Le visage marial de l'Eglise

Le visage marial de l'Eglise

Le développement de la réflexion mariologique et du culte rendu à la Vierge au cours des siècles a contribué à dévoiler toujours mieux le visage marial de l'Église. Certes, la Très Vierge est entièrement liée au Christ, fondement de la foi et de l'expérience ecclésiale, et conduit jusqu'à lui. C'est pourquoi, en obéissant à Jésus, qui a réservé à la Mère un rôle tout à fait particulier dans l'économie du salut, les chrétiens ont vénéré, aimé et prié Marie de façon tout à fait particulière et intense.

Il ne s'agit pas d'un sentiment superficiel, mais d'un lien affectif profond et conscient, enraciné dans la foi

Ils lui ont attribué une place de choix dans la foi et dans la piété, la reconnaissant comme voie privilégiée qui conduit au Christ, Médiateur suprême. La dimension mariale de l'Église constitue ainsi un élément indéniable dans l'expérience du peuple chrétien. Elle se révèle à travers de nombreuses manifestations de la vie des croyants, témoignant ainsi de la place occupée par Marie dans leur cœur. Il ne s'agit pas d'un sentiment superficiel, mais d'un lien affectif profond et conscient, enraciné dans la foi, qui pousse les chrétiens d'hier et d'aujourd'hui à avoir recours de façon habituelle à Marie, pour entrer dans une communion plus intime avec le Christ. Après la plus ancienne prière formulée en Égypte par la communauté chrétienne au IIIème siècle pour implorer de la «Mère de Dieu» la protection dans les dangers, les invocations adressées à Celle que les baptisés considèrent très puissante dans son intercession auprès du Seigneur, se sont multipliées.

Le peuple chrétien a manifesté son amour à Marie en multipliant les expressions de sa dévotion

Aujourd'hui, la prière la plus commune est l'Ave Maria dont la première partie est composée de paroles tirées de l'Evangile (cf. Cl 1, 28.42). Les chrétiens apprennent à la réciter dans leur foyer, dès l'enfance, la recevant comme un don précieux à préserver tout au long de la vie. Cette même prière, répétée des dizaines de fois durant le Rosaire, aide de nombreux fidèles à entrer dans la contemplation orante des mystères évangéliques et à rester parfois pendant un long moment en contact intime avec la Mère de Jésus. Depuis le Moyen Âge, l'Ave Maria est la prière la plus commune de tous les croyants, qui demandent à la Mère du Seigneur de les accompagner et de les protéger sur les chemins de leur existence quotidienne (cf. Exhorta. aposta. Mariales cultes, n. 42-55).

Le peuple chrétien a en outre manifesté son amour à Marie en multipliant les expressions de sa dévotion : hymnes, prières et compositions poétiques, simples ou parfois de grande valeur, emp-reints du même amour pour Celle, qui du Crucifix, a été donnée comme Mère aux hommes. Parmi ceux-ci, certains comme l'hymne « Âkatisto » et le « Salve Regina » ont profondément marqué la vie de foi du peuple croyant. A la piété mariale correspond également une très riche production artistique en Orient et en Occident, qui a fait apprécier à des générations entières la beauté spirituelle de Marie. Des peintres, des sculpteurs, des musiciens et des poètes nous ont laissé des chefs-d'œuvre qui, en mettant en lumière les divers aspects de la grandeur de la Vierge, aident à mieux comprendre le sens et la valeur de la contribution importante à l'œuvre de la rédemption. L'art chrétien a reconnu en Marie la réalisation d'une nouvelle humanité répondant au dessein de Dieu, et donc un signe sublime d'espérance pour l'humanité tout entière.

