La Trinité (Quicumque ; Newman)

La Trinité (Quicumque ; Newman)

Extrait du Quicumque[1] :

« Nous vénérons un seul Dieu dans la Trinité et la Trinité dans l'unité,

sans confondre les personnes ni diviser la substance :

autre en effet est la personne du Père, autre celle (la personne) du Fils, autre celle (la personne) de l'Esprit Saint ;

mais le Père, le Fils et l'Esprit Saint ont une même divinité, une gloire égale, une même éternelle majesté.

Comme est le Père, tel est le Fils, tel (aussi) l'Esprit Saint :

incréé est le Père, incréé le Fils, incréé l'Esprit Saint ;

immense est le Père, immense le Fils, immense l'Esprit Saint :

éternel est le Père, éternel le Fils, éternel l'Esprit Saint ;

et cependant ils ne sont pas trois éternels, mais un seul éternel ; ni non plus trois incréés, ni trois immenses, mais un seul incréé (immense) et un seul immense (incréé).

De même tout-puissant est le Père, tout-puissant le Fils, tout puissant l'Esprit Saint ;

et cependant ils ne sont pas trois tout-puissants, mais un seul tout-puissant.

Ainsi le Père est Dieu, le Fils est Dieu, l'Esprit Saint est Dieu ;

et cependant ils ne sont pas trois dieux, mais un seul Dieu.

Ainsi le Père est Seigneur, le Fils est Seigneur, l'Esprit Saint est Seigneur;

et cependant ils ne sont pas trois Seigneurs, mais il y a un seul Seigneur » Etc.

Bx J.-H. Newman : le Quicumque est un Hymne de louange :

Au XIX° siècle, le Bx cardinal Newman l'utilisait et voici son commentaire :

« Je peux connaître parfaitement Londres et trouver mon chemin, d'une rue à l'autre, dans n'importe quelle partie, sans difficulté, et, cependant, être tout à fait incapable d'en dresser la carte. [...]

[De même] nous connaissons une vérité sur Dieu et ensuite une autre vérité - mais nous ne pouvons pas les imaginer toutes les deux ensemble - nous ne pouvons pas les amener devant nous par un seul acte de l'esprit [...]

Les « exercices de raisonnement contribuent, certes, à accroître et à harmoniser notre appréhension notionnelle du dogme, mais ils ajoutent peu de chose à la force lumineuse et vitale avec laquelle ces propositions, séparément se présentent à notre imagination [...]

Il faut rappeler que le Credo de saint Athanase a été appelé quelque fois le « Psaume Quicumque ».

Ce n'est pas une simple collection de notions aussi importantes soient-elles. C'est un Psaume ou Hymne de louange, de confession et d'hommage profond, de prosternement de soi, parallèle aux Cantiques des élus dans l'Apocalypse.

Il parle à l'imagination tout autant qu'à l'intelligence. [...]

L'affirmation dogmatique « le Fils est Dieu ». Quelle illustration de l'assentiment réel qui peut être donné à cette proposition, et de son pouvoir sur nos affections et nos émotions que la première moitié du chapitre 1° de l'Evangile de St Jean ! Ou encore la vision de Notre Seigneur dans le premier chapitre de l'Apocalypse ou le premier chapitre de la Première Epitre de St Jean ! Et encore, comme elles sont brûlantes les parles de St Paul quand il parle de la Crucifixion de Notre Seigneur et de sa Mort ! Quel est le secret de cette flamme si ce n'est cette même affirmation dogmatique : « le Fils est Dieu » ? Pourquoi la mort du Fils devrait-elle plus effroyable que n'importe quelle autre mort, si ce n'est que Lui, tout en étant homme, est Dieu ? [...]

Et ainsi encore par rapport à la divinité du Saint Esprit [...]

La religion a affaire au réel, et le réel est le particulier ; la théologie a affaire au notionnel, et le notionnel est le général et le systématique.

Partant, la théologie a affaire au dogme de la Trinité, comme à un tout constitué de plusieurs propositions ; mais la religion a affaire à chacune de ces propositions séparées qui la composent et c'est de leur contemplation qu'elle vit et s'enrichit. » [2].


[1] Denzinger N°75-76.

N.B. Présentation du Quicumque :

On appelle ce symbole « Quicumque (vult...) », « Quiconque (veut...)», parce que c'est le début de son texte.

On l'appelle aussi le « symbole de saint Athanase » parce qu'il est un parfait condensé de la doctrine élaborée par Saint Athanase. Mais comme on voit mal comment ce grand défenseur du dogme de Nicée aurait composé son propre symbole, on pense que c'est un texte écrit après saint Athanase : au V° ou VI° siècle).

Aujourd'hui, le Quicumque est encore utilisé dans par les Anglicans et par les Arméniens. Dans le rite romain, le Quicumque est encore récité par les communautés qui ont le missel tridentin, mais dans le rite romain ordinaire, il a cessé d'être utilisé après Vatican II.

[2] J.H. Newman, Grammaire de l'assentiment, Londres 1870 ; traduction française par M.M. Olive, édition Desclée de Bouwer, p.187-202

Synthèse F. Breynaert

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