La ceinture ou le maphorion de la Vierge

La ceinture ou le maphorion de la Vierge

Les traditions relatives à la ceinture ou au maphorion de la Vierge remontent au VII° et VIII° siècle, l'âge d'or de la réflexion sur l'Assomption de Marie.

La trame du récit.

La Vierge en train de monter au ciel apparut à saint Thomas. Elle le salua et, à la demande de l'apôtre, laissa choir sa ceinture (ou son « maphorion », manteau) comme preuve de son Assomption.

Les premières sources.

Les premiers récits de cet épisode datent du VII° et VIII° siècle, et sont obscurs. Le fait est signalé pour la première fois dans un tropaire de Maxime le Confesseur (580-662) [1]. Il est mentionné dans le Transitus Mariae du Pseudo-Joseph d'Arimathie [2]. Il l'est également au chapitre 4 du Livre arabe du passage de la Bienheureuse Vierge Marie, ou Dormitio arabe dite des « Six Livres ». Un discours anonyme [3] évoque l'invention et la déposition de la ceinture de la Vierge.


Les sanctuaires et la liturgie de Constantinople.

Germain, patriarche de Constantinople (715 à 729), évoque les « langes de Jésus » et la ceinture de la Vierge dans son discours sur les reliques de l'église des Chalcopratia[4].

Euthyme de Constantinople, patriarche de 907 à 912, évoque la fête de la ceinture de Marie, déposée, indique-t-il, dans la châsse sous le règne d'Arcadius, empereur de 395 à 408, selon une inscription trouvée dans la châsse.

Autour de l'an mil, plusieurs textes font mention de la « ceinture » de Marie : le Synaxaire de Constantinople (Xe siècle), et le Ménologe de Basile II le Bulgaroctone, empereur de 963-1025 (PG, t. CXVII, col. 613), selon lequel la relique aurait été trouvée chez une femme pieuse de Jérusalem puis conservée dans l'église des Chalcopratia à Constantinople où l'on célébrait la fête de la « Déposition de la relique de la ceinture de Marie ».

L'Occident a reprend cette tradition.

Depuis le XIII° siècle est conservée dans la cathédrale de Prato (Italie, Toscane) une « ceinture de la Vierge ». Jacques de Voragine (archevêque de Gênes † 1298) a repris les récits orientaux dans sa Légende dorée (sans distance critique).


[1] En géorgien, S. Mimouni, Dormition et Assomption de Marie. Histoire des traditions anciennes, Paris, Beauchesne, 1995, 624-628, p. 625

[2] Vatican lat. 4363, BHL 5348- 5350

[3] Publié par F. Combefils, Bibliothecae Patrum Novum Auctuarium, t. II, Paris, 1648, col. 789-804

[4] BHG 1086 et PG, t. XCVIII, col. 372-384

On pourra lire aussi :

G. Bianchini, Notizie istoriche della SS. Cintura di Maria Vergine, Prato, 1766, 30-34 ; T. Casini, La Sacra Cintura, Prato, 1954 ;

F. Piccardi, Il S. Cingolo Mariano in Prato fino alla Traslazione del 1395, Prato, 1895 et rééd., 1937.

L. Réau, Iconographie de l'art chrétien, t. II/2, Paris, 1957, 61-63.

Patrick Sbalchiero, article « Thomas (apôtre) », dans : René Laurentin et Patrick Sbalchiero, Dictionnaire encyclopédique des apparitions de la Vierge. Inventaire des origines à nos jours. Méthodologie, prosopopée, approche interdisciplinaire, Fayard, Paris 2007.

Françoise Breynaert

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