La Mère du Fils de l’homme et la Rédemption

La Mère du Fils de l’homme et la Rédemption

En tant qu'il est vrai Dieu et vrai homme, Jésus « intervient » puissamment à notre place (il intercède, souffre, pardonne, prie) mais il ne « répond » pas à notre place.

« Le Fils de l'homme doit beaucoup souffrir, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, après trois jours, ressusciter. » (Mc 8, 31)

Le titre « Fils de l'homme » donne à cette annonce de la Passion une dimension insoupçonnée : dans toute sa vie et pendant sa douloureuse passion, il a dominé toutes les tentations humaines, justement en tant que fils de l'homme.

L'acceptation de Jésus « Père... que ta volonté soit faite ! », fait briller la sainteté de Jésus, son amour, son sacrifice, son union à Dieu. Il est vraiment Fils de Dieu ! Jésus est aussi le fils de l'homme, capable de rencontrer l'homme jusque dans la mort. La mort est entrée dans le monde par l'envie du diable (Sg 2, 23-24). Jésus est vainqueur des œuvres du diable (1Jn 3, 8) et de la mort.

En tant que Fils de Dieu, il s'est ressuscité, il avait pouvoir de donner sa vie et pouvoir de la reprendre (Jn 10, 18), et par sa résurrection il dit la miséricorde de Dieu (Jn 20, 23).

En tant qu'homme, il a reçu filialement la résurrection de Dieu (Ac 3, 15.26), et il est le modèle capable de nous incorporer, il est la « tête du corps » et nous emportera dans la résurrection.

Dans l'Ancien Testament, tout homme est fils du Très Haut en proportion de sa sainteté (Ps 82, 6) dans ce sens où nous sommes créés à l'image et à la ressemblance de Dieu et qu'en faisant la volonté de Dieu nous faisons briller la ressemblance avec Dieu, sans pour autant que nous soyons de nature divine. Jésus est Fils de Dieu en tant qu'il vient de Dieu, mais aussi en tant qu'il vit saintement sa condition humaine. En ce sens, tout simple, la résurrection de Jésus est une preuve qu'il n'est pas pécheur, et qu'il est Dieu, fils du Très haut (Ps 82, 6). La résurrection de Jésus est aussi une preuve que ce que Jésus prétendait être, « Je suis », (de nature divine dirions-nous), c'est vrai.

C'est à ces deux niveaux que l'on peut lire la phrase de saint Paul : Jésus est « établi Fils de Dieu avec puissance selon l'Esprit de sainteté, par sa résurrection des morts. » (Rm 1, 4).

Jésus veut aussi nous diviniser en nous emportant dans sa résurrection, devenant le "premier-né d'une multitude de frères" (Rm 8, 29) ; et le titre "Fils de l'homme" résonne parfaitement.

  • L'expression « Fils de l'homme » dans le livre de Daniel désigne un collectif. « En tant que tel, le Fils de l'homme (de Daniel 7) ne symbolise pas une figure individuelle, mais il est la représentation du royaume dans lequel le monde parviendra à son but. »[1]

  • « En dehors de Daniel, l'expression "fils d'homme" ne se lit ailleurs que dans Ezéchiel où elle est fréquente et traduit les idées d'humilité et de faiblesse. »[2]

Le Fils de l'homme « n'est pas simplement un, mais de nous tous avec lui-même il ne fait "plus qu'un" (Ga 3, 28) : il nous transforme en une humanité nouvelle. »[3]

Il est le Fils de l'homme offert en rançon pour la multitude (Mt 20, 28) mais il est aussi le Fils de l'homme qui nous incorpore en lui de telle sorte que dans son royaume chacun est unique, irremplaçable, responsable.

Cette expression mystérieuse signifie aussi que dans le Christ, chacun contribue alors au salut du monde. Une conviction qui a permis depuis des siècles à d'innombrables chrétiens de vivre la souffrance de la mort sinon dans la joie, du moins dans la paix.

Jésus ne correspond pas au rêve trop humain d'un salut par simple "substitution" :

Jésus est "intervenu" à notre place mais il ne nous sauve pas sans nous. Il veut notre bonne volonté. Par sa mort et par sa résurrection, une lumière descend dans les cœurs, ils donnent aux cœurs ouverts la paix de Dieu qui les rend féconds, la force de faire le bien et de revenir au Père.

N.B. Jésus ne se substitue pas à nous, Jésus ne nous demande pas non plus de nous substituer aux autres.[4]

Marie

En se désignant comme « Fils de l'homme », Jésus ne cesse de désigner, en creux, sa mère. Ainsi, toute la vie, la passion et la résurrection du « Fils de l'homme » font écho au mystère marial.

Marie est immaculée, aucun péché ne la retarde dans son union à Dieu, c'est pourquoi sa souffrance est associée à celle du Fils de l'homme d'une manière parfaite, éminente.

Et comme dit Origène, l'âme parfaite court vers la vie sans complaisance pour la mort et suit le Christ jusqu'en sa résurrection[5] : par sa proximité avec Marie, le disciple bien-aimé est prêt à suivre Jésus jusqu'en sa résurrection, et le matin de Pâque, très rapidement, « il vit et il crut... »


[1] JOSEPH RATZINGER, BENOIT XVI, Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, p. 354-355

et : « Beaucoup d'exégètes supposent qu'il pourrait y avoir derrière ce texte une version où le fils d'homme était aussi une figure individuelle, mais, quoi qu'il en soit, nous ne connaissons pas cette version et elle demeure une hypothèse. Les textes souvent cités de IV Esdras 13 et de l'Ethiopien Enoch, dans lesquels le Fils de l'homme est représenté comme une figure individuelle, sont plus récents que le Nouveau Testament et ne peuvent donc être considérés comme une de ses sources. » Ibid., p. 355

[2] André FEUILLET, L'accomplissement des prophéties, Desclée, Paris 1991, p. 84.

[3] JOSEPH RATZINGER, BENOIT XVI, Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, p. 362-363.

[4] Cf. JOSEPH RATZINGER, BENOIT XVI, Jésus de Nazareth. De l'entrée à Jérusalem à la Résurrection. Parole et Silence, Paris 2011, p. 200-201.

[5] Origène, Commentaire sur le Cantique des Cantiques, Sources Chrétiennes 375, par Luc Brésard et Henri Crouzel, Cerf, Paris, 1991, Livre I, 4,29 ; Tome I, p.239


Françoise Breynaert

Adaptation de F. Breynaert, Mère du Fils de l'homme - titre synthèse de la mariologie conciliaire et lumière sur la théologie des religions. Actes du congrès de la PAMI, Rome, 4-8 septembre 2012.