L’Esprit Saint et le pardon des péchés (Jean Paul II)

L’Esprit Saint et le pardon des péchés

[Extraits de Jean Paul II, Dominum vivificantem ; les sous-titres sont ajoutés].

Jésus dit : « Cependant je vous dis la vérité: c'est votre intérêt que je parte; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous; mais si je pars, je vous l'enverrai. Et lui, une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement: de péché, parce qu'ils ne croient pas en moi; de justice, parce que je vais vers le Père et que vous ne me verrez plus; de jugement, parce que le Prince de ce monde est jugé. » (Jn 16, 7-11)

[Le péché fait mal, et il offense Dieu :]

Manifester le péché veut dire montrer le mal qu'il comporte [...] «Manifester le péché» ne devrait-il pas alors signifier également révéler la souffrance, révéler la douleur, inconcevable et inexprimable, que, à cause du péché, le Livre saint semble, dans sa vision anthropomorphique, entrevoir dans les «profondeurs de Dieu» et, en un sens, au cœur même de l'inexprimable Trinité? [...]

«Le Seigneur vit que la méchanceté de l'homme était grande sur la terre... Le Seigneur se repentit d'avoir fait l'homme sur la terre, et il s'affligea dans son cœur. Et le Seigneur dit... "je me repens de les avoir faits" » (Gn 6, 5-7).

Mais plus souvent le Livre saint nous parle d'un Père qui éprouve de la compassion pour l'homme, comme s'il partageait sa souffrance. [...]

En Dieu, l'Esprit qui est Amour fait que la considération du péché humain se traduit par de nouvelles libéralités de l'amour sauveur. [...]

[L'Esprit Saint transforme la souffrance en amour sauveur :]

«Combien plus le sang du Christ, qui, par un Esprit éternel, s'est offert lui-même sans tache à Dieu, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes pour que nous rendions un culte au Dieu vivant !» ( He 9, 13-14).

[Retenons quelques points de l'interprétation de ces versets par Jean-Paul II :]

  • - Jésus Christ s'est ouvert totalement, dans son humanité, à l'action de l'Esprit-Paraclet qui, dans la souffrance, fait apparaître l'amour éternel source de salut. [...]

  • - Dans l'Ancien Testament, on parle souvent du «feu du ciel» qui brûlait les offrandes présentées par les hommes[1]. Par analogie, on peut dire que l'Esprit Saint est le «feu du ciel» qui agit au plus profond du mystère de la Croix. Venant du Père, il tourne vers le Père le sacrifice du Fils, le faisant entrer dans la divine réalité de la communion trinitaire. Si le péché a engendré la souffrance, maintenant la douleur de Dieu dans le Christ crucifié acquiert, par l'Esprit Saint, toute son expression humaine. [...]

  • - L'Esprit fait croître à un degré nouveau le don fait à l'homme et à la création depuis le commencement. [...]

[Le Paraclet et la nouvelle orientation vers le bien :]

«Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus» (Jn 20, 22-23).

Jésus confère aux Apôtres le pouvoir de remettre les péchés, pour qu'ils le transmettent à leurs successeurs dans l'Eglise. Toutefois, ce pouvoir, accordé aux hommes, présuppose et inclut l'action salvifique de l'Esprit Saint.

En devenant la «lumière des cœurs»[2], c'est-à-dire des consciences, l'Esprit Saint «manifeste le péché», c'est-à-dire fait connaître à l'homme son mal et en même temps l'oriente vers le bien.

Grâce à la multiplicité de ses dons - on l'invoque comme le «Porteur des sept dons» -, la puissance salvifique de Dieu peut atteindre tout péché, de quelque genre qu'il soit. En réalité, comme le dit saint Bonaventure, «en vertu des sept dons de l'Esprit Saint, tous les maux sont détruits tandis que sont réalisés tous les biens»[3].

Sous l'influence du Paraclet s'accomplit donc cette conversion du cœur humain qui est la condition indispensable du pardon des péchés.

Sans une vraie conversion, qui suppose une contrition intérieure, et en l'absence d'une résolution ferme et sincère de changement, les péchés restent «non remis», comme le dit Jésus, et avec lui la tradition de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliance.


[1] Cf. Lv 9, 24; 1 R 18; 2 Ch 7, 1

[2] Cf. Séquence Veni, Sancte Spiritus.

[3] S. BONAVENTURE, De septem donis Spiritus Sancti, Collatio II, 3: Ad Claras Aquas, V, 463.

Extraits et présentation par F. Breynaert de :

Jean Paul II, Encyclique Dominum vivificantem, 1986, § 39-45