Miracles et pèlerinages marials au X°-XII° siècle

La société médiévale est variée. Les spiritualités sont variées. Tous les chrétiens ne sont pas amateurs de récits de miracles et tous ne vont pas en pèlerinage. Miracles et pèlerinages sont pourtant une note relativement importante de la piété médiévale.

Le développement des pèlerinages marials date du X° siècle.

Il existait de petits sanctuaires marials depuis des temps très anciens. Par exemple, la chapelle de Marie « étoile de la mer » à Maastricht dès le IV° siècle, les sanctuaires de Chartres et du Puy en Velay (V° siècle).

Il y avait déjà un très grand nombre de sanctuaires marials à l'époque mérovingienne[1].

Il faut cependant savoir que durant le premier millénaire, les pèlerinages de l'Europe occidentale sont centrés principalement sur le tombeau de saint Pierre[2].

D'après Flodoard de Reims (archiviste de la cathédrale de Reims, mort en l'an 966), les pèlerinages mariaux ont pris une grande ampleur (à Reims d'abord et ensuite un peu partout) à partir de l'an 924[3].

 

Les pèlerinages marials sont liés à des édifices religieux et ils sont l'occasion de nombreux miracles.

Le développement des pèlerinages mariaux est lié à la construction des églises et des cathédrales, au développement de l'architecture.

Les récits de miracles décrivent une lumière qui provient de l'édifice religieux[4] autant que de la vision de Marie mère de Dieu. Quand, à la même époque, dans l'Orient chrétien, les miracles attribués à l'intercession de la Vierge Marie sont liés à ses icônes, dans l'Occident chrétien, les miracles de Marie sont liés aux édifices, églises et cathédrales.

Ceci explique que les recueils de miracles sont tous commandités par des évêques, et très prisés par les chanoines (ceux qui officient dans les cathédrales et les basiliques).

Jean de Coutance (premier quart du XII° siècle) témoigne de cette époque :

« Au temps heureux de Geoffroy, évêque de l'église de Coutances, florissait le culte et rayonnait bien loin la vertu des miracles. L'évêque, homme sage et prévoyant, ordonna de fixer d'une plume compétente la vertu des miracles qui se voyaient dans cette église, pour louer Dieu et pour honorer sa glorieuse dame, Vierge-mère, et aussi pour édifier ses successeurs. Il ordonna de confectionner un livre d'or serti de pierres précieuses venues de loin pour l'honneur de la bienheureuse Vierge Marie. »[5]

Le clergé utilisait les récits de miracles dans sa pédagogie.

Le clergé devait s'adresser à un public varié reflétant toute la société.

Par exemple, à Chartres (France),

- Il fallait s'adresser à ceux qui venaient en procession, qui étaient les paroissiens des alentours et les Bretons de la ville[6]. La première partie du recueil de miracles évoquait pour eux des miracles à la louange de la cathédrale (n° 2-11).

- Il fallait aussi s'adresser aux aristocrates, le recueil de miracles comportait pour eux des légendes courtoises (n° 12-16).

- Il fallait aussi transmettre ce que le synode de l'époque avait dit, c'était donc une sorte de sermon avec des récits de miracles édifiants (n° 17-26)[7].

Les gens venaient en pèlerinage avec les soucis de leur vie locale.

A cette époque, on venait en pèlerinage pour présenter à Marie les soucis ordinaires.

Par exemple :

Au sud de la Loire (France), à Rocamadour, les soucis ordinaires étaient liés aux guerres féodales, et on ne s'étonnera pas que dans cette région ce sont surtout les hommes qui viennent en pèlerinage (seulement 25% de femmes) et les miraculés y sont surtout des nobles et des soldats.

Au nord de la Loire (France), par exemple à Paris ou à Arras[8], les soucis ordinaires sont les épidémies de peste ou du « mal des ardents » lié à l'ergot du seigle que l'on cultive sur les terres récemment défrichées. Les miraculés sont plutôt des enfants et des misérables.[9]


[1] Guy Philippart, Le récit miraculaire marial dans l'Occident médiéval, dans Marie, le culte de la Vierge dans la société médiévale, Beauchêne, Paris 1996, p. 573

[2] A.Prandi, « la tomba di san Pietro nei pellegrinaggi dell'étà medievale », dans « Pellegrinaggi e culto dei santi nell'Europa fino alla prima Crociata, Todi, 1963.

[3] Flodoard de Reims, Historia Remensis Ecclesiae, éditions J. Heller, G. Waitz, Hannover 1881.

[4] Flodoard de Reims, Historia Remensis Ecclesiae, III, 6 . (éditions J. Heller, G. Waitz, Hannover 1881).

[5] Jean de Coutance, Miracula Sanctae Mariae Constantiae, éd. E.-A. Pideon, dans Histoire de la cathédrale de Coutance, Coutances, 1876, pp. 367-383

[6] Cf. Jean le Marchant, Miracles de Notre Dame de Chartres, éditions P. Kunstmann, Ottawa/Chartres, 1973, p. 170-181

[7] Gabriela Signori, « La bienheureuse polysémie », dans Marie, le culte de la Vierge dans la société médiévale, Beauchêne, Paris 1996, p. 612.

[8] Flodoard de Reims, Annales, éditions Ph. Lauer, Paris 1906. (publiées d'après les manuscrits de Flodoard de Reims, archiviste de la cathédrale de Reims, mort en l'an 966), p. 100

[9] Gabriela Signori, ibid., p. 616.

Françoise Breynaert

 

 

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