Soeur Edel Quinn (1907-1944)

Edel Quinn, Légionnaire de Marie, (1907-1944)

Edel Quinn est une digne fille de l'Irlande chrétienne et missionnaire. Elle est venue prendre place dans une longue suite d'apôtres - évêques, moines, laïcs - qui, de saint Patrice à nos jours, ont porté la Bonne Nouvelle du Salut sur tous les continents. Nous avons déjà évoqué ici la belle figure de l'un de ces apôtres, devenu une gloire de son pays : Frank Duff. Il fut, rappelons-le, à l'origine d'un mouvement apostolique aujourd'hui répandu sur les cinq continents : la Légion de Marie, mouvement tout imprégné de la spiritualité mariale de saint Louis-Marie de Montfort.

Edel, dont la vie très courte - elle mourra à trente-sept ans - s'inscrit dans les années de Frank Duff et dans son rayonnement, est l'un des plus beaux fleurons de la Légion de Marie. Elle en fut aussi l'une des plus ardentes missionnaires comme «envoy » (déléguée) en Afrique équatoriale. Une missionnaire que les Églises locales ne sont pas prêtes d'oublier et qui ne saurait nous laisser indifférents.

Frêle, exubérante, intrépide, mariale, fougueuse dans sa foi

Edel Mary naît en 1907, en la fête de l'Exaltation de la Croix, dans le comté de Cork, au sud de l'Irlande, première de cinq enfants qui viendront égayer le foyer des époux Quinn. Au gré des affectations du père, modeste employé de banque, la famille devra déménager à plusieurs reprises pour s'établir définitivement à Dublin en 1925. Dans ce foyer profondément chrétien - la mère assiste tous les jours à la messe - on respire une atmosphère de grande affection, de joie, de liberté. Edel, comme il convient à une aînée, exerce une grande influence sur ses sœurs et frère. Elle se signale déjà par sa gentillesse et l'oubli d'elle-même, par son exubérance et son intrépidité. Au collège, elle se livre avec fougue aux études et aux sports (tennis, golf, danse...).

L'attention aux autres, le don d'elle-même lui semblent naturels. Elle fait partie des Enfants de Marie. Avec cela, très belle, pleine d'humour, le sourire sur les lèvres...La famille venant de s'établir dans la capitale, Edel doit interrompre ses études pour aider à la subsistance des siens. Elle trouve bientôt un emploi comme secrétaire dans une entreprise d'importation de matériaux, dont le patron est un jeune Français. Il se souviendra plus tard de l'avoir vue arriver (elle allait avoir dix-neuf ans)

« frêle et timide, mais souriant vaillamment ».

Notre jeune secrétaire se révèle vite une excellente employée, ordonnée et organisatrice, et se verra confier de plus en plus de responsabilités, y compris la gérance de l'entreprise lors d'absences de son chef.

Près de lui, pour des raisons commerciales, elle apprend le français, qu'elle lira bientôt couramment y compris dans plusieurs auteurs spirituels. Employée modèle et heureuse, elle n'en oublie pas de cultiver sa vie chrétienne. Elle le fait auprès des grands maîtres : saint Jean de la Croix, Thérèse de Lisieux, Dom Marmion... Plus tard, s'y ajoutera saint Louis-Marie de Montfort. Tous les jours, elle assiste à une messe matinale -l'Eucharistie devient le centre de sa vie -, prie le rosaire. Ses loisirs sont consacrés à des œuvres de charité.

On lui propose le mariage, elle envisage la vie contemplative, puis rencontre la Légion de Marie... 

Nous sommes en 1927. Edel arrive à vingt ans, l'âge des choix qui orientent la vie. C'est vers cette époque que le mariage lui est proposé... par son patron. Il vient de découvrir que son estime pour elle - et c'était réciproque - est devenue sentiment d'amour, qu'il lui déclare. Il racontera lui-même :

« Elle m'avoua qu'elle ne pouvait répondre à mon sentiment, qu'elle n'était plus libre, s'étant promise à Dieu ».

C'est un choc pour lui, mais revenu par elle à la pratique religieuse, il respecte son choix. Et elle, par délicatesse, continuera avec lui une correspondance de plusieurs années.

