L'Assomption (St Bernard)

L'Assomption (St Bernard)

La joie du ciel

En ce jour, la Vierge glorieuse montant au ciel vint ajouter sans aucun doute une part abondante à la joie des habitants d'en haut.

C'est elle en effet dont un simple mot de salutation fait tressaillir de joie ceux mêmes que renferment encore les entrailles maternelles. Si l'âme d'un enfant encore à naître fut comme liquéfiée d'amour dès qu'eut parlé Marie, pouvons-nous imaginer l'allégresse des citoyens du ciel quand il leur fut donné à la fois, et d'entendre sa voix, et de voir son visage, et de goûter le bonheur de sa présence ?

Et pour nous, mes très chers, quelle occasion de fête en cette assomption de la Vierge, quelle source de joie, quel sujet de réjouissance ! Par la présence de Marie, c'est tout l'univers qui est illuminé au point que désormais la patrie céleste elle-même resplendit d'une clarté plus vive, irradiée qu'elle est par le rayonnement de cette lampe virginale. Aussi est-ce à juste titre que retentissent, là-haut, l'action de grâces et la louange.

Entraîne-nous sur tes pas ; nous courrons dans les effluves de tes parfums

Mais pour nous, semble-t-il, nous devons gémir bien plus qu'applaudir. N'est-il pas logique en effet que la mesure dont le ciel se réjouit de la présence de Marie, soit la mesure même dont notre bas monde doive s'attrister de son absence ? Non, cessons nos plaintes ! Pour nous non plus, l'ici-bas n'est pas notre patrie, et nous cherchons justement celle où Marie, la bénie, fait son entrée aujourd'hui.

Si nous sommes déjà inscrits citoyens de cette cité, il est juste de nous souvenir d'elle jusqu'en notre exil, d'y vivre de cœur même sur les bords des fleuves de Babylone, de communier à son bonheur, de prendre part à ses joies, tout particulièrement à cette joie qui, en ce jour, inonde la cité de Dieu d'un flot si abondant que nous-mêmes en sentons les gouttes ruisseler sur la terre.

Elle a pris les devants, notre reine ! Elle a pris les devants, et l'accueil qu'elle a reçu fut si glorieux que les pages peuvent suivre leur dame en toute assurance et lui crier : "Entraîne-nous sur tes pas ; nous courrons dans les effluves de tes parfums" (Ct, 1, 4ss).

C'est une avocate que notre caravane envoie devant elle, une avocate qui, en tant que mère du juge et mère de miséricorde, traitera l'affaire de notre salut avec insistance et succès. C'est un cadeau de prix qu'aujourd'hui notre terre a adressé au ciel afin que, donnant donnant, une heureuse alliance d'amitié unisse l'humain au divin, la terre au ciel, les abîmes aux cimes.

L'accueil de son Fils

Quant à l'Assomption, qui pourrait même imaginer dans quelle gloire en ce jour s'avança la reine du monde ; avec quels élans de ferveur la multitude des esprits célestes se porta tout entière au-devant d'elle ; quels cantiques l'accompagnèrent à son trône de gloire ; avec quel visage souriant, avec quel air radieux et par quels joyeux embrassements, son Fils l'accueillit et l'exalta au-dessus de toute créature, avec tous les honneurs dont était digne une telle mère et toute la gloire dont était capable un tel Fils ?

Heureux sans aucun doute, les baisers imprimés par les lèvres du nourrisson que la mère caressait sur son sein virginal ! Pourtant, ne faut-il pas estimer encore plus heureux les baisers reçus aujourd'hui par Marie, en signe de bienvenue, des lèvres de celui qui siège à la droite du Père, pendant qu'elle gravissait les marches de son trône de gloire en chantant ces paroles de l’épithalame : "Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche ?" (Ct 1, 1)


Saint Bernard, Sermon 1 sur l'Assomption