Exil.

Tous les textes de la tradition islamique écrits au 9ème siècle sont rédigés sous la domination des Califes Abbasides de Badgad (Irak), en milieu persan

Il est très important de noter le contexte culturel de l’apparition des premières sources écrites au 9ème siècle et après : cela se passe sous les Califes de Bagdad (Abbassides), en milieu persan, loin du contexte hébréo-araméo-arabe de Damas (Omeyyades) et encore plus loin du contexte hébréo-araméo-arabe de Médine (Mahomet puis 4 premiers Califes). Par exemple, l’un des tout premiers traditionnistes musulmans, Tabari, auteur de la première chronique "historique", était persan et non arabe (auteur également du premier tafsir, traité d'exégèse du Coran, au 10e siècle)

Les hadiths sont aussi des écrits de circonstances écrits tardivement et à la demande des califes

Coran et hadiths ne sont pas des textes à vocation historique mais des textes normatifs ; en particulier, la transmission des hadiths avait pour but de répondre à des problèmes de doctrine religieuse, selon le contexte du moment (et pas de transmettre des données historiques) ; ils sont donc très susceptibles d’avoir évolué, d’avoir été modifiés, d’avoir été augmentés en fonction de l’évolution de ce contexte. Il faut noter par exemple le cas de la sourate 9, qui codifie les rapports entre musulmans et mécréants, dont les dhimmi, dans le cadre d’une administration d’empire qui n’avait pas cours au temps de Mahomet.

La tradition musulmane se critique elle-même par la critique des Califes, qui auraient « sali » la figure de Mahomet en faisant écrire des hadiths sur commande, afin de prêter à Mahomet leur propre conduite pour la justifier (assassinats d’opposants, taille grandissante du harem, relations pédophiles …). La tradition musulmane elle-même explicite comment les traditionnistes ont été forcés, persécutés ou corrompus pour écrire des hadiths convenant aux intérêts et demandes des Califes.

Tout cela a conduit à la production d’un nombre invraisemblable de hadiths

Il y a un énorme volume de déchets produit par cette tradition. Selon ses propres critères d’analyse, il y aurait pour certains seulement 20 000 hadiths sahih, c’est-à-dire jugés comme authentiques par les traditionnistes musulmans, sur un total de plus d’un million et demi. La critique islamique écarte les auteurs peu sérieux ou peu crédibles selon ses critères propres de légitimité et d’autorité des transmetteurs dans les chaînes orales (isnad) ; mais ce « ménage » reste toujours aujourd’hui difficilement accessible aux musulmans moyens (traités compliqués écrits en arabe, peu ou pas traduits dans les langues vernaculaires).

Il y a aussi des impossibilités physiques : Boukhari aurait retenu par coeur 200.000 hadiths (!), et en aurait recueilli 600.000 au total, avec le détail de leurs chaînes de transmission orale (isnad). Sur ce nombre, et selon sa sélection, il en a publié environ 20 000, écartant donc  580 000 hadiths. Un seul transmetteur, Abû Hurayra, serait selon la tradition à l’origine du tiers des hadiths sahih (5300-5400), soit presque 1 par jour dans la vie supposée de Mahomet. Tout cela étant raconté 200 ans après ...

Il n’y a jamais eu de tradition orale arabe, ni anciennement, ni aujourd’hui

Aujourd’hui, l’apprentissage par cœur du Coran se fait à partir de supports écrits : il n’y a toujours pas de transmission orale, comme il n’y en a pas eu non plus dans le passé. Donc l’argumentation apologétique musulmane sur la « tradition orale arabe qui aurait tout transmis à l’identique entre 610 et le 9ème siècle » (au moins) relève de la mythologie. Comment croire que le Coran et les hadiths ont-ils été transmis oralement si plus personne aujourd’hui n’est capable de le faire ? Ce n’est pas le cas par exemple dans le monde araméen où une tradition orale attestée par des siècles de pratique et des méthodes connues perdure encore aujourd’hui après avoir été essentielle dans le passé.

Les croyances islamiques n’ont été établies que très progressivement jusqu’au 10ème siècle

A la cour des Califes, il n’y avait que des chrétiens ou des convertis venus du Christianisme.

L’apparition du terme « islam » pour désigner la religion des Arabes n’est venue qu’à partir de 710 seulement. La religion était peu définie avant Abd al Malik, et réservée aux seuls Arabes, le prcessus d’universalisation intervenant seulement avec la prise de pouvoir par les Abbassides, à partir de 750, les conquêtes « islamiques » jusqu'au milieu du 8e siècle se faisant sans référence ni au Coran, ni à Mahomet, et sans demande de conversion des populations conquises. En témoignent les écrits de Jean de Damas (Traité contre les Hérésies, vers 746) et les travaux de Alfred-Louis de Prémare (Les fondations de l’islam, Editions du Seuil, 2002) et Robert G. Hoyland (Seeing islam as others saw it, 1998 – L’islam Comme il a été perçu par les Autres)