Oui, Edel envisage la vie contemplative comme moniale clarisse, à Belfast. Mais pour le moment, elle se doit encore à sa famille. Un événement se passe qui va la préparer, à son insu encore, à une vocation autre. Un soir, elle accepte d'accompagner une amie à sa réunion de la Légion de Marie, fondée il y a sept ans, mais que la jeune Dublinoise ne connaissait pas. C'est pour Edel une révélation. Elle est saisie par le style de la réunion vécue « dans la prière avec Marie » - comme au Cénacle -, et par les tâches apostoliques auxquelles s'adonnent les légionnaires. Bientôt elle demande son admission. Elle sera un membre actif exemplaire : discrète mais efficace.

La lecture du Secret de Marie du Père de Montfort l'a vite éclairée sur l'esprit d'un apostolat vécu avec Marie... Au point qu'au bout de deux ans, on lui confie la responsabilité d'un groupe (praesidium) dont l'apostolat s'exerce auprès des prostituées. Si les membres sont d'abord quelque peu déçus de voir qu'on « leur donnait une enfant comme chef », ils changent vite de sentiment. Notre jeune fille-enfant se révèle bientôt comme une responsable accomplie, de grande maturité, d'excellent conseil, ne ménageant pas sa peine. En 1932, sa présence n'étant plus nécessaire pour le soutien de sa famille, la décision est prise de son entrée chez les clarisses.

Atteinte en pleine jeunesse d'une tuberculose avancée

Les jours précédant son départ, suite à une hémorragie suspecte, elle passe une visite médicale. Le diagnostic est sévère : une tuberculose avancée ! Au lieu du couvent, ce sera le sana. L'âme brisée, notre candidate moniale accepte le verdict, la croix, et s'en remet à la Providence dans un grand geste d'abandon.

Elle va passer dix-huit mois au sana : se soignant, réconfortant les autres malades, approfondissant par la lecture et la prière sa formation spirituelle. Sur tous elle laisse une impression ineffaçable: « la plus charmante personne qui ait passé dans la maison », déclarera plus tard la directrice, protestante. Un beau jour, Edel décide d'elle-même de mettre fin à ces soins qui ne lui ont pas apporté toute l'amélioration escomptée et rentre à la maison, à la surprise de parents et amis. Ne voulant pas être en charge aux siens, elle se trouve bientôt un travail. Chez elle, la force de l'âme domine le corps, humour et gaieté souriante s'efforcent de répondre aux questions indiscrètes que tout va pour le mieux. Sans cependant donner le change à ses proches qui s'inquiètent de sa santé précaire.

L'appel de l'Afrique pour la jeune légionnaire de Marie

Tout naturellement, Edel a repris une activité à la Légion de Marie, dans un groupe de jeunes. La Légion qui, entre-temps, a continué son expansion dans les diocèses d'Irlande, en Angleterre et au-delà des mers. En 1934, le mouvement organise pour la première fois un pèlerinage à Lourdes. Elle y participe comme malade et a le bonheur, à l'aller, de faire une halte à la chapelle de la Médaille miraculeuse à Paris (la médaille figure sur l'étendard de la Légion). Les journées vécues à Lourdes sont pour elle des journées de paradis. Puis la vie de travail et d'apostolat reprend. Début 1936, le Conseil central de la Légion à Dublin reçoit du pays de Galles une demande de volontaires pour appuyer là-bas, pendant quelques semaines, une campagne d'extension dans les paroisses.

Contre toute attente, Edel se présente. Contre toute attente et prudence humaine, sa proposition est agréée sur intervention personnelle du président, M. Duff, qui a jaugé la qualité exceptionnelle de cette âme. Elle fait florès et prend goût à ce genre d'apostolat missionnaire. Voici qu'une nouvelle occasion lui en est bientôt offerte. Une demande arrive d'Afrique équatoriale où des diocèses ont entendu parler du beau travail que la Légion accomplit déjà en Afrique du Sud. Contre toute attente encore, le Conseil central, sur intervention de son président, en fait la proposition à notre fragile Edel. « Très volontiers », répond-elle, rayonnante de joie. Il s'agit cette fois d'une mission de longue durée, dans des conditions nouvelles et difficiles. Des objecteurs crient à la folie d'une telle aventure pour elle ; elle les désarme par son humour et son sourire.

