Mt 1, 19 : Joseph, homme juste

Mt 1, 19 : Joseph, homme juste

Dans la langue courante, ce mot est généralement compris comme caractérisant celui "qui se conforme à l'équité en respectant les principes de la morale ou de la religion", selon la définition donnée par le Petit Larousse. Toujours dans ce dictionnaire, le terme de justice peut avoir six sens : "1. principe moral qui exige le respect du droit et de l'équité. 2. Vertu morale qui consiste à être juste, à respecter les droits d'autrui. 3. Caractère de ce qui est juste, impartial. 4. Action par laquelle une autorité, un pouvoir judiciaire reconnaît le droit de chacun. 5. Acte par lequel s'exerce ce pouvoir, cette fonction. 6. Institution qui exerce un pouvoir juridictionnel, ensemble de ces institutions."

La justice selon l'Ecriture a une dimension bien plus large et aucune de ces définitions n'est suffisante pour parler de Joseph, homme juste.

La première mention d'un juste est celle de Noé, "un homme juste, intègre parmi ses contemporains, et (qui) marchait avec Dieu." (Gen 6,9). Cette première mention d'un juste nous oriente dans une double direction : un rapport juste envers les contemporains, qualifié en l'occurrence "d'intègre", et un rapport juste avec Dieu, ce que signifie l'expression "il marchait avec Dieu".

Le Psautier s'ouvre par l'évocation du juste : « Heureux l'homme qui se plaît dans la Loi du Seigneur, qui murmure sa Loi jour et nuit... Il est comme un arbre planté auprès des cours d'eau; celui-là portera du fruit en son temps... Car Le Seigneur connaît le chemin du juste, mais le chemin du méchant se perd. » (Ps 1)

Dans le Nouveau Testament, plusieurs sont appelés "justes" par exemple Zacharie et Elisabeth : « Tous deux étaient justes devant Dieu et ils suivaient tous les commandements et observances du Seigneur d'une manière irréprochable » (Lc 1,6). Mais aussi le centurion Corneille, un païen : « C'est le Centurion Corneille, un homme juste, qui craint Dieu et dont la réputation est bonne parmi la population juive tout entière. » (Ac 10,22).

Surtout, dans le Nouveau Testament, en Jésus Dieu nous rend juste, et cela de manière définitive (Cf. Rm 5,18). En d'autres termes, il nous garde dans son Alliance.

Joseph, un homme "ajusté" à Dieu

Dans l'Evangile de Matthieu (cf. Mt 1, 24 ; Mt 2, 14. 21), Joseph apparaît comme un homme qui a un rapport juste avec Dieu. Il cherche à se conformer le plus possible à ce que Dieu attend de lui.

Dans l'Evangile de Luc, un autre aspect de la justice de Joseph est mentionné : il se conforme à la Loi juive en faisant circoncire Jésus (Lc 2,21) et en le présentant au Seigneur lorsque les jours de purification de Marie furent accomplis (Lc 2,22-24). L'évangéliste mentionne aussi le fait que Joseph et Marie se rendaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque (Lc 2,41). [...]. En d'autres termes, être juste, c'est traduire dans la vie quotidienne que Dieu seul est Seigneur, que tout lui appartient, que ce que nous avons, nous le recevons de lui et que nous devons vivre unis à lui dans tout ce que nous faisons.

Joseph, un homme qui fait ce qui est juste

Nous trouvons dans l'Evangile plusieurs décisions que Joseph a prises. Chacune d'entre elles nous fait comprendre pourquoi Joseph était appelé "juste".

Il ne renvoie pas publiquement Marie mais il choisit la lettre de répudiation privée. [...] Joseph ne veut pas prendre une décision contraire à la Loi de Moïse, mais il veut appliquer la Loi avec sagesse et humanité.

Il prend Marie chez lui. Conformément à ce qu'il a entendu en songe, Joseph va accepter d'être considéré comme le père de Jésus. En ce sens, il trouve une solution conforme à ce qui lui est demandé par Dieu et à ce que la Loi de Moïse prescrit.

Il va à Bethléem pour le recensement. Saint Luc nous présente Joseph comme cherchant à se conformer à ce que demande l'autorité romaine, puisque cette demande est légitime.

Il emmène sa famille en Egypte au temps de la persécution d'Hérode. [...] La justice de Joseph le conduit à poser un acte conforme à sa conscience même s'il est en désaccord -et on comprend pourquoi,- avec l'autorité légitime de son pays.

Il revient s'installer à Nazareth. Une fois de plus sont étroitement liés la recherche par Joseph de ce qui est conforme à la volonté de Dieu et des décisions pleines de prudence et de sollicitude pour les siens.

Nous voyons que cette justice comprend les deux grandes dimensions de la justice selon l'Ecriture :

- Joseph est un homme habité par Dieu. Les décisions qu'il prend sont marquées par le souci de faire ce qui plaît à Dieu, lui que la Bible nous présente comme le Juste par excellence.

- D'autre part ses décisions sont prises, non pour son bien propre, mais pour le bien de ceux qui lui sont proches, en l'occurrence Marie et Jésus. Comme l'écrivait St Ambroise : « La justice est la vertu qui rend à chacun son dû, ne réclame pas le bien d'autrui, et néglige son propre intérêt pour l'équipé commune » (De Off. 1,24 ; PL 16,62).

Quelques enseignements pour nous aujourd'hui

La justice est une des 4 vertus cardinales, avec la prudence, la force et la tempérance. Si la prudence est la vertu du discernement, la force celle du courage, la tempérance celle qui ouvre à la chasteté, la justice est la vertu de l'action, celle qui donne un contenu à l'action. Elle a une dimension théologale. Elle prend sa source dans la relation confiante, respectueuse et filiale à Dieu. Elle se traduit par le respect des droits de chacun et s'épanouit en fraternité et en amour, selon la description que St Paul en fait au Ch. 12-13 de la première lettre aux Corinthiens. Elle va plus loin que la justice légale qui pourrait nous laisser dans un rapport froid aux autres.[...]

Pour que le combat pour la justice ne soit pas du bronze qui résonne, ainsi que le redoute St Paul quand il écrit aux Corinthiens, il faut progressivement entrer dans un esprit de justice. Cela demande un combat avec soi-même contre l'égoïsme, le repli sur soi et la tranquillité, l'indifférence, la flatterie et le désir d'être bien vu. Cela demande surtout de chercher sans relâche à vivre de l'Esprit de Dieu.


Mgr Joseph MUSSER (Strasbourg),

Extrait de sa conférence au colloque en l'honneur de saint Joseph,

Gueberschwihr 28 avril- 1° mai 2012,

Actes du congrés, p. 177-185

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