Ce que Jésus demande, seul Dieu peut l'exiger de moi

Mt 12, 46-50 : une parole adressée aux judéo-chrétiens.

Comme il parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient dehors, cherchant à lui parler. A celui qui l'en informait Jésus répondit: "Qui est ma mère et qui sont mes frères?" Et tendant sa main vers ses disciples, il dit:
"Voici ma mère et mes frères. Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là m'est un frère et une sœur et une mère."

(Mt 12, 46-49)

Mt 11-12 : Jésus bouleverse les institutions juives...

Jésus institue une nouvelle famille

Cet épisode se comprend dans le prolongement de ce qui précède.

C’est alors que se dégage son enjeu insoupçonné… que Benoît XVI met en lumière :


Jésus bouleverse le Shabbat : Le repos du Shabbat est désormais un repos en Jésus. C’est le sens de la parole « Prenez sur vous mon joug et devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos…» (Mt 11, 28-30)

Jésus bouleverse le Temple juif : Le temple est désormais constitué par le cercle du Maître et des disciples. C’est le sens de l’épisode des épis arrachés le jour du shabbat. (Mt 12, 4-8). Jésus justifie ses disciples en prenant l’argument qu’ils font le jour du shabbat ce que les prêtres font dans le temple.


Jésus bouleverse le rapport juif à la famille : Le Dieu d’Israël est le Dieu d’Abraham et de Sarah, d’Isaac et de Rébecca… Israël se réfère à une généalogie, à des liens charnels, à une solidarité familiale comme fondement logique de l’existence sociale d’Israël. Or, c’est justement ces liens que Jésus met en question en déclarant « Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère » (Mt 12, 46-50)


Jésus bouleverse le rapport à la Torah : Dans le judaïsme, les disciples de la Torah étaient appelés par leurs maîtres à quitter maison et famille afin de consacrer totalement à l’étude de la Torah. Dans le cas de Jésus, ce n’est pas par la fidélité à la Torah que se constitue la nouvelle famille, mais par la fidélité à Jésus lui-même, et à la volonté de son Père (Mt 12, 46-50).

...autant de signes de la divinité de Jésus :

C’est ainsi qu’un Juif, Neusner, dit aujourd’hui :

«Je vois maintenant clairement que ce que Jésus m’ordonne, seul Dieu peut l’exiger de moi.»

(J. Neusner, A rabbi talks with Jesus, Doubleday, 1993, p. 70,

cité par Benoît XVI, p. 137)

Puisque les institutions juives ont été révélées et données par Dieu, seul Dieu peut modifier ainsi le rapport au Temple, au Sabbat, à la notion de peuple élu et à la Torah.

Si Jésus est Dieu… Marie est la mère qui lui a donné son humanité, la mère de Dieu.

Jésus introduit de tels bouleversements pour ouvrir l’Alliance à l’universel.

«L’universalité, la foi en l’unique Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob accueillie au sein de la nouvelle famille de Jésus, répandue dans tous les peuples et dépassant les liens charnels de la filiation –tel est le fruit de l’œuvre de Jésus.»

(Benoît XVI, p. 139)

En corollaire : Le changement du lien entre la politique et le sacré.

«Ce qui est décisif, c’est la communion fondamentale de volonté avec Dieu, que Jésus a offerte. En partant d’elle, les hommes et les peuples sont désormais libres de discerner ce qui est conforme à cette communion de volonté en matière de régime politique et social, pour créer eux-mêmes des ordres juridiques. […]

Les dispositifs politiques et sociaux concrets sont renvoyés de la sphère immédiate du sacré, de la législation du droit divin, à la liberté de l’homme, qui, à travers Jésus, est enraciné dans la volonté du Père, et qui, partant de lui, apprend à discerner ce qui est juste et bon.»

(Benoît XVI, p. 141)


J. Ratzinger (Pape Benoît XVI)

Extraits de :

Cardinal Ratzinger, Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Flammarion 2007, p. 129-141,

résumé par F. Breynaert

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