Lc 1, 38 : Le Oui de Marie et le Oui d'Israel (selon la tradition)

Le Oui de Marie et le Oui d’Israël dans la tradition

Dans la tradition, le Oui de Marie et le Oui d’Israël ont été commentés avec le Cantique des cantiques, et notamment avec certains versets :

« Qu’il m’embrasse des baisers de sa bouche ! » (Ct 1,2) ;
« Tandis que le roi est dans son enclos, mon nard donne son parfum » (Ct 1,12) ;
« Ma colombe, blottie aux fentes des rochers […], montre-moi ton visage ! Car ta voix est douce et charmant ton visage. » (Ct 2,14)

« Qu’il me baise des baisers de sa bouche ! » (Ct 1,2)

La tradition juive (au sujet d'Israel):

La tradition hébraïque est constante à rapporter ce verset de manière privilégiée à la révélation de Dieu sur la montagne du Sinaï. C’est là que le Seigneur-Epoux embrassa Israël épouse des baisers de sa bouche. De fait il parla face à face en lui donnant la Torah. (Targum Ct 1,2)

La tradition chrétienne (au sujet de Marie):

Parmi les pères de l’Eglise, certains appliquent ce verset à l’Eglise et à Marie. Le Christ Epoux, disent-ils, embrassa l’Eglise épouse au moment de l’Annonciation, quand le Verbe descendit dans le sein virginal de Marie (Cf. saint Jérôme).

A l’époque médiévale, on dira que Dieu baisa Marie du baiser de sa bouche, quand l’Esprit descendit sur elle à Nazareth (cf. saint Rupert de Deutz).

« Tandis que le roi est dans son enclos, mon nard donne son parfum » (Ct 1,12)

La tradition juive (au sujet d'Israël):

Rabbi Juda ben Ilai (vers 150) donnait l’exégèse suivante du verset cité :

« Alors le Roi des rois, le Saint – qu’il soit béni ! – était assis à sa table dans le firmament, Israël émit un parfum devant la montagne du Sinaï et dit : Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique et nous y obéirons. (Ex 24,3.7) »

(Cantique Rabbah 1, 12.1)

La tradition chrétienne (au sujet de Marie):

Rupert de Deutz (XIIe siècle), qui entretenait des rapports intenses avec les rabbins de son temps dit :

« Alors que le Verbe était dans le sein, c’est à dire dans le cœur du Père, de ces hauteurs vertigineuses, il posa son regard sur mon humilité. Voici que je veux dire : « Tandis que le roi est dans son enclos, mon nard donne son parfum » (Ct 1,12). Quel est, ou quel pouvait être l’enclos du Roi, sinon le cœur ou le sein du Père ? … En effet, « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était au près de Dieu (Jn 1,1). Telle était sa demeure, quand mon nard donna son parfum (Ct 1,12). Et lui, charmé par ce parfum, descendit dans mon sein. »

(In Canticum Canticorum I, 1,12)

« Ma colombe, blottie aux fentes des rochers […], montre-moi ton visage ! Car ta voix est douce et charmant ton visage. » (Ct 2,14)

La tradition juive (au sujet d'Israël):

Le célèbre Rabbi Akiba (mort martyr en 135) interprétait ce passage en fonction d’Israël au Sinaï, quand le peuple se rassembla sur les flancs de la montagne pour recevoir la Loi.

« Ma colombe, […] fais moi entendre ta voix. Cela fait référence à ce qu’ils dirent avant que ne fussent donnés les commandements, comme il est écrit : Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettront en pratique et nous y obéirons ( Ex 24,7). Car ta voix est douce. Cela par contre, concerne ce qui […] est dit : Le Seigneur comprit ce que vous disiez et il me dit [à Moïse] : « J’ai compris les paroles de ce peuple. Tout ce qu’ils ont dit est bien. (Dt 5,28) »

(Cantique Rabbah 2, 14.4)

La tradition chrétienne (au sujet de Marie):

Venons-en maintenant à ce passage très connu de saint Bernard, (mort en 1153), dicté comme commentaire à l’Annonciation :

« O Dame, prononce la réponse que la terre, les enfers et les cieux attendent. Le Roi de l’univers et Seigneur, de même qu’il a désiré voir ton visage, rêve maintenant d’obtenir ton assentiment… Du ciel il te dit : Ô toi qui es belle entre les femmes, fais-moi entendre ta voix ! Car, si tu lui fais entendre ta voix [le fiat], il te fera voir notre Salut… »

(Sermones in laudibus Virginis Matris Hom IV,8)

Saint Bernard connaissait-il l’exégèse judaïque ? Nous n’avons pas de renseignements exhaustifs qui permettraient de dissiper les incertitudes sur ce sujet. Nous pourrions en tout cas nous rappeler que le saint docteur réprimandait sévèrement ceux qui poussaient à la persécution des Juifs ou, pire encore, commettaient des violences physiques à leur égard, jusqu’à les tuer. En outre, l’abbaye de Clairvaux, où résidait Bernard, était située à environ soixante dix kilomètres au sud est de Troyes, siège d’une communauté juive florissante célèbre, où enseignait le fameux R. Salomon ben Isaac, dit Rachi (mort en 1105).


Cf. A. Serra, Myriam, fille de Sion, Médiaspaul 1999

A. Serra, E c’era la Madre di Gesù, Marianum, Roma, 1989

A. Serra