Ste Thérèse de L. et la coopération à la rédemption

Ste Thérèse de L. et la coopération à la rédemption

Catholiques et Réformés sont bien d'accord : Jésus a tout « payé » pour nous (Mt 10, 45 et 20, 28) et nous sommes sauvés par la foi. Jésus est Le Rédempteur.

Reconnaissons que ce qu'a vécu Thérèse de Lisieux correspond aussi à l'Evangile, à d'autres passages de l'Evangile, complémentaires, comme par exemple : « Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi ne peut être mon disciple » (Lc 14, 27).

Thérèse de Lisieux médite sur sa propre vocation avec l'évangile de Mt 9, 38 : Jésus veut que nous ayons part avec lui au salut des autres.

« Autrefois Jésus disait à ses disciples en leur montrant les champs de blés mûrs : "Levez les yeux et voyez comme les campagnes sont déjà assez blanches pour être moissonnées", et un peu plus tard : "A la vérité la moisson est abondante mais le nombre des ouvriers est petit ; demandez donc au maître de la moisson qu'Il envoie des ouvriers."

Quel mystère !... Jésus n'est-Il pas tout-puissant ? Les créatures ne sont-elles pas à celui qui les a faites ? Pourquoi Jésus dit-Il donc "Demandez au maître de la moisson qu'Il envoie des ouvriers"? Pourquoi ?...

Ah ! c'est que Jésus a pour nous un amour si incompréhensible qu'Il veut que nous ayons part avec lui au salut des âmes.

Il ne veut rien faire sans nous. Le créateur de l'univers attend la prière d'une pauvre petite âme pour sauver les autres âmes rachetées comme elle au prix de tout son sang. »

(Lettre 135, à Céline, 15 août 1892)

Et pour mieux atteindre son but, Thérèse s'unit au saint Père et aux frères prêtres.

Thérèse lit l'évangile de Jean (Jn 12, 24) et voit la fécondité de la souffrance :

« Je vois que la souffrance seule peut enfanter les âmes et plus que jamais ces sublimes paroles de Jésus me dévoilent leur profondeur : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé étant tombé à terre ne vient à mourir, il demeure seul, mais s'il meurt il rapporte beaucoup de fruit. » Quelle abondante moisson n'avez-vous pas récoltée !... Vous avez semé dans les larmes, mais bientôt vous verrez le fruit de vos travaux, vous reviendrez remplie de joie portant des gerbes en vos mains... » (Ms A, 81 r°)

Thérèse pense au Jésus à Gethsémani :

Thérèse de Lisieux contemple la sueur de sang (cf. Lc 22,44) et aux larmes (cf. Hb 5,7) de Jésus en Agonie. C'est déjà l'eau et le sang dont est née l'Eglise. Thérèse s'adresse alors à Jésus :

Rappelle-toi qu'au soir de l'agonie

avec ton sang se mêlèrent tes pleurs,

rosée d'amour, sa valeur infinie

a fait germer de virginales fleurs.

Un ange te montrant cette moisson choisie

fit renaître la joie sur ta Face bénie.

Jésus, que tu me vis

au milieu de tes lys,

rappelle-toi.

Rappelle-toi que ta Rosée féconde,

virginisant les corolles des fleurs,

les a rendues capables dès ce monde

de t'enfanter un grand nombre de coeurs.

Je suis vierge, ô Jésus ! Cependant, quel mystère,

en m'unissant à toi, des âmes je suis mère.

Des virginales fleurs

qui sauvent les pécheurs,

rappelle-toi.

(Poésie 24, § 21-22)

Au coeur de ces strophes jaillit la splendide affirmation:

Je suis vierge, ô Jésus, cependant quel mystère

en m'unissant à toi, des âmes je suis mère.

Thérèse, avec la compassion de Marie, considère Jésus comme son époux :

Dans une de ses dernières Lettres à sa sœur Céline, Thérèse exprime symboliquement cette plénitude de l'Amour Sponsal [= amour d'épouse] du Crucifié:

"Souvent, comme l'Epouse nous pouvons dire que 'Notre bien-Aimé est un bouquet de myrrhe', qu'il est pour nous un époux de sang" (LT 165).

Ces deux expressions viennent de l'Ecriture.

"Epoux de Sang" vient de Ex 4,25.

L'autre expression, le "bouquet de myrrhe" vient du Cantique des Cantiques[1] selon la traduction de la Vulgate, lorsque l'Epouse dit:

"Mon Bien-Aimé est pour moi un bouquet de myrrhe, il demeure entre mes seins"

(Ct 1,13)

Thérèse aimait tout particulièrement ce verset, accueilli dès le temps de son noviciat et reçu dans son contexte marial[2]. En effet, ce verset du Cantique était l'une des antiennes de l'office de la Compassion de Marie.

La carmélite concrétise cela dans une action symbolique, en gardant continuellement sur elle une toute petite image de la Face encadrée par les mots: "fais que je te ressemble Jésus" (Prière 11). Le "Bouquet de Myrrhe" est Jésus comme Fleur douloureuse reposant doucement sur le sein et sur le coeur de son Epouse.[3]

Avec Jésus à l'heure des ténèbres, Thérèse porte le poids du péché contre la foi :

Dans sa Lettre Apostolique Novo Millennio Ineunte, Jean-Paul II remarque précisément comment Thérèse "vit son agonie en communion avec celle de Jésus" (n° 27). Il cite à ce sujet une des paroles de la Carmélite dans les Derniers Entretiens:

"Notre Seigneur dans le Jardin des Oliviers jouissait de toutes les délices de la Trinité, et pourtant son agonie n'en était pas moins cruelle.

C'est un mystère, mais je vous assure que j'en comprends quelque chose par ce que j'éprouve moi-même"[4].

Jésus traverse l'heure des ténèbres.

Thérèse traverse l'heure, comme pour la Vierge Marie, de la "kénose de la foi"[5].

Thérèse porte douloureusement le poids du péché contre la foi en étant elle-même plongée dans les ténèbres de l'athéisme moderne (Cf. Manuscrit C 5r-7v, "épreuve contre la foi" C, 31r). Il ne s'agit évidemment pas de l'écroulement ou de la perte de la foi, mais au contraire de la foi la plus éprouvée et la plus héroïque.

Devenue sœur des athées, elle intercède pour eux avec le plus grand amour et aussi la plus grande confiance concernant leur salut.

La mort de Thérèse :

Vierge, épouse du Christ, féconde par la prière et cette souffrance qui seule régénère les âmes, elle peut dire à Marie « avec toi j'ai souffert » (Poésie 54, 25).

Et ainsi s'explique sa prodigieuse fécondité spirituelle :

« Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre ! »


[1] cf. François Marie LETHEL, L'Amour de Jésus: La christologie de Thérèse de l'Enfant-Jésus, Paris 1999, p. 217-234.

[2] Elle le cite pour la première fois en Lettre 108

[3] Cf. également Lettre 144

[4] JEAN PAUL II, Redemptoris Mater n° 18

[5] JEAN PAUL II,Novo Millennio Ineunte, n° 27, citant le Carnet Jaune, à la date du 6 Juillet 1897.


Françoise Breynaert

En remerciant le père françois Marie Lethel pour ses conseils.

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