Et il n'y a aucune tache en toi (Ct 4, 7)

Et il n'y aucune tache en toi (Ct 4, 7)

LAlliance est comprise comme une union, une proximité de Dieu avec son peuple ; elle comporte une sainteté toujours croissante. Les commentaires du judaïsme ancien parlent à ce propos d’une candeur immaculée, une beauté sans corruption, une nouveauté de vie.

Au moment de l'Alliance : Dieu guérit.

Dans le récit de la première Alliance : Exode 19-24. Le peuple entend, voit, fait... La tradition en tire la conséquence : le Seigneur a guérit toutes les infirmités, il n'y a plus d'aveugles ni aucun handicap[1].

A la sainteté de Dieu doit correspondre un peuple sans tache

La Torah offerte à Israël est pure, parfaite, immaculée. A la Torah sans tache devait correspondre un peuple sans tache, ni handicap. L'approche du Dieu saint exige une sainteté totale, car c'est une lumière qui scrute jusqu'au fond des cœurs[2].

L'Alliance est un Renouveau

Exode 19 commence par ces mots "au troisième mois = hébreu : bakodesh" ; mais le texte hébreu n'a pas de voyelle, et les rabbins, en changeant la vocalisation lisent « lors du renouveau = bakidoush)[3].

Dans le livre de l'Exode, juste avant la première Alliance, les Hébreux eurent à se laver, à être purifiés, avant de pouvoir donner leur Oui à Dieu. (Exode 19, 10.14).

A partir de ce passage de l'Ecriture, la tradition juive dit constamment que Dieu purifia son peuple de toute faute et de toute infirmité, afin qu'il soit prêt à prononcer son « Oui » au Sinaï. Au temps du Christ, Philon d'Alexandrie[4] dit qu'au désert les Israélites se purifièrent des péchés commis en Egypte et portèrent au Sinaï des vêtements d'une candeur incomparable, reflets de leurs esprits renouvelés.

Tu es toute belle mon amie !

Au 2ème siècle, une autre tradition[5] dit que l'assemblée au Sinaï était comme une épouse devant laquelle l'époux s'exclame : « Tu es toute belle mon amie, et il n'y aucune tache en toi ! » (Ct 4,7)

Pour le Talmud babylonien[6], au Sinaï, le peuple fut délivré de son incontinence sexuelle, et tout était comme si le monde fut revenu à l'innocence des origines: « Quand le serpent s'approcha d'Eve, il lui transmit la concupiscence... Mais pour les hébreux qui se tinrent au Sinaï, cessa leur incontinence. » La purification totale que Dieu veut effectuer en son peuple pour qu'il soit capable d'accueillir la Torah est mise en rapport avec la beauté d'Eve avant la faute originelle.

Les disciples de Jésus comprirent...

Les disciples de Jésus lisaient l'Ancien Testament avec la tradition juive, orale et écrite. C'est ainsi que tout naturellement, ils ont compris que la Vierge Marie qui se situe au seuil de la nouvelle Alliance est immaculée.

Le récit de saint Luc dit que Marie est saluée comme « comblée de grâce », avec « Réjouis-toi, comblée de grâce [grec : Kecharitoméné] » (Lc 1, 28). Kécharitoméné est un parfait passif : il signifie une action (divine) et que cette action est déjà accomplie au moment où l'ange parle.

La tradition chrétienne a exprimé la beauté immaculée de Marie d'une manière très proche de la façon dont le Talmud Babylonien a fixé (entre l'an 500 et 750 de notre ère) la tradition concernant la beauté de l'assemblée réunie au Sinaï :

« L'Esprit Saint l'a fait chaste et bénie comme Eve avant que le serpent ne lui parle. Il lui a donné la beauté première, celle qu'avait Eve avant qu'elle ne goûte l'arbre plein de mort. [...] Le Seigneur la fit nouvelle et il vit qu'elle était très belle comme la première, alors il habita en elle et s'incarna. » (Jacques de Saroug † 521[7]).

La tradition chrétienne a compris que Marie a été préparée en vue de pouvoir donner son Oui à Dieu, « sans que nul péché ne la retienne » (Vatican II, Lumen gentium 56), elle est immaculée pour que le « Fiat » de l'Annonciation jaillît plus libre et joyeux, pour qu'elle soit capable de vivre l'Alliance.

L'Eglise, qui, à la suite de la Vierge Marie, entre dans la nouvelle Alliance, est elle aussi voulue par le Christ « toute glorieuse, sans tache ni ride, mais et immaculée » (Eph 5, 27).


[1] Il y a de très nombreuses références de la tradition juive, notamment :

- rabbi Simeon ben Yocahi vers l'an 150 ;

- rabbi Eliezer ; etc.

[2] Exemple de textes de la tradition juive :

- Nombres Rabba 7, 1 sur Nombres 5,2 - rabbi Abba, vers l'an 380.

- Pesiktà di Rav Kahana 12, 19 - rabbi Juda ben rabbi Simon, vers l'an 320.

[3] Exemple : Pesiktà de Rav Kahana 12, 19 (rabbi Juda ben rabbi Simon, vers 320).

[4] PHILON, Du Décalogue 10.45

[5] Attribuée à Rabbi Siméon ben Jochai († 150 environ après J-C) cf. Cantique Rabba 4,7.1

[6] Talmud Babylonien, Shabbat 145b-146a ; Yebamoth 103b (Rabbi Yochanan † 279, qui semble se faire le porte parole de Rabbi Siméon ben Yochai, vers 150)

[7] Vona C, Omelie mariologiche di s. Giacomo di Sarug, Roma 1953, pp. 130. Omelia I sulla Beata Vergine Genitrice di Dio Maria, vv 400-404 e 438-439


A. Serra

Cf. Aristide SERRA, La Donna dell’Alleanza, Prefigurazioni di Maria nell’Antico Testamento, Messaggero di sant’Antonio – editrice, Padova 2006, p. (www.edizionimessaggero.it)