En un éclair, notre légionnaire a saisi que son idéal de vie toute donnée au Seigneur, c'est là-bas qu'elle va pouvoir le réaliser: comme missionnaire, avec Marie, au service de la Bonne Nouvelle du Salut près des peuples d'Afrique.La décision en est prise, Edel partira dès fin octobre avec des pères et Sœurs missionnaires d'Irlande retournant là-bas après leur congé. On hâte préparatifs, mise au point du projet et des itinéraires : Kenya, Tanganika, Ouganda, Nyassaland...

La vie héroïque d'une légionnaire

Accompagnée jusqu'à Londres par Frank Duff et des amis, elle s'embarque le 30 octobre. Le voyage en bateau lui est par moments très pénible. Une escale à Marseille lui permet de faire un bref pèlerinage à Notre-Dame de la Garde. Le 24 novembre, elle arrive à Mombasa d'où elle gagne de suite Nairobi, la capitale du Kenya.Comme convenu avec l'évêque, ce sera son port d'attache... C'est là également que huit ans après elle reviendra finir ses jours.

À peine arrivée, notre « envoy » se met au travail sur place.Sa première tâche est de faire connaître la Légion comme mouvement apostolique et de la faire accepter avec son esprit, ses méthodes. Elle a de nombreux atouts en sa faveur mais doit également faire face à bien des difficultés. Des atouts qui jouent pour elle. D'abord une conviction profondément gravée dans le cœur - reçue du fondateur -, qui anime sa vie et transparaît dans ses écrits, à savoir: la Très Vierge a besoin de nous pour continuer l'œuvre de Jésus dans le monde, et l'on n'est pas chrétien si l'on ne va pas vers ses frères pour les aider à s'ouvrir au salut.

La Légion est un instrument apostolique qui veut répondre à l'attente de Marie. Une conviction que notre missionnaire sait partager. S'y ajoutent l'appui autorisé des évêques - encouragés par une lettre de Mgr Riberi, délégué apostolique en Afrique -, l'accueil coopérant des missionnaires, et très vite la réponse, parfois surprenante, des laïcs eux-mêmes. Les difficultés ne manquent pas non plus. A commencer par les objections entendues dès les premières rencontres de présentation à Nairobi (ville cosmopolite) : ici, tout a été essayé; nous avons ce qu'il faut pour répondre aux besoins ; les méthodes de la Légion ne sont pas adaptées à l'Afrique ; c'est utopique de vouloir faire travailler ensemble Noirs et Blancs...

"La Très Vierge a fait par elle des merveilles"

Autres difficultés : les langues, presque aussi nombreuses que les ethnies; la condition subordonnée de la femme africaine que la Légion appelle à prendre place dans l'apostolat comme l'homme. Difficulté encore, les communications: distances entre les postes, rareté et inconfort des moyens de transports. Sans parler de la fatigue liée au climat, des crises de malaria...Rien n'arrête l'ardeur d'Edel. Elle fait face à tout grâce à sa force d'âme, défiant, ici ou là, raison et prudence. Elle va d'une mission à l'autre, au prix parfois d'efforts héroïques, reprenant les mêmes explications, répondant aux mêmes questions, encourageant et conseillant, aidant à discerner les besoins à prendre en charge : enfants à scolariser et à catéchiser, chrétiens négligents àcontacter, malades et isolés à visiter... ; rappelant les exigences de l'apostolat légionnaire: visites à deux, comptes rendus aux réunions...

Les résultats parlent d'eux-mêmes : sur son passage, les groupes surgissent dans les postes : au Kenya, en Ouganda, au Tanganyka, à l'Ile Maurice - en s'y rendant, elle prend contact avec les missionnaires montfortains à Madagascar (Tamatave) -, au Nyassaland - elle y rencontre à nouveau les montfortains au Shiré. Significatif d'un constat général est ce témoignage d'un missionnaire :

« La Légion de Marie est la plus grande aide dont nous disposons. Elle dépasse de loin nos plus audacieuses espérances. Vraiment, la Très Vierge a fait par elle des merveilles, et cela dans le court espace des six mois qui nous séparent des débuts ici. Elle apporte une grande ferveur à nos chrétiens, et c'est la plus grande garantie de progrès. Dès lors, ce n'est plus une surprise pour nous de voir bon nombre de chrétiens défaillants nous revenir et nos écoles se peupler de catéchumènes ».

