Les écrits de Louis-Marie de Montfort

Les écrits de Louis-Marie de Montfort (1673-1716)

Introduction

L'édition critique des écrits de Saint Louis-Marie a été publiée en 1966 par la famille Montfortaine en un volume de 1900 pages (Oeuvres Complètes, Paris, editions du Seuil). Il faut y ajouter Le livre des sermons du Père de Montfort (publié en 1983 par le Centre International Montfortain) et le Cahier de Notes (Présentation éditoriale de la Postulation Montfortaine, Rome 2000).

Pour percevoir l'unité de la doctrine contenue dans tout ce Corpus des écrits du Père de Montfort, il convient de partir de ce qu'il déclare lui-même dans le Traité de la Vraie Dévotion:

"J'ai mis la plume à la main pour écrire sur le papier ce que j'ai enseigné avec fruit en public et en particulier dans mes missions pendant bien des années." (VD 110)

Ces simples lignes de Louis-Marie, écrites vers la fin de sa vie, sont en effet une clef pour la compréhension de l'ensemble de ses écrits. Ils contiennent l'enseignement d'un missionnaire dont toute la vie a été au service des plus pauvres et des plus petits.

Louis-Marie a une solide base théologique

Après ses études littéraires et philosophiques au collège des Jésuites de Rennes (1684-1692), Louis-Marie étudie la théologie à Paris (1692-1700) dans le cadre du Séminaire de Saint-Sulpice et fréquentant aussi les cours de la Sorbonne. Comme Jean de la Croix (qui avait étudié à l'Université de Salamanque), Louis-Marie possède une bonne connaissance de la théologie universitaire.

Il connaît admirablement l'Ecriture et possède une solide culture théologique, fruit de ses nombreuses lectures, comme en témoigne son Cahier de Notes.

Saint Louis-Marie de Montfort s'appuie sur la grande tradition.

Il connait les principaux pères de l'Eglise d'Occident et d'Orient, les docteurs médiévaux et les grands mystiques (carmélitains, ignatiens, etc.).

Sa doctrine est marquée par le puissant christocentrisme de l'Ecole française, avec la même insistance sur le mystère de l'Incarnation et sur la place de Marie dans ce mystère.

Il aime aussi la théologie symbolique

Il faut encore remarquer que si Louis-Marie, comme Jean de la Croix, connaît bien la théologie universitaire (en particulier saint Thomas), il manifeste la même prédilection pour la théologie symbolique.

En particulier, pour parler de Celle qui est au cœur du Mystère de l'Incarnation, la Vierge Marie, Louis-Marie retrouve la richesse des grands symboles bibliques et patristiques: la Nouvelle Terre, le Jardin, le Paradis Terrestre, l'Arbre de Vie, la Nouvelle Eve, l'Arche de Noé, l'Echelle de Jacob, etc...

Louis-Marie est particulièrement proche des Pères Orientaux. Il cite saint Ephrem, saint Jean Damascène, saint Germain de Constantinople. Sa manière de parler de Marie est proche de la liturgie byzantine (en particulier de l'hymne acathiste). A la suite de Jésus dans l'Evangile, il s'exprime volontiers en paraboles (cf. par exemple la parabole de l'arbre de vie qui conclut le Secret de Marie: SM 70-78).

Son option préférentielle pour les pauvres

Ce précieux talent que représente une bonne formation théologique, Louis-Marie le fait fructifier de façon personnelle et originale. Surtout, il rend accessible à tous, spécialement aux plus pauvres et aux plus petits, la doctrine que Bérulle avait formulé de façon très théologique, mais dans un langage difficile. Thérèse de Lisieux fera la même chose avec la doctrine de saint Jean de la Croix: elle la traduira dans un langage plus simple pour tout le Peuple de Dieu.

La réception universelle du Traité et de l'Histoire d'une âme en donne la démonstration.

Une synthèse comparable à celle d'autres docteurs de l'Eglise

On pourrait comparer la synthèse de Louis-Marie avec celles de Catherine de Sienne et de Thérèse d'Avila, Docteurs de l'Eglise.

Le lieu de synthèse théologique est pour Catherine le Corps de Jésus; pour Thérèse d'Avila, c'est notre âme; pour Louis-Marie, c'est Marie en son corps et en son âme.

