Judith, bénie entre toutes les femmes

Judith, bénie entre les femmes

Qui est Judith ?


Bien que le livre de Judith parle de Nabuchodonosor, il ne faut s’y méprendre. Ce Nabuchodonosor qui se prend pour Dieu et veut être acclamé comme Dieu (Jdt 3, 8 ; cf. 6, 2 ; 11, 1 etc.) n’est pas le Nabuchodonor qui a conquis Jérusalem en 587, qui n’avait pas ce genre de prétention. C’est ici un personnage fictif qui symbolise les prétentions des Séleucides qui suivirent en cela l’exemple d’Alexandre le grand. Le livre de Judith, par les idéaux religieux qu’il reflète et par son vocabulaire, est typique de l’époque des Séleucides (200-142 avant J-C).


Le nom « Judith » signifie « femme de Judée » : elle représente la communauté juive de son temps.
Judith est belle (Jdt 8, 7) ; une beauté physique qui provient de sa fidélité à la loi.


Judith est sage, parce qu’elle médite la Torah, la loi et l’histoire du Salut. Elle va actualiser l’histoire fondatrice du premier Exode. Le premier Exode, la sortie d’Egypte, est un événement qui a profondément marqué les mémoires. Devant : la mer. Derrière : les soldats égyptiens. Tout autour : le désert brûlant… Et Dieu a ouvert un passage dans la mer. Béthulie est encerclée par l’armée ennemie. Les sources d’eau sont confisquées. Les habitants défaillent. Judith se met en prière. Et, pendant la nuit (Jdt 13, 14), comme pendant la nuit du premier exode (Ex 14, 24), l’ennemi est vaincu.

Judith entonne alors un chant (Jdt 16, 1-17), comme Moïse (Ex 15, 1-18).

Judith et Marie

1-

Le peuple manifestait de l’enthousiasme à l’égard de Judith après son exploit, et,

« Ozias, le chef du peuple, déclara : "Bénie sois-tu ma fille, par le Dieu Très Haut, entre toutes les femmes de la terre. Et béni soit le Seigneur, qui a créé le ciel et la terre, lui qui t’a conduite pour blesser à la tête le chef de nos ennemis. » (Jdt 13, 18)

Dans l’Evangile, Elisabeth bénit la Vierge Marie presque dans les mêmes termes :

« "Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein !" » (Lc 1, 42).

La première différence, et elle est de taille, c’est que « le Seigneur » (Jdt 13, 18) est devenu le « fruit du sein » de Marie (Lc 1, 42).

La seconde différence, c’est que l’ennemi que Marie blesse n’est pas un homme mais Satan.

2 -

Non seulement le peuple hébreu, mais aussi tout les peuples bénissent Judith : Achior (qui n’est pas Hébreu) dit :

«Bénie sois-tu dans toutes les tentes de Juda et parmi tous les peuples; ceux qui entendront prononcer ton nom seront saisis d'effroi!» (Jdt 14, 7).

Marie dit :

« Toutes les générations me diront bienheureuse » (Lc 1, 48).

3-

Pour Judith comme pour Marie, le motif de la bénédiction, ce sont les grandes choses que Dieu a accomplies (Jdt 15, 10 ; Lc 1, 49).


A. Serra

Extraits de : Aristide SERRA, La Donna dell’Alleanza, Prefigurazioni di Maria nell’Antico Testamento,

Messaggero di sant’Antonio – editrice, Padova 2006, p. 75-95 (www.edizionimessaggero.it)