Une femme entourera un homme (Jr 31, 22 ; Jn 3, 4) - St Bernard

Une femme entourera un homme (Jr 31, 22)

Introduction (1).

Quelques mots du prophète - "une femme entourera un homme" (Jr 31, 22) - sont pour saint Bernard l'occasion d'une longue réflexion sur l'union de la divinité et de l'humanité en Jésus.

Ce qui est certain, c'est que Jésus est vrai Dieu et vrai homme, et que son humanité est réelle, unie sans confusion ni séparation avec sa divinité (Cf. le concile de Chalcédoine).

La nature de cette union entre la divinité et l'humanité de Jésus nous échappe et nous dépasse...

Certains insisteront sur le fait que son humanité était extra-ordinaire, comme c'est le cas de saint Bernard.

Mais ce n'est qu'une opinion parmi d'autres.

Saint Thomas d'Aquin explique au contraire que Jésus, en tant qu'homme véritable, a acquis des connaissances expérimentales par un réel progrès et par un passage de l'ignorance à la connaissance (Cf. S. Th. III, 12,2).

Une femme entourera un homme (St Bernard) (2).

[8] Écoutons maintenant Jérémie; il ajoute de nouvelles prophéties aux anciennes et celui qu'il ne pouvait encore montrer présent, il en signale la venue avec le plus vif désir, et le promet avec assurance.

Le Seigneur, dit-il, vient de créer un prodige nouveau sur terre : une femme entourera un homme (Jr 31, 22). Quelle est donc cette femme ? Et qui est cet homme ? Et si vraiment c'est un homme, comment une femme l'entourerait-elle ? Et si une femme peut l'entourer, comment peut-il s'agir d'un homme ? Et pour parler plus net, comment peut-il être à la fois un homme fait, et être encore dans le sein maternel ? (car c'est là le sens de l'expression : une femme entourera un homme).

Nous appelons hommes ceux qui ont dépassé le bas âge, l'enfance, l'adolescence, l'âge mûr et sont parvenus à l'âge proche de la vieillesse ; or celui qui déjà a atteint cette taille peut-il être enveloppé par une femme ? Si le prophète avait dit : une femme entourera un enfant ou un tout-petit, on ne verrait en cela ni nouveauté ni prodige. Mais il n'a rien dit de tel, mais bien : un homme ; alors nous demandons quelle est cette nouveauté que Dieu a accomplie sur la terre, qu'une femme pût envelopper un homme et un homme se contracter à l'intérieur d'un frêle corps de femme? Qu'est-ce donc que ce miracle ?

Un homme peut-il, comme demandait Nicodème, entrer de nouveau dans le corps de sa mère et renaître ? (Jn 3, 4).

[9] [...] Ne t'est-il pas aisé de reconnaître parmi tout cela la femme qui entoure un homme, quand tu vois Maire enclore en son sein Jésus, l'homme agréé par Dieu ? Oui, Jésus fut home, non seulement au temps om l'on disait de lui : « C'est un homme, un prophète puissant en œuvres et en paroles » (Lc 24, 12) mais déjà lorsque sa mère réchauffait tendrement en son giron les membres délicats de l'Enfant-Dieu, et même alors qu'elle le portait encore en elle. Homme, Jésus l'était donc déjà avant d'être né, homme par la sagesse sinon par l'âge, par la force, sinon par la vigueur de son corps, par la maturité des sentiments plutôt que par le développement de ses membres. [...]

[10] Et ne te laisse pas troubler en lisant à son propos dans un autre passage : « Or Jésus croissait en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes (Lc 2, 52). S'agissant ici de sagesse et de grâce, il ne faut pas l'entendre de la réalité, mais des apparences. Ainsi il ne lui survenait en réalité aucune perfection nouvelle qu'il n'eût déjà, mais elle paraissait lui survenir quand lui-même voulait qu'elle apparût. [...] Dès lors, pourquoi douter qu'il fût homme dès le sein de sa mère, Celui dont on ne conteste pas qu'il fut Dieu ?


(1) Introduction par F. Breynaert

(2) Saint Bernard de Clairvaux, Extrait de la deuxième homélie "super missus", § 8-10

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