Exercices spirituels de St Ignace de L. et invocations à Marie

Exercices spirituels de St Ignace de L. et invocations à Marie

Les exercices spirituels durent 30 jours, quatre semaines. (Ils inspirent aussi des retraites abrégées, souvent appelées retraites d'élection).

La première semaine.

La gloire de Dieu, c'est la vie de l'homme... Le péché, dont il s'agit de prendre conscience dans la première semaine, c'est ce qui me déshumanise, qui empêche d'aimer vraiment, d'accomplir divinement une tâche humaine. La connaissance intime de soi ouvre à une connaissance intime de Dieu, comme puissance de pardon, gratuité suprême de l'amour.

Une méditation sur soi-même et sur ce qui nous déshumanise sans se situer déjà dans une montée vers Dieu, serait une méditation faussée qui produirait le dépit et une sorte de dégoût de soi, parfaitement stérile. « Le psychologisme est anti-spirituel. A suivre son chemin, on rencontrerait non point l'humilité, mais un supplément d'orgueil ou la névrose ; de toute façon, la stérilité »[1].

C'est pourquoi les exercices de la première semaine recherchent d'emblée à vivre dans l'intimité avec le Seigneur et sa mère. Dans la règle donnée pour le premier prélude, la personne qui médite est invitée à se représenter une église ou un autre endroit où se trouve le Christ et la Vierge Marie. La méditation est pénétrée de prière, par exemple on demande l'intercession de Marie auprès de son Fils, et l'on récite l'Ave Maria.

La seconde semaine.

La seconde semaine est la conséquence de la première : « Désormais, qu'est-ce que je vais faire ? » et je vais progressivement prendre des résolutions concrètes, avec mon jugement et ma raison, sous l'impulsion spirituelle de l'amour de Dieu que j'ai commencé à sonder.

Puisque la gloire de Dieu c'est la vie de l'homme, je vais vivre davantage, mais le secret de cela, c'est une sortie de soi, un Exode, une offrande de soi à Dieu en présence de son "Infinie bonté", en prenant à témoins "Marie la glorieuse Vierge sa Mère" et tous les anges et les saints du ciel...

Cet acte d'offrande ne doit pas rester sentimental et imaginatif, c'est pourquoi il faut méditer suffisamment longtemps les « de façon à ce que je connaisse le Christ d'une connaissance intime.»[2] Dès la méditation sur l'Annonciation, je fais une invocation "au Verbe incarné, et à sa Mère", à l'Esprit Saint, au Père.

Autre passage clé des , la tentation du Christ au désert. « Ignace a très bien vu que les aspects essentiels de la tentation sont l'avoir, le jouir et le pouvoir ; ce à quoi s'opposent précisément les trois vœux de religion. »[3] Plus généralement, le chrétien est appelé à œuvrer avec les méthodes du Christ, et non pas avec les méthodes de Satan (qui cache le poison du mal dans un bien). Après la méditation sur le péché et la méditation sur l'Evangile, il faut un choix de la volonté. Saint Ignace fait une mise en scène avec deux étendards, Dieu ou Satan.

Et la prière s'adresse "A Notre Dame, afin qu'elle m'obtienne de son Fils et Seigneur la grâce d'être reçu sous son étendard... Ensuite, un Ave Maria." Chacun demande à Notre Dame de l'introduire là où il a vu que c'était le service de Dieu.

La troisième semaine.

Tout choix comporte un sacrifice, toute décision fait saigner le cœur. « Le génie de saint Ignace, à mon sens, c'est de nous faire méditer le mystère pascal, au moment même où on le vit par l'élection. L'élection est une Pâque, toute décision est une Pâque. » [4] Par exemple, en voyant le Christ sur la croix, je me dis que j'ai peut-être été bien timide en consentant tel ou tel sacrifice.[5]

Saint Ignace parle peu d'amour, il craint une illusion lyrique, mais il parle de l'humilité. Son premier degré est de tout faire pour éviter le péché mortel, son second degré est de tout faire pour éviter le péché véniel, son troisième degré, est de préférer ce qui fait ressembler davantage au Christ. Saint Ignace nous dit que si nous voulons imiter la Vierge, nous devons nous recommander à elle, comme étant toute puissante auprès de son Fils, et ensuite réciter l'Ave Maria, le Salve Regina etc.

Au sujet des sacrifices, le P. François Varillon (un jésuite ayant souvent donné les exercices spirituels) écrit ceci :

« La véritable ascèse n'est pas autre chose que la discipline que l'on doit s'imposer pour avoir une vie équilibrée et engagée... Par exemple, Emmanuel Mounier compris qu'il devait renoncer à la musique, et ce fut extrêmement dur - Mounier parle de blessure saignante - mais l'élection d'une ascèse se fait dans la liberté et dans la joie.

Et il peut y avoir dans l'ascèse quelque chose de gratuit, la mortification - dans ce domaine, il faut se méfier de l'orgueil parce qu'il n'y a pas de mortification sans conscience de la mortification, et cette conscience de la mortification est un retour sur soi. »[6]

Quatrième semaine.

Les méditations de la quatrième semaine concernent la résurrection du Christ et le temps post-pascal. Elles ouvrent sur l'Eglise et sur le monde.

« Le Christ est ressuscité, donc vivant, donc présent, donc agissant, donc transfigurant, donc divinisant » [7].

La quatrième semaine des Exercices invite à demander la grâce d'avoir "part à l'immense joie du Christ et de sa Mère" au moment des apparitions du Ressuscité. L'appellation "Vierge Marie" suggère que le Christ attend aussi de nous une disponibilité virginale pour y manifester la gloire de sa résurrection[8].


[1] François VARILLON, Beauté du monde et souffrance des hommes, Centurion, Paris 1980, p. 196, Lire aussi p. 190-192

[2] François VARILLON, Ibid., p. 195-197

[3] François VARILLON, Ibid., p. 197-199

[4] François VARILLON, Ibid., p. 201-203

[5] Cf. François VARILLON, Ibid., p. 201-203

[6] François VARILLON, Ibid., p. 206-207

[7] François VARILLON, Ibid., p. 205

[8] I.-M. HENNAUX, S.J. En apparaissant à la Vierge Marie, le Christ ressuscité a fondé son Église, Nouvelle revue théologique, tome 126/ n°1, janv-mars 2004, p. 37-38


Françoise Breynaert

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