Le lieu de la synthèse de Ste Catherine est le Corps de Jésus, mort et ressuscité, comme Livre où il a écrit son Amour pour nous, non pas avec de l'encre mais avec son Sang, non pas sur le papier, mais sur sa propre Chair; comme Echelle ou Pont qui relie la terre au Ciel; comme Temple de la totale présence de Dieu ("en lui habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité" Col 2,9), où toute l'humanité pécheresse est appelée à entrer en passant par la porte toujours ouverte de son Côté afin de devenir l'Eglise son Epouse, comme sa côte près de son Cœur.

Le lieu de la synthèse de Ste Thérèse est notre âme considérée comme Château Intérieur où Dieu lui-même habite, merveilleuse architecture aux nombreuses Demeures, jusqu'à ces Septièmes Demeures où resplendit la Lumière de la Trinité et de l'Humanité glorieuse de Jésus (Cf Le Château Intérieur, VIIèmes Demeures, ch 1 et 2). T

outes ces synthèses ont le même caractère christocentrique: Jésus en Marie (St Louis-Marie), nous en Lui (Ste Catherine), Lui en nous (Ste Thérèse d'Avila).

Ouvrons ses écrits

Une des meilleures clefs de lecture de ses écrits se trouve dans l'un des plus brefs: le Contrat d'alliance avec Dieu[1], que le missionnaire offrait aux fidèles pour le renouvellement des "voeux et promesses du saint baptême". On y trouve à la première place la profession de la foi: "Je crois fermement toutes les vérités du saint Evangile de Jésus-Christ", immédiatement suivie de l'engagement de la vie: renoncer au mal et suivre les commandements de Dieu et de l'Eglise. C'est dans cette unité de la foi et de la vie que le baptisé déclare: "Je me donne tout entier à JESUS-CHRIST par les mains de MARIE, pour porter ma Croix à sa suite tous les jours de ma vie".

Par les Cantiques, le missionnaire veut faire connaître toute la vérité du Mystère de Jésus, pour manifester son indicible Amour envers les hommes, en appelant les hommes à l'aimer en retour. L'Eucharistie, sacrement d'Amour fait aussi l'objet d'une série de Cantiques (C 128-134). Nombreux sont évidemment les Cantiques dédiés à Marie (C 74-90). Toutefois, la plus longue série concerne la vie chrétienne, principalement les vertus chrétiennes (C 4-28), mais aussi les vices (C 29-39) qui la menacent. La première place est donnée aux trois vertus théologales, et tout d'abord à la charité: L'excellence de la Charité, Les lumières de la Foi, La fermeté de l'Espérance (C 5, 6 et 7). Enfin, une autre série de cantiques concerne les différents états de vie (C 91-99), l'auteur voulant montrer que chaque personne est également appelée au salut et à la sainteté.

Parmi ses oeuvres en prose, la Lettre aux amis de la Croix et Le secret admirable du Saint Rosaire[2], ont une particulière signification, en rapport avec les deux grands symboles de son activité missionnaire: Le Crucifix et le Chapelet. A ce propos, en rapport avec l'apostolat du Rosaire, il faut rappeler l'appartenance de Louis-Marie au Tiers-Ordre dominicain.

D'une grande importance théologique est le traité intitulé: L'Amour de la Sagesse Eternelle. On y trouve comme une première synthèse de la doctrine montfortaine avec ses caractéristiques essentielles: sapientielle, christocentrique et mariale. La Sagesse Eternelle et Incarnée est Jésus, et notre vraie sagesse est la connaissance amoureuse de Lui, vraie synthèse de la foi et de la charité. Cette théologie sapientielle est appelée: "La science suréminente de Jésus" (ASE 8), "la grande science des saints (ASE 93). C'est la "science d'amour" dont les connaissances "touchent et contentent le cœur en éclairant l'esprit".

Dans le Traité, puis dans le Secret de Marie, toute cette doctrine est reprise dans une synthèse nouvelle et originale qui a pour centre le mystère de l'Incarnation du Fils.


[1] Oeuvres Complètes, p. 824-826.

[2] Jean-Paul II fait mention de cette œuvre dans sa Lettre Apostolique Rosarium Virginis Mariae (n° 8). Il fait référence au Traité dans la Lettre encyclique Redemptoris mater (n° 48)

Père Lethel