L’Eglise appelée par Jésus (Nouveau Testament)

L’Eglise appelée par Jésus (Nouveau Testament)

La compassion de Jésus :

Jésus considère que les foules n'ont pas de pasteur, comme au temps d'Ezéchiel, quand Dieu décida d'être lui même le pasteur de son peuple (Ez 34, 11).

Il est rempli de compassion :

« A la vue des foules il en eut pitié, car ces gens étaient las et prostrés comme des brebis qui n'ont pas de berger. » (Mt 9, 36)

Apôtres, Shaliah : la continuité entre Jésus et les apôtres :

Jésus appelle les Douze (Mt 10, 1-4).

Puis Jésus envoie les Douze (Mt 10, 5-15).

Le mot grec est « apostellein » signifie envoyer et donne le mot apôtre.

Ce mot correspond au mot hébreu « Shaliah ». L'institution juive du Shaliah (« envoyé ») était probablement connue avant l'an 70 et repose sur ce principe : « celui qui est envoyé est comme celui qui envoie »[1].

Ils sont envoyés avec le pouvoir de guérir « toute sorte de maladie et d'infirmité », c'est la même expression que celle qui caractérise l'activité de Jésus (Mt 9, 35).

Comme celle Jésus, l'activité des Douze se caractérise par des signes qui accompagnent leur parole (Mt 10, 8.14).

Et comme Jésus, les apôtres seront persécutés : « Du moment qu'ils ont traité de Béelzéboul le maître de maison, que ne diront-ils pas de sa maisonnée! » (Mt 10, 25).

L'évangéliste saint Luc est parallèle à celui de saint Matthieu pour l'envoie des Douze apôtres (Lc 9, 1-5). Il raconte en plus que le Seigneur « désigna 72 autres et les envoya deux par deux en avant de lui dans toute ville et tout endroit où lui-même devait aller. » (Luc 10, 1) et ces 72 reçoivent les mêmes consignes que les Douze apôtres (Luc 10, 1-16).

Et finalement :

« Qui vous accueille m'accueille, et qui m'accueille accueille Celui qui m'a envoyé. »

(Mt 10, 40 // Lc 10, 16)

Un style missionnaire :

L'extrême pauvreté des Douze et des Soixante-douze (ni bâton ni sandale) signifie que les apôtres ont le statut des pèlerins qui vivent de l'hospitalité.

Le vocabulaire « accueillir », « écouter », est un vocabulaire de foi.

L'évangile ne dit jamais « persuader », « convaincre » : les Douze n'ont aucune technique de persuasion.

En Orient, la salutation est une salutation de paix. "L'autre est un mystère, il demande à être salué. L'autre ne demande pas tant à être connu, qu'à être salué. L'autre ouvre sur un infini."[2] La prédication chrétienne commence ainsi :

« En entrant dans la maison, saluez-la: si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle. » (Mt 10, 12)

L'ère messianique :

Evitons un contresens. Quand, dans son discours apostolique, Jésus dit aux disciples : « N'allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Car je suis venu opposer l'homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère. » (Mt 10, 34-35), Jésus ne fait rien d'autre que de reprendre la tradition concernant des fils de Lévi, qui ont reçu l'investiture pour avoir obéi à Moïse et qui ont tué les membres de leur famille qui adoraient le veau d'or (Ex 32, 15-24 ; Dt 33, 8-9).

Autrement dit, Jésus prépare un nouveau sacerdoce. Jésus veut des êtres qui aient donné tout leur cœur au Seigneur, et qui soient pratiquement très libres pour le Seigneur.

(Ceci dit, il est clair que Jésus apporte un déplacement par rapport à l'Ancien Testament : Jésus n'a pas demandé à Pierre de tuer sa belle-mère certainement contrariée, mais Jésus a guéri sa belle-mère (Mt 8, 14-15). Jésus n'a pas non plus apporté la guerre dans le pays, au contraire, à l'heure décisive, au Gethsémani, il a renoncé à l'épée).

Les femmes[3] :

La structure «hiérarchique» de l'Eglise, (les Douze et saint Pierre, puis le pape, les évêques), est totalement ordonnée à la sainteté des membres du Christ. La sainteté s'apprécie en fonction du «grand mystère» dans lequel l'Epouse répond par le don de l'amour au don de l'Epoux (Eph 5). Dans la hiérarchie de la sainteté, c'est justement la «femme», Marie de Nazareth, qui est«figure» de l'Eglise (Vatican II, Lumen gentium 60-69).

Et dès les premiers temps, il y avait aux côtés des hommes de nombreuses femmes pour qui la réponse de l'Epouse à l'amour rédempteur de l'Epoux prenait toute sa force expressive (Ac 2,17 ; Rm 16,1 ; 2 Tm 4,19 ; Phil 4,2 ; Rm 16,6.12).

Solidarité de tous pour tous :

Parmi les disciples, « Apôtres », « prophètes », « justes », « petits », tous vivent un accueil réciproque, c'est à dire une hospitalité réciproque, offrant ne serait-ce que de l'eau fraîche. Tous vivent une solidarité réciproque, qui, en période de persécution coûte toujours :

"Qui accueille un prophète en tant que prophète recevra une récompense de prophète, et qui accueille un juste en tant que juste recevra une récompense de juste. Quiconque donnera à boire à l'un de ces petits rien qu'un verre d'eau fraîche, en tant qu'il est un disciple, en vérité je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense." (Matthieu 10, 41-42)

Les anciens ou presbytres, les épiscopes et diacres [4] :

En Actes 20, 28 Luc fait dire à Paul s'adressant aux anciens (presbytres) d'Ephèse "l'Esprit Saint vous a placé comme surveillants (épiscopes)", c'est-à-dire garant de transmission du témoignage de Jésus.

La même identification entre épiscopes et anciens se trouve en 1P 5,1 et Tite 1, 5-7.

Mais dans la lettre aux Philippiens, Paul n'utilise jamais le mot presbytre : le mot presbytre est sans doute trop statique, marqué par une position historique, Paul préfère insister sur la fonction des « épiscopes et diacres » (Philippiens 1, 1). Le mot diacre évoque le service. Ce couple de mots « épiscopes et diacres » se retrouve dans les écrits de l'Eglise primitive (Didachè XV, 1 ; Clément de Rome, ad Cor 42, 4-5 ; Pasteur d'Hermas, Vis. III, 5, 1).

Telle est l'Eglise dont Marie est membre,

telle est l'Eglise dont Marie est mère...


[1] Talmud Babylone Ber. V, 5. Rinaldo Fabris, Matteo, traduzione e commento, Borla, Castello 1982, Note 4, p. 247

[2] Ephraim Meir. «Athens and Jerusalem in Levinas's Difficult Freedom». Dialegesthai. Rivista telematica di filosofia [in linea], anno 11 (2009) [inserito il 5 luglio 2009], disponibile su World Wide Web: <http://mondodomani.org/dialegesthai/>, [37 KB], ISSN 1128-5478.

Le chiffre 12 rappelle les douze tribus d'Israël : le peuple de Dieu récupère ses racines idéales, les apôtres convoquent les croyants dans l'assemblée messianique.

Dans le groupe des Douze passent au second plan non seulement l'appartenance aux différentes tribus mais aussi les différentes formes de militance : Simon le zélote (nationaliste) est appelé tout comme Matthieu (publicain, donc collaborateur).

[3] Extrait de : Jean Paul II, Lettre apostolique Mulieris dignitatem, n°25-27

[4] Cf. Jean François Collange, L'épître de saint Paul aux Philippiens, Neuchâtel 1973, p. 40-41.


Synthèse Françoise Breynaert