Les huit années d'Edel Quinn en Afrique constituent une véritable épopée missionnaire. Une épopée originale : vécue par une femme, avec un dévouement héroïque, selon des méthodes nouvelles, produisant des fruits abondants qui la placent « parmi les bâtisseurs de l'Eglise en Afrique ». Une missionnaire qui suscite près des Noirs comme des Blancs, par son courage, ses audaces, sa résistance, sa bienveillance, estime, admiration, respect. « Elle répandait autour d'elle grâce et paix », écrit un témoin. L'évêque de l'Ile Maurice parle d'elle comme d'une authentique.

Son secret : "Être simplement avec Lui, en union avec Marie"

Quel est donc le secret de cette vie rayonnante? Il se livre à travers ses écrits : lettres, comptes rendus réguliers à Dublin, notes de retraites... Assurément, la source vive en est Jésus. Jésus retrouvé chaque matin dans l'Eucharistie, qui est au centre de sa vie - ne pouvoir assister à la messe et communier lui est une souffrance -, Jésus retrouvé également tout au long de la journée dans ses longs déplacements.

Elle note :

« Être simplement avec Lui, en union avec Marie. Juste l'aimer dans mon âme pendant le jour; en voyage, unissant mes actions à des actions semblables qu'Il a faites... Silence. Tout est Lui, par Marie ».

Nous le voyons déjà ici, sa vie d'union à Jésus et à son service, Edel la vit dans l'intimité filiale avec Marie. Son entrée à la Légion lui avait donné de découvrir dans une nouvelle et vive lumière le rôle de la Très Vierge dans le mystère du Salut.

Le Secret de Marie du Père de Montfort a toujours été depuis – avec le manuel de la Légion - son livre de ressourcement spirituel,qu'elle avait toujours sur elle. Mgr Suenens, résumant ce que livrent ses textes, écrit:

« Elle vit aussi avec une rare intensité l'union à Marie. Depuis longtemps, elle s'était consacrée à Elle selon l'esprit de saint Louis-Marie de Montfort. Elle vivait cet engagement, non comme une simple promesse, mais comme un vœu sacré à Notre-Dame. Comme l'enfant qui se laisse porter par sa mère, Edel s'abandonnait à la Très Vierge les yeux fermés et une fois pour toutes. »

Elle-même écrit:

« ... Renonçant à nos vues humaines pour adopter le point de vue de Marie, afin de nous laisser conduire en toutes choses par son esprit ».

Le secret du rayonnement spirituel et apostolique d'Edel Quinn ? La Vierge Marie: c'est elle qui l'a conduite si loin dans l'union à Jésus et l'engagement à son service...Quand Jésus vient...Malgré une santé très fragile, Edel a accompli une tâche immense, d'un pays à l'autre, d'un poste de mission à l'autre. Cela n'a pas été, nous le devinons, car son mal est toujours là, sans accrocs de santé. Dès 1941, elle connaît des problèmes de fatigue lui donnent de vives inquiétudes à son entourage, nécessitant des repos épisodiques... Bientôt s'imposent de nouveaux séjours en Sana, suivis de convalescence. Revenue à Nairobi en 1943, elle reprend une activité à travers le Kenya, le Tanganika, revisitant les groupes, en éveillant de nouveaux...

Vers la béatification d'Edel Quinn

C'est lors de l'un de ses retours à Nairobi, alors qu'épuisée elle se repose chez les religieuses qui l'hébergent, que le Seigneur vient prendre celle qui l'avait si bien servi. « Que m'arrive-t-il? » demande-t-elle... Et puis : « C'est Jésus qui vient... Jésus ! Jésus ! ». Ce sont ses dernières paroles. C'était le 12 mai 1944. Le 14 avaient lieu ses obsèques. Jamais, a-t-on dit, on ne vit à Nairobi funérailles aussi émouvantes. Honneur de la Légion de Marie, Edel est aussi une gloire de l'Église apostolique, qui se prépare à la béatifier.

Quant à nous, attentifs à relire l'exemple de sa vie toute donnée à Marie pour le service de l'œuvre de Jésus dans le monde, accueillons encore d'elle ce message :

« Demander à Marie de nous enseigner comment aimer parfaitement et accomplir chaque jour la volonté de Dieu en toutes choses ».

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Jean Hémery, Montfortain

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