De nombreux ordres religieux ont choisi spécifiquement de vivre une spiritualité mariale

Ce message ne pouvait manquer d'être accueilli par les chrétiens appelés à une vocation de consécration particulière. En effet, dans les ordres et dans les congrégations religieuses, dans les Instituts ou dans les associations de vie consacrée, Marie est particulièrement vénérée. De nombreux instituts, surtout, mais pas exclusivement, féminins, portent dans leur titre le nom de Marie. Toutefois, au-delà des manifestations extérieures, la spiritualité des familles religieuses, ainsi que celle de nombreux mouvements ecclésiaux, dont certains spécifiquement mariaux, met en lumière leur lien particulier avec Marie, garantissant un charisme vécu dans l'authenticité et la plénitude. Cette référence mariale dans la vie des personnes ayant en particulier reçu les faveurs de l'Esprit Saint, a développé également la dimension mystique, qui montre la façon dont le chrétien peut ressentir au plus profond de son être l'intervention de Marie.

La référence à Marie réunit non seulement les chrétiens engagés, mais également les croyants à la foi simple, jusqu'à ceux qui sont « plus loin»

La référence à Marie réunit non seulement les chrétiens engagés, mais également les croyants à la foi simple, jusqu'à ceux qui sont « plus loin», pour lesquels elle constitue souvent sans doute l'unique lien avec la vie ecclésiale. Les pèlerinages aux sanctuaires marials, qui attirent durant toute l'année de nombreuses foules de fidèles, constituent des signes de ce sentiment commun du peuple chrétien pour la Mère du Seigneur. Certains de ces bastions de la piété mariale sont très célèbres, comme Lourdes, Fatima, Lorette, Pompéi, Guadalupe, Czestochowa ! D'autres sont connus au niveau national ou local. Dans tous ces sanctuaires, le souvenir d'événements liés au recours à Marie transmet le message de sa tendresse maternelle, en ouvrant le cœur à la grâce divine. Ces lieux de prière mariale constituent le témoignage merveilleux de la miséricorde de Dieu, qui arrive à l'homme par l'intercession de Marie.

Je désire rappeler ici de façon particulière la grande influence de la piété mariale sur l'exercice de la charité et des œuvres de miséricorde

Des miracles de guérison corporelle, de rachat spirituel et de conversion, constituent le signe évident que Marie continue, avec le Christ et dans l'Esprit, son œuvre d'auxiliatrice et de mère. Les sanctuaires marials deviennent souvent des centres d'évangélisation : en effet, dans l'Église d'aujourd'hui également, comme dans la communauté dans l'attente de la Pentecôte, la prière avec Marie pousse de nombreux chrétiens à l'apostolat et au service des frères. Je désire rappeler ici de façon particulière la grande influence de la piété mariale sur l'exercice de la charité et des œuvres de miséricorde. Encouragés par la présence de Marie, les croyants ont souvent ressenti le besoin de se consacrer aux pauvres, aux déshérités, aux malades, pour être pour les derniers de la terre le signe de la protection maternelle de la Vierge, icône vivante de la miséricorde du Père.

La dimension mariale traverse toute la vie de l'Eglise

De tout cela, ressort avec évidence la façon dont la dimension mariale traverse toute la vie de l'Eglise. L’annonce de la Parole, la liturgie, les diverses expressions caritatives et cultuelles trouvent dans la référence à Marie une occasion d'enrichissement et de renouveau. Le peuple de Dieu, sous la direction de ses pasteurs, est appelé à discerner dans ce fait l'action de l'Esprit Saint, qui a poussé la foi chrétienne sur le chemin de la découverte du visage de Marie. C'est lui qui opère des merveilles dans les lieux de piété mariale. C'est lui qui, stimulant la connaissance et l'amour pour Marie, conduit les fidèles à se mettre à l'école de la Vierge du Magnificat, pour apprendre à lire les signes de Dieu dans l'histoire et à acquérir la sagesse qui fait de chaque homme et de chaque femme les bâtisseurs d'une nouvelle humanité.


Pape Jean Paul II

(Extrait de la Catéchèse sur le Credo, 15 novembre 1995)

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