L’amour comme totalité et infini (Ste Thérèse de Lisieux)

L’amour comme totalité et infini (Ste Thérèse de Lisieux)

L'amour d'abord comme grâce reçue.

A Noël 1886, la jeune Thérèse a reçu la grâce de « sortir de l'enfance », au sens négatif de l'infantilisme, dans la communion à « l'admirable échange » de l'Incarnation. Jésus accomplit un « petit miracle » pour « la faire grandir » en un instant, alors que lui se fait tout- petit : « En cette nuit où Il se fit faible et souffrant pour mon amour, Il me rendit forte et courageuse » (Ms A, 44v). Dans le très beau texte du Manuscrit A, Thérèse passe immédiatement de la Crèche à la Croix en racontant ce qui concerne le salut du criminel Pranzini, son « premier enfant » (46v), à partir de la contemplation d'une image de Jésus Crucifié. « Sortie de l'enfance » à Noël, l'enfant est devenue une femme, déjà épouse et mère à 14 ans, avant d'entrer au Carmel !

Jésus, je t'aime. Un amour théologique, trinitaire.

C'est en aimant Jésus que Thérèse vit au cœur de la Trinité. Son christocentrisme est trinitaire. Ce « Jésus Je t'aime », c'est l'Esprit Saint présent à l'intime de son Cœur :

Ah! tu le sais, Divin Jésus je t'aime

L'Esprit d'Amour m'embrase de son feu

C'est en t'aimant que j'attire le Père.

(Poésie Vivre d'Amour PN 17/2)

Cet acte d'amour était comme la "respiration" continuelle de Thérèse, et elle l'a exprimé dans son dernier souffle. Elle est morte en disant une dernière fois à Jésus: "Mon Dieu je vous aime!" :

Mon Bien-Aimé, Beauté suprême

A moi tu te donnes toi-même

Mais en retour

Jésus je t'aime

Et ma vie n'est qu'un seul acte d'amour!

(PN 28/2)

L'amour absolu, comme Totalité et infini.

Dès ici-bas, Thérèse est consommée par « l'amour, ce feu de la patrie » (Poésie 45, 7)
L'amour absolu est déjà possible en cette vie[1], alors que le savoir absolu est réservé à la vision de Dieu dans l'au-delà. L'apôtre Pierre écrivait en parlant de Jésus : « Sans l'avoir vu, vous l'aimez, sans le voir encore, mais en croyant, vous tressaillez d'une joie indicible et pleine de gloire. » (1P 1, 8).

Thérèse avait très bien compris le danger « d'être tout » ; la foi et l'amour l'empêche de tomber dans le panthéisme : en acceptant toutes ses limites et sa petitesse de créature - « Je ne suis qu'une enfant, impuissante et faible » (Ms B 3v) - peut réellement être divinisée par l'amour :

« Je compris que l'Amour renfermait toutes les Vocations, que l'Amour était tout, qu'il embrassait tous les temps et tous les lieux... en un mot qu'il est Éternel ! Alors dans l'excès de ma joie délirante je me suis écriée : Ô Jésus mon Amour... ma vocation enfin je l'ai trouvée, ma vocation, c'est l'Amour !... Oui j'ai trouvé ma place, dans l'Église et cette place, ô mon Dieu, c'est vous qui me l'avez donnée... dans le Cœur de l'Église, ma Mère, je serai l'Amour... ainsi je serai tout... ainsi mon rêve sera réalisé !!! » (Ms B 3 v)


[1] St Thomas d'Aquin, Somme théologique II, II, q 27a 4, 5, et 6.


Synthèse par F. Breynaert à partir de F-M Léthel,

Théologie de l'amour de Jésus, Editions du Carmel 1996, p. 161-169

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