2° Concile de Latran (649) : les deux volontés et opérations dans le Christ

Les deux volontés dans le Christ (Concile au Latran en 649)

Du concile de Chalcédoine au concile du Latran - l'hérésie du monothélisme :

Le concile de Chalcédoine avait formulé le mystère du Christ en parlant de "deux natures" (la différence entre Dieu est l'homme est préservée) et "une unique personne" (l'unité dans laquelle Dieu est entré avec l'homme). Mais ce concile n'avait pas du tout expliqué ce que signifiait "nature" et "personne". La formule resta donc obsure...

Avant saint Maxime, l'exclamation de Jésus « Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi ! » était interprétée de deux manières : soit comme une faiblesse de la chair sans portée morale, soit comme une parole prononcée en notre nom, dans une sorte d'assimilation de notre nature pécheresse.

Ces raisonnements insuffisants ont conduit à l'hérésie du monothélisme, c'est-à-dire à ne voir en Jésus qu'une seule volonté, la volonté divine.

En l'an 641, la solution de saint Maxime (Opuscule 6) est une nouveauté importante et, en l'an 649, le 2° concile de Latran en reprendra la formulation finale.

En effet, le pape Martin I convoqua un concile au Latran (à Rome) pour défendre les deux volontés du Christ, contre l'édit de l'empereur byzantin, qui interdisait de débattre de cette question.

Deux martyrs : le pape Martin et saint Maxime le Confesseur.

"Le Pape Martin paya cher son courage: bien que de santé précaire, il fut arrêté et traduit en justice à Constantinople. Jugé et condamné à mort, il obtint la commutation de sa peine en un exil définitif en Crimée, où il mourut le 16 septembre 655, après deux longues années d'humiliations et de tourments.

Quelques temps plus tard, en 662, ce fut le tour de Maxime, qui - s'opposant lui aussi à l'empereur - continuait à répéter: "Il est impossible d'affirmer dans le Christ une seule volonté!" (cf. PG 91, cc. 268-269). Ainsi, avec deux de ses disciples, tous deux appelés Anastase, Maxime fut soumis à un procès exténuant, alors qu'il avait désormais dépassé l'âge de 80 ans. Le tribunal de l'empereur le condamna, avec l'accusation d'hérésie, à la mutilation cruelle de la langue et de la main droite - les deux organes avec lesquels, à travers la parole et les écrits, Maxime avait combattu la doctrine erronée de l'unique volonté du Christ. Pour finir, le saint moine fut exilé en Colchide, sur la Mer Noire, où il mourut, épuisé par les souffrances endurées, le 13 août de cette même année 662"[1], méritant le titre de "confesseur" de la foi.

La question du monothélisme.

En grec, volonté se dit « Thelema » ; mono-thélisme : une-volonté.

La question du monothélisme se résume ainsi : si en Jésus il n'y a qu'une unique personne, "ne doit-elle pas nécessairement etre absorbée par le divin, au moins dans sa partie la plus élevée, dans la volonté (monothélisme) ?"

Le monothélisme est une hérésie : "un homme sans volonté est-il vraiment un homme ? Et dans ce cas, Dieu s'est-il fait vrai homme en Jésus ?" [2]

Saint Maxime médite la prière de Jésus au jardin de Gethsémani.

L'homme est créé pour s'unir librement à la divinité. Avant sa passion, l'humanité du Christ aurait pu dire non, mais, librement, elle s'unit à la divinité.

Jésus a une vraie volonté humaine et une vraie volonté divine. Toutefois, cette dualité ne doit pas conduire à la schizophrénie d'une double personnalité : il y a en Jésus une seule volonté de la personne parce que la volonté humaine tend vers la volonté divine.

Le péché originel avait opposé la volonté humaine à la volonté divine, faisant croire que le sommet de la liberté est la transgression, mais Jésus a ramené la synergie, il a sauvé l'homme en le rétablissant dans sa grandeur.[3]

Ceci explique mieux ce que signifie notre « divinisation » :

Le Christ vient à notre rencontre dans la célébration des mystères de l'Église et de manière spéciale dans l'Eucharistie.

Le Christ réoriente notre volonté vers Dieu (le "tropos").

Par l'Esprit Saint, notre volonté humaine peut s'unir librement à la volonté divine.

Ainis, notre divinisation consiste en une expérience de type mystique où l'Esprit Saint conduit la créature humaine vers la participation consciente à l'humanité glorifiée du Christ.

Le Christ au centre de l'histoire.

Le Christ, en unifiant la volonté humaine et la volonté divine, a aussi unifié tout le cosmos et récapitulé le sens de l'histoire.

Le temps et les événements qui ont précédé sa venue sur la terre est la préparation providentielle. Le temps qui suit l'Incarnation constitue l'âge du salut qui doit se réaliser pour chaque être humain à travers un processus de divinisation véritable (en grec : theosis).


[1] BENOIT XVI, Audience générale du 25 juin 2008

[2] BENOIT XVI, JOSEPH RATZINGER, Jésus de Nazareth, tome II, Le Rocher (Parole et Silence), Paris 2011, p. 185-186

[3] Ibid., p. 186-187. Dans les notes (p. 342), BENOIT XVI fait référence à deux théologiens :

Christophe SCHÖNBORN, Die Christus Ikone. Eine theologische Hinführung, Novalis, CH-Quern-Neukirchen, 1984, p. 107-138.

François-Marie LETHEL, Théologie de l'agonie du Christ ; La liberté humaine du Fils de Dieu et son importance sotériologique mise en lumière par saint Maxime le confesseur, Beauchene, Paris 1979.


Synthèse Françoise Breynaert

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