L’ange révère Marie : c’est inouï (St Thomas d'Aquin)

L’ange révère Marie (St Thomas d'Aquin)

L'ange entra et lui dit: "Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi."

(Luc 1, 28)

Saint Thomas d'Aquin commente cette salutation.

Un ange saluant un humain : une chose inouïe

Anciennement l'opposition des anges aux hommes était une chose très importante; les hommes aussi tenaient pour un honneur souverain de les révérer. C'est pourquoi il est écrit, à la louange d'Abraham , qu'il a donné aux anges l'hospitalité, et qu'il leur a fait la révérence.

Mais qu'un ange fît la révérence à un homme, c'est une chose inouïe, avant qu'il eût salué la bienheureuse Vierge, disant : " Je vous salue."

La raison pour laquelle, dans l'antiquité, l'ange ne révérait pas l'homme, et que celui-ci révérait l'ange, c'est parce que l'ange était plus grand que l'homme, et cela sous trois rapports :

- Il ne convenait pas que la créature spirituelle et incorruptible révérât la créature corruptible, c'est-à-dire l'homme.

- L'ange est le familier du Très-Haut, il est comme son assistant. Daniel dit, ch. VII : "Un million d'anges le servaient, et mille millions assistaient devant lui." Mais l'homme est comme étranger, comme exilé loin de Dieu par le péché. Il est écrit, Psaume LIV : "Fuyant, je me suis éloigné."

- L'ange lui était supérieur, troisièmement, par la plénitude de la splendeur de la grâce divine. Et c'est ce qui fait qu'il apparaît toujours lumineux. Mais pour les hommes, bien qu'ils aient quelque part à la lumière de la grâce, cette lumière cependant est petite, et ils sont comme dans l'obscurité.

Il ne convenait donc pas que l'ange révérât l'homme, jusqu'à ce qu'il se fût trouvé dans la nature humaine quelqu'un qui, sur ces trois points, fût supérieur à l'ange ; et cette créature, ce fut la bienheureuse Vierge.

Et c'est pour montrer qu'en ces trois points elle lui était supérieure, qu'il voulut la révérer; ce qui lui fit dire :

"Je vous salue."

1°) De là, la bienheureuse Vierge a surpassé les anges en ces trois choses ; et d'abord par la plénitude de la grâce, qui est plus grande dans la bienheureuse Vierge que dans lequel que ce soit des anges ; et c'est pour l'insinuer que l'ange lui a fait la révérence, disant : " pleine de grâce, " comme s'il disait je vous révère, parce que vous l'emportez sur moi par la plénitude de la grâce.

La bienheureuse Vierge est pleine de grâce quant à trois choses :

- premièrement quant à l'âme,

- secondement, pleine de grâce, au point que de l'âme elle rejaillit encore sur la chair ou le corps [...] au point que d'elle naquît un Dieu homme.

- Elle en fut pleine, troisièmement, au point d'en répandre sur tous les autres hommes.


2°) Elle l'emporte, secondement, en familiarité avec Dieu sur les anges, et c'est pour l'apprendre aux anges qu'il dit : "le Seigneur est avec vous" comme s'il disait, je vous révère parce que vous êtes plus familière avec Dieu que moi, car le Seigneur est avec vous. Le Seigneur, dit-il, est avec elle comme père, ils ont le même Fils, ce que n'eut aucun ange ni aucune créature.

3°) La bienheureuse Vierge, troisièmement, l'emporte sur les anges en pureté; elle n'était pas seulement, en effet, pure en elle-même, mais elle a encore procuré aux autres la pureté.

Elle fut, en effet, très pure quant à la faute, parce que, Vierge, elle ne commit ni péché mortel ni péché véniel; elle fut de même pure quant à la peine. Trois malédictions ont été prononcées contre les hommes à cause du péché :

- La première fut prononcée contre la femme, c'est qu'elle concevrait dans la corruption , que sa gestation serait pénible, et qu'elle enfanterait dans la douleur.

Mais la bienheureuse Vierge ne fut point soumise à cette malédiction, parce qu'elle conçut sans aucune espèce de corruption, sa gestation fut pleine de consolation, et elle enfanta le Sauveur dans la joie. Il est dit dans Isaïe, ch. XXXV : " Elle poussera et elle germera dans l'effusion de la joie et de la louange."

- La seconde fut prononcée contre l'homme, et c'est qu'il mangerait son pain à la sueur de son front.

La bienheureuse Vierge fut exempte de cette malédiction, parce que, comme dit l'Apôtre, Epître aux Corinthiens, ch. VII : "Les Vierges sont libres des soucis du monde, elles ne s'occupent que du service de Dieu."

- La troisième fut commune à l'homme et à la femme, c'est qu'ils deviendraient poussière.

Et la bienheureuse Vierge en fut préservée, parce qu'elle fut enlevée avec son corps dans le ciel. Il est dit, Psaume CXXXI : "Levez-vous, Seigneur, pour entrer dans votre repos, vous et l'arche où éclate votre sainteté."


Saint Thomas d'Aquin, Extraits de la fin de l'opuscule VIII,

Très Pieuse Exposition de la Salutation angélique.