Zacharie 9, 9-10 : un roi pacifique et triomphal

Zacharie 9, 9-10 : un roi pacifique et triomphal

Après le retour d'exil, les habitants de Judée sont sous la domination perse puis grecque. Leur avenir dépend de la tolérance des occupants. L'oracle de la fille de Sion (Za 9, 9) peut étonner par sa douceur pacifique. Il y a là une révélation divine nouvelle, qui rejoint l'inspiration humaine d'un petit peuple qui, après les révoltes de 460-450 avant J-C, comprend que sa restauration doit être pacifique.

1°) Une parole de Dieu au retour d'exil

Pour Zacharie comme pour Isaïe, Dieu est le roi suprême.

Aux Assyriens ont succédé les Perses, et succèderont les Grecs, puis les Romains. Mais Dieu demeure.

Fidèle à l’école d’Isaïe, Zacharie enseigne que Dieu est le roi suprême et que les nations sont dans sa main :

« En YHWH seul sont la justice et la force. Jusqu'à lui viendront, couverts de honte, tous ceux qui s'enflammaient contre lui. » (Isaïe 45, 24)

« Il arrivera en ce jour-là que je chercherai à détruire toutes les nations qui viendront contre Jérusalem. » (Zacharie 12, 9)

La parole de Dieu transmise par le prophète est donc un rappel de la souveraineté du Dieu vivant, les rois humains sont dans sa main, et c’est une parole d’espérance mais aussi une parole pacifique, un conseil de douceur :

« Exulte avec force, fille de Sion! Crie de joie, fille de Jérusalem! Voici que ton roi vient à toi: il est

juste

et victorieux (meilleure traduction : sauvé),

humble,

monté sur un âne, sur un ânon, le petit d'une ânesse.

Il retranchera d'Ephraïm la charrerie et de Jérusalem les chevaux; l'arc de guerre sera retranché. Il annoncera la paix aux nations. Son empire ira de la mer à la mer et du Fleuve aux extrémités de la terre. »

(Za 9, 9-10)

Zacharie décrit une procession pour un roi. Dans l’ancien Orient, la procession du roi avait une très grande importance, dans les moments solennels, notamment lors de l’intronisation d’un nouveau roi, avec toute l’espérance de stabilité politique qui l’accompagnait.

Les qualités du roi :


  • Il est juste.

  • Il est sauvé, "rendu victorieux". Le verbe hébreu est à la forme passive (niphal). Le roi est "rendu victorieux", il est sauvé par Dieu. Dans tout ce chapitre, seul Dieu intervient pour restaurer Israël. Il intervient parfois à travers Judas ou Ephraïm mais il n’intervient pas à travers un roi militaire ou militant.

  • Il est humble. C’est étonnant : ordinairement un roi est au-dessus de ses sujets. Ici, le roi est en quelque sorte identifié à son peuple, il n’est pas différent de ses sujets. Il a cependant les ressources et le pouvoir pour dominer les nations et établir la paix, mais il le fait humblement, en relation au souverain ultime qui est Dieu lui-même.

  • Il est monté sur un âne. Encore une fois, il est « un du peuple », alors qu’il est l’élite du peuple, il ne se distingue pas par une monture prestigieuse. Il ne monte pas sur un cheval de guerre : toute puissance militaire est ici occultée. L’expression redondante « le petit d’une ânesse » rappelle la prophétie de Jacob concernant la tribu de Juda. - Le verset 10 annonce l’élimination des armements.

2°) Une prophétie messianique

L’expression « les extrémités de la terre » ouvre au texte de Za 9, 9-10 une perspective messianique eschatologique, dépassant tout ce que pouvait faire un roi en Israël.

Le roi du livre de Zacharie est traité comme une prédiction du Messie par les textes rabbiniques.

Le Nouveau Testament le cite souvent.

3°) L'accomplissement dans le Christ

Le Nouveau Testament cite Za 9, 9-10 pour décrire l’entrée de Jésus à Jérusalem (Mt 21, 5-9 ; Jn 12, 14-15 ; Jn 21, 16).

« Jésus, trouvant un petit âne, s'assit dessus selon qu'il est écrit: Sois sans crainte, fille de Sion: voici que ton roi vient, monté sur un petit d'ânesse.

Cela, ses disciples ne le comprirent pas tout d'abord; mais quand Jésus eut été glorifié, alors ils se souvinrent que cela était écrit de lui et que c'était ce qu'on lui avait fait. »

(Jn 12, 14-16)

Benoît XVI commente :

« L'évangéliste nous dit qu'après la résurrection, les disciples reçurent une lumière qui leur rendait le fait intelligible. Dès lors, ils se "rappellent" une parole d'Ecriture, auparavant sans signification pour eux, devient dès lors intelligible dans son sens prévu par Dieu, tout en donnant sa signification à l'événement extérieur. »[1]

« On reconnaît la vision de Jésus roi de la paix, qui fait éclater les frontières entre les peuples et qui instaure "d'une mer à l'autre" un espace de paix. Par son obéissance, il nous appelle à entrer dans cette paix ; il la plante en nous. Le terme "doux, humble" fait partie du vocabulaire du peuple de Dieu, d'Israël devenu universel dans le Christ, mais c'est aussi une parole royale qui nous révèle la nature de la royauté nouvelle du Christ. »[2]

« Au temps de Zacharie déjà, et plus encore au temps de Jésus, le cheval était devenu l'expression du pouvoir et des puissants, alors que l'âne était l'animal des pauvres et donc l'image d'une royauté bien différente (Za 9, 9).

Il est vrai que Zacharie annonce un royaume "d'une mer à l'autre".

Mais justement, il abandonne de la sorte le cadre national et indique une universalité nouvelle, dans laquelle le monde trouve la paix de Dieu. »[3]

« En Zacharie, Jésus n'a pas trouvé seulement l'image du roi de paix qui arrive sur l'âne, mais aussi la vision du pasteur tué qui, par sa mort, apporte le salut, et encore l'image du transpercé vers lequel tous auraient dirigé leur regard. »[4]


[1] J. Ratzinger, Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, p.259

[2] J. Ratzinger, Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, p.103

[3] J.Ratzinger, Benoît XVI, Jésus de Nazareth. De l'entrée à Jérusalem à la Résurrection. Parole et Silence, Paris 2011, p. 29

[4] J. Ratzinger, Benoît XVI, Jésus de Nazareth. De l'entrée à Jérusalem à la Résurrection. Parole et Silence, Paris 2011, p. 30


Synthèse F. Breynaert