Le socle des vertus de Marie : son humilité

L'humilité de Marie, socle de toutes ses vertus

L'humilité, comme le remarquent les théologiens de la vie morale, est au fondement de toutes les autres vertus naturelles : sans elle, ces mêmes vertus peuvent même se transformer pour l'âme, en occasions d'orgueil... Le grand Docteur marial, saint Bernard, nous montre ici comment en la Vierge Marie l'humilité est telle, depuis l'origine, qu'en elle toutes les vertus ont pu atteindre leur perfection :

C'est donc à Nazareth que l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu.

A qui ?

A une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph.

Si tu ne peux imiter la virginité de l'humble, imite l'humilité de la Vierge...

Quelle est donc cette jeune fille si vénérable, qu'un ange la salue, et si humble, qu'elle soit fiancée à un ouvrier? Ô splendide mélange de virginité et d'humilité ! Combien elle doit plaire à Dieu, cette âme en qui l'humilité rehausse la virginité et dont la virginité sert de parure à l'humilité ! Mais alors, te figures-tu l'immense respect que mérite celle dont la fécondité exalte l'humilité et dont un enfantement consacre la virginité ? Tu entends : elle est humble ; si tu ne peux imiter la virginité de l'humble, imite l'humilité de la Vierge.

Honorable vertu que la virginité, mais plus nécessaire est l'humilité ; celle-là est de conseil, celle-ci, de précepte ; à la première on t'invite, à la seconde on t'oblige. De la virginité il est dit : "Comprenne qui pourra" (Mt 19, 12) ; de l'humilité : "Qui ne devient comme ce tout petit n'entrera pas au royaume des cieux" (Mt 18, 3). En conséquence, celle-là est un mérite, celle-ci une exigence. Bref, sans la virginité tu peux faire ton salut ; sans l'humilité, point.

Sans l'humilité, j'ose l'affirmer, même la virginité de Marie n'aurait pu plaire à Dieu...

Une humilité qui pleure la virginité perdue peut plaire à Dieu, il est vrai ; mais sans l'humilité, j'ose l'affirmer, même la virginité de Marie n'aurait pu plaire à Dieu :"Sur qui reposera mon esprit, dit Dieu, sinon sur l'humble et celui qui aime la paix" (Is 66, 21). Sur l'humble, a-t-il dit, et non sur celui qui est vierge : si donc Marie n'eût été humble, l'Esprit Saint n'aurait pas reposé sur elle. Et s'il ne s'était pas reposé sur elle, il ne l'aurait pas rendue féconde. Comment, en effet, Marie aurait-elle conçu de lui sans sa présence ? Voilà donc qui est clair : pour qu'elle conçût de l'Esprit Saint, elle-même l'atteste : "Dieu regarda l'humilité de sa servante" (Luc 1, 48)plutôt que sa virginité : et si elle plut par sa virginité, c'est pourtant par son humilité qu'elle conçut. D'où il résulte avec évidence que si la virginité, elle aussi, put plaire à Dieu, c'est sans aucun doute à l'humilité qu'elle le doit.

Qu'as-tu à dire, toi qui te vantes de ta virginité ? Marie, oubliant qu'elle est vierge, se glorifie de son humilité : et toi sans te soucier d'être humble, tu te flattes de ta virginité ? Il a, dit-elle, regardé l'humilité de sa servante. Qui parle ainsi ? Une vierge toute , une vierge chaste, une vierge pieuse. Serais-tu plus chaste qu'elle ? aurais-tu plus de piété ? Ta pureté, serait-elle peut-être plus agréable à Dieu que la chasteté de Marie, au point de te rendre capable de plaire à Dieu sans l'humilité, avec ta seule pureté, alors que Marie ne l'aurait pu avec la sienne'?

Plus te distingue le don de la continence, plus tu te fais tort en souillant sa beauté en ton cœur par un mélange d'orgueil...

Enfin, plus te distingue le don hors pair de la continence, plus tu te fais tort en souillant sa beauté en ton cœur par un mélange d'orgueil. Après tout, mieux vaut pour toi n'être pas vierge que de t'enorgueillir de ta virginité. Certes, la virginité n'est pas donnée à tout le monde, mais bien plus rares sont ceux qui sont à la fois chastes et humbles. Si donc tu ne peux qu'admirer la virginité en Marie, essaye du moins d'imiter son humilité et c'est assez pour toi. Que si tu es à la fois vierge et humble, qui que tu sois, tu es grand !

Voici pourtant en Marie quelque chose de plus grand et de plus admirable : la fécondité unie à la virginité. Jamais, depuis que le monde est monde, on a entendu dire qu'une femme fût à la fois mère et vierge. Oh ! si, de plus, tu te rends compte de quel fils elle est mère, à quel degré ne montera pas ton émerveillement devant son admirable élévation ? Jusqu'à te convaincre, n'est-ce pas que ton admiration n'y peut suffire? A ton avis - ou plutôt au jugement de la Vérité elle-même - la femme qui eut Dieu pour fils ne doit-elle pas être exaltée au-dessus de tous les chœurs des anges ? N'est-ce pas Dieu, n'est-ce pas le Seigneur des Anges que Marie peut hardiment appeler son fils'? "Mon fils, dit-elle, pourquoi nous as-tu fait cela ?" (Luc 2, 48). Quel ange aurait pareille audace ? C'est assez pour eux - et c'est à leurs yeux grand honneur - que, esprits par nature, ils se voient investis par grâce du rôle et du nom d'anges ou messagers. Ainsi l'atteste David : "Des esprits il fait ses anges" (Ps 103, 4).

Dieu obéit à une femme : humilité sans exemple ! Une femme commande à Dieu : sublimité sans pareille !

Marie, bien plus, est mère, et le sait : et tandis que les anges avec respect se mettent au service de cette Majesté, elle, en toute assurance l'appelle « mon fils». Dieu ne dédaigne pas de porter le nom de ce qu'il a choisi d'être, et l'évangéliste le note peu après : "Et il leur était soumis" (Luc 2, 51). Soumis ! Qui donc ? et à qui ? Dieu, à des hommes ! Dieu, oui, celui à qui se soumettent les anges, celui à qui obéissent Principautés et Puissances : il était soumis à Marie ! et non seulement à Marie, mais encore à Joseph à cause de Marie ! Admire donc à ton gré l'une ou l'autre merveille et choisis ce qui est le plus digne de ton admiration : le respect si tendre témoigné par le fils ou l'incomparable dignité de la mère. De part et d'autre : stupeur et miracle ! Dieu obéit à une femme : humilité sans exemple ! Une femme commande à Dieu : sublimité sans pareille !

Dans les chants à la louange des vierges, il est dit que seules elles suivent l'Agneau partout où il va (Apoc 14, 4) : de quelles louanges alors jugeras-tu digne celle qui même le précède ?"

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St Bernard de Clairvaux