Grâce et foi. Quand Marie dit son nom, le 25 mars 1958 à Lourdes

L’Immaculée conception, lumière de tous les croyants

[Quand Marie, le 25 mars 1858 dit à Bernadette « Je suis l'Immaculée Conception » la formule est un peu surprenante, on s'attendrait plutôt à « Je suis conçue immaculée ». Ce genre de formule existe pourtant, quand on dit « c'est la blancheur même » ou encore quand Jésus dit « Je suis la résurrection et la vie » (Jn 11, 25) ; en rhétorique, on dit que ce sont des « synecdoque ». Peu importe, nous sommes devant un mystère à la fois simple (Bernadette est toute simple !) et profond. Il nous conduit au cœur de l'Alliance entre Dieu et les hommes, il montre en Marie notre sœur dans la foi, notre signe d'espérance.]

La personne est un «secret» que l'on ne peut connaître que lorsqu'elle décide de «se révéler». Marie révèle donc à Bernadette le secret de sa personne en disant:

«Je suis l'Immaculée Conception»[1].

La première partie de la formule «je suis» rappelle la révélation de Dieu à Moïse, sur le mont Horeb.

Dieu la préserve non seulement du péché originel en vertu de la Croix (aspect négatif de l'action divine) mais Il la crée dans la grâce (aspect positif). «Dieu lui donne son "moi" de grâce, son visage éternel de sainteté»[2].

Le don fait à Marie par Dieu consiste dans la participation à sa sainteté.

Cette sainteté de Marie ne lui a pas été donnée une fois pour toutes, c'est-à-dire au moment de la conception, mais elle est toujours présente en elle par l'Esprit Saint. Ceci est la grâce, le don qui ne finira jamais, comme l'acte créateur de Dieu ne se limite pas aux premiers moments de l'existence de Marie mais est toujours actuel[3].

Il est très significatif que Marie ait choisi le 25 mars, le jour où l'Eglise, depuis les temps antiques, célèbre la fête de l'Annonciation.

En fait, lors de l'Annonciation, la réponse de foi de Marie :

«Me voici, je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole» (Lc 1, 38)

était nécessaire afin que le don divin de la Conception Immaculée devienne la réalité de Marie.

Comment comprendre ce raisonnement ? Nous l'expliquerons ainsi :

- La conception de Marie, le premier instant de son existence - l'instant dans lequel elle est créée, sauvée et divinisée - symbolise[4] de manière éminente, la priorité de l'Amour divin (Créateur, Sauveur, Divinisateur) dans la vie de Marie.

Dire : «Je suis l'Immaculée Conception» signifie confesser ce précédent absolu, la primauté de la grâce divine et la propre passivité envers elle. Marie Immaculée pourrait dire : «Je suis ce que je suis seulement par la grâce de Dieu. Je n'ai aucune existence sinon par son amour gratuit et miséricordieux. Je suis la rachetée».

- Pourtant, la passivité totale de Marie qui reçoit l'Amour de Dieu opérant toujours en premier lieu, doit se transformer dans sa vie en une réponse libre et active.

Marie doit vivre de la grâce de sa conception immaculée, c'est-à-dire qu'elle doit obéir à la grâce et vivre de la foi, parce que selon les Ecritures, «le juste vit de foi» (Rm 1,17).

Justement, l'encyclique de Jean-Paul II Redemptoris Mater présente le dogme de la Conception Immaculée de la Mère du Seigneur à la lumière du dialogue spécifique entre

- le salut gratuit, dû à l'initiative de la grâce de Dieu,

- et la réponse libre et l'engagement humain exprimée dans la foi[5].

« Dans l'Eglise d'alors et de toujours, Marie a été et demeure avant tout celle qui est "bienheureuse parce qu'elle a cru" : elle a cru la première»[6].

Depuis la naissance et la découverte de Jésus dans le temple, elle «conservait toutes ces choses en les méditant dans son cœur» (Lc 2, 19. 51).

Sa foi était alors dynamique.

Marie n'avait pas une illumination au sujet des paroles et des évènements concernant la personne de Jésus, mais elle comprenait progressivement leur signification. Sa foi se présente donc comme un chemin spirituel, comme une «pérégrination»[7]. Sa foi connaissait des moments difficiles, d'incompréhension, et voire d'obscurité.

A Bethléem, Marie voit en fait un pauvre Enfant auquel ni elle ni Joseph ne sont en mesure de procurer les conditions adéquates à sa dignité de roi d'Israël. Pourquoi Dieu ne crée-t-il pas des conditions dignes d'accueillir son Fils ? Comment est-il possible que le Fils du Très Haut puisse être couché dans une mangeoire ? Ces questions et d'autres pouvaient transpercer le cœur de la Mère de Jésus quand elle devait affronter la réalité de sa vocation maternelle envers le Fils de Dieu. Sans aucun doute, la foi de Marie cherchait à comprendre tout ce qui se produisait dans sa vie et dans celle de son Fils.

En conclusion, nous pouvons affirmer que le don de l'Immaculée Conception est un vrai symbole du mystère de la vie et de la mission de Marie. Comme disaient Saint Maximilien Kolbe et aussi notre contemporain J-M. Hennaux, l'Immaculée Conception est l'identité profonde de la Vierge.

C'est une vérité dynamique qui ne décrit pas seulement le début de son existence, saint et immaculé, mais explique la personne de Marie à travers l'histoire et l'éternité, parce qu'elle la situe toujours en relation avec Dieu Créateur éternel et Sauveur qui divinise.

En commençant le chemin de la foi à l'heure de l'Annonciation, Marie se trouve au centre de l'histoire spirituelle de l'humanité et devient la représentante et l'archétype de tout croyant.


[1] Cf. R. Laurentin, Petite vie de Bernadette, Desclée de Brouwer, Paris 2003

[2] J. M. HENNAUX, "La formule de Lourdes : Je suis l'Immaculée Conception", Nouvelle Revue théologique, tome 130/n. 1 de janvier-mars 2008, p. 65-78 p. 75.

[3] Cf. J.-M. Hennaux, La formule de Lourdes: «Je suis l'Immaculée Conception», cit., p. 75.

[4] Le «symbole» n'est pas pour nous une «figure du discours», mais c'est une dimension de la réalité. Toute l'ontologie est symbolique: cf. M. Masini, Maria di Nazareth: storia, mito, simbolo, interpretazioni, Messaggero, Padova 2006, pp. 163-184.

[5] Cf. S. M. Perrella, «Tota pulchra es Maria» L'Immacolata: frutto segno e riverbero della bellezza e dello splendore di Cristo Redentore dell'uomo, cit., p. 367.

[6] Jean-Paul II, Encyclique Redemptoris Mater 26.

[7] Concile Oecumenique Vatican II, Lumen gentium 58.


Extraits de Bogus?aw Gil MIC, L'Immaculée conception de Marie dans la perspective du don, dimension culturelle, biblique et théologique, Copyright © 2012 ; Pères Mariens Rwanda, p. 126-131. Extraits par F. Breynaer. (Bogus?aw Gil MIC est prêtre de la Congrégation des Pères Mariens de l'Immaculé Conception de la Vierge Marie fondée en Pologne en 1673 par Bienheureux Stanislas Papczynski.)