Mt 1, 19-20 : Joseph, homme juste (St Ephrem † 373)

Joseph, homme juste (St Ephrem † 373)

« Joseph, parce qu'il était un homme juste, ne voulut pas dénoncer publiquement Marie (Mt 1,19), Oui, mais sa justice est en contradiction flagrante avec la loi. Ta main, dit Mo?se, sera la première à la lapider (Dt 22,24 ; 17,7).

Or Joseph avait compris que cette conception était unique, qu'elle était un événement étranger aux lois ordinaires de la vie et aux conceptions qui sont le fruit du mariage. Tous ces signes l'amenèrent à reconnaître que la chose venait de Dieu. Jamais, ni nulle part, il n'avait surpris en elle un dessein impudique.

De plus, il lui était impossible de ne pas croire Marie, car il y avait tant d'arguments en sa faveur : le mutisme de Zacharie, la conception d'Élisabeth, l'annonce de l'ange, l'allégresse de Jean et la prophétie de ses pères ; toutes ces choses, et bien d'autres, annonçaient à haute voix la conception d'une vierge.

C'est pourquoi, dans sa justice, il pensa la renvoyer en secret.

S'il avait su que cette conception ne venait pas de l'Esprit, il eut été déloyal de sa part de ne pas la dénoncer publiquement.

Il comprit que c'était là une oeuvre admirable de Dieu ; cependant, comme c'était inadmissible pour d'autres, il pensa en lui-même que ce renvoi était justice.

En outre, selon sa pensée, il pouvait y avoir danger que cette oeuvre ne souffrit quelque tache, s'ils cohabitaient.

Mais il pensa surtout à la renvoyer, afin de ne pas commettre de péché en se laissant appeler le père du divin enfant. Il craignit d'habiter avec elle, de peur de déshonorer le nom du fils de la vierge.

C'est pourquoi l'ange lui dit : Ne crains pas de prendre chez toi Marie (Mt 1,20).

Et l'évangéliste écrit encore : Il vivait avec elle dans la sainteté (Mt 1,25). » [1]

« La sainteté qu'ils gardèrent après la naissance de Notre-Seigneur relevait de leur propre liberté. » [2]


[1] Saint Ephrem, Diatessaron II,4-5, Sources chrétiennes 121 par L.LELOIR, Cerf, Paris, 1966, p.68

[2] Saint Ephrem, Diatessaron II,10, Sources chrétiennes 121 par L.LELOIR, Cerf, Paris, 1966, p.71