Marie est belle : sur elle repose l'Esprit Saint (Aelred de Rievaulx † 1167)

Marie est belle : sur elle repose l'Esprit Saint

La beauté de Marie est d'abord une beauté intérieure

Le témoignage biblique à propos de la beauté physique de Rachel (Gn 29,17) suggère à saint Aelred de Rievaulx († 1167) que Marie aussi devait posséder un charme exceptionnel. Cependant c'est surtout sa pureté, sa charité, son humilité et toutes ses autres vertus merveilleuses qui ont littéralement ravi le regard du Seigneur :

« Bien qu'il soit agréable de penser que Marie ait été très gracieuse et très belle aussi dans son corps, nous devons cependant appliquer ces mots à sa beauté intérieure que "le plus beau des enfants des hommes" (Ps 44,3) aima, désira et sanctifia au point non seulement d'habiter dans son âme, mais de se préparer une habitation aussi dans son sein... sans aucun doute pendant qu'il était dans le sein du Père il sentit le parfum de sa virginité et il fit attention à la beauté de son âme. » [1]

La beauté de Marie vient de sa sainteté

L'âme de Marie devait posséder une richesse de perfection qui exclue toute ombre morale et place sa personne au-dessus de toute autre créature :

« "Beaucoup de filles ont réuni des richesses, mais elle les a toutes dépassées" (Pr 31,29. En effet comme était singulière sa virginité et incomparable sa chasteté, sa sainteté était aussi au-dessus de toutes les autres. C'était la seule au monde à qui on puisse dire : "Tu es toute belle o ma bien-aimée ; il n'y a pas de tache en toi." (Ct 4,7) » [2]

La grâce de Marie est communicative, comme celle de Jésus

Aelred parfois lui attribue les affirmations que l'Ecriture rapporte au Christ :

« Salut, o pleine de grâce ; tu es pleine de grâce et vraiment comblée de cette plénitude "de laquelle nous avons tous reçu" (Jn 1,16). Personne ne possède une humilité plus vraie, une obéissance plus efficace, une justice plus pure, une miséricorde plus copieuse, une pureté plus féconde, une charité plus riche. » [3]

Cette affirmation évidemment ne nie pas l'unicité de la plénitude de grâce du Verbe Incarné dont la Vierge elle-même a reçu sa grâce personnelle.

Parce que repose sur Marie l'Esprit du Seigneur

Dans un autre texte, nous voyons appliqués à Marie les paroles d'Isaïe à propos du futur Messie :

« Sur Marie repose vraiment l'Esprit du Seigneur : esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de pitié, et elle fut remplie de l'esprit de la crainte du Seigneur (cf. Is 11,2). »[4]

Cette pensée n'est-elle pas excessive ? Non. Aelred de Rievaulx sait que l'Incarnation est l'accomplissement de l'Alliance entre Dieu et l'humanité. Il sait que l'Annonciation est un récit d'Alliance. Et il contemple les noces de l'Alliance accomplies de manière particulière et tout à fait personnelle en Marie. Le Christ époux a uni l'âme de la Très Vierge à sa divinité.[5]


[1] Sermo in Annuntiation, PL 195,253 D -254 A

[2] Sermo in Assumptione, Talbot, 162.

[3] Sermo in Annuntiatione Dominica, Talbot, 80

[4] Sermo in Assumptione, Talbot, 165

[5] Aelred de Rievaulx, In Annuntiatione, sermo IX, 15-16, PL 195, 254


L. GAMBERO, Maria nel pensiero dei teologi latini medievali,

ed San Paolo, 2000, p. 197