La séparation unit d'une nouvelle manière

La séparation unit d'une nouvelle manière

[P. de Bérulle commente l'apparition du Ressuscité à Marie Madeleine (Jn 20, 11-16). Son commentaire pourrait aussi être rapproché des explications de Jésus la veille de sa Passion, en Jn 16, 5-7.

Sa méditation est une source de lumière pour toutes les séparations, comme par exemple pour la séparation qui advint lorsque Jésus à douze ans resta au temple et que ses parents le cherchèrent angoissés, ou lorsque Marie, ayant accompagné Jésus à Nazareth, à Cana et à Capharnaüm (Jn 2) le laissa ensuite à son ministère public et en fut séparée.

Sa méditation est sans aucun doute le fruit de l'influence de la spiritualité carmélitaine, où l'accent est placé sur la pure foi, et où l'on apprend à aimer au-delà des sentiments ressentis.]

« Ici, Ô Seigneur, vous ne permettez à cette divine amante d'être à vos pieds qu'un seul moment, vous ne lui permettez qu'une seule parole, « Rabbouni », et au même instant, vous la séparez, vous l'envoyez, vous rentrez dans le secret de votre lumière inaccessible et invisible à tout homme mortel, et elle ne vous voit plus, ne vous trouve plus, ne vous possède plus, ce semble.

Au même instant qu'elle vous trouve, elle trouve en vous une pierre plus dure que celle du sépulcre, vous lui êtes une pierre, non d'achoppement à la vérité, mais de séparation. Je trouverais ce coup insupportable s'il n'était de vous, et s'il n'était par amour, et s'il n'était même pour un plus grand amour.

Car tout ce qui est de vous donne vie, force et amour ; privant cette âme du fruit de son amour pour porter cette privation, unissant son âme à vous en une nouvelle manière.

Ô amour pur... ! »


P. de BERULLE,

Extraits de :Élévation sur Ste Madeleine,

éd. Du Cerf, Paris 1995, t. 8, p. 454-455.