Les Ebionites et la virginité de Marie (apocryphe hérétique)

Les Ebionites et la virginité de Marie

Le mot « ébionite » vient de l'adjectif hébreu « ébyôn » qui signifie pauvre. Cet adjectif se retrouve dans de nombreux Ecrits intertestamentaires retrouvés à Qumrân. Les pères de l'Eglise connaissaient l'existence des , qui n'étaient ni juifs ni chrétiens, au point qu'Epiphane écrit après 350 que l'hérésie ébionite constitue un « monstre polymorphe », « l'hydre à plusieurs têtes de la fable »[1].

Saint Irénée ne connaît pas les ébionites directement, ce qui génère une petite incompréhension : saint Irénée avance un argument pour affirmer que tous les ébionites rejettent la conception virginale du Christ : ils « disent Jésus né de Joseph »[2].

Or le titre « Jésus fils de Joseph » n'empêche nullement sa conception miraculeuse ; nous lisons en effet dans l'Evangile : « Philippe rencontre Nathanaël et lui dit: "Celui dont Moïse a écrit dans la Loi, ainsi que les prophètes, nous l'avons trouvé: Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth." » (Jn 1,45). Dans la culture juive, l'appellation « Fils de Joseph » était ensuite devenue une formule pour répondre aux calomnies visant Marie (accusée d'être la maitresse du soldat Pandera) et aussi comme titre messianique[3].

Saint Jérôme (347-420), qui est allé en Orient, corrige sur ce point saint Irénée : d'après lui, les croient que le Christ est né de la vierge Marie ; ce côté merveilleux ne signifie nullement sa divinité (le mot « fils de Dieu » peut avoir un sens faible).

Notons aussi que pour les , le Christ n'est pas mort : « Ils croient au Christ, fils de Dieu, né de la vierge Marie, et ils disent que c'est lui qui, sous Ponce Pilate, a souffert et est ressuscité. »[4]

(Ceci explique que les ne communient pas au vin, au sang du Christ, à sa mort pour nous).

Eusèbe de Césarée (263-339) hésite un peu entre ce qu'il sait en tant qu'historien et l'autorité de saint Irénée qui dit qu'aucun ébionite ne croit en la virginité de Marie, alors il juxtapose :

« ... on appela à juste titre ces hommes Ébionites, parce qu'ils avaient sur le Christ des pensées pauvres et humbles. Ils le regardaient en effet comme simple et commun, comme un pur homme justifié par le progrès de sa vertu, né du rapprochement d'un homme et de Marie. Il leur fallait absolument observer la Loi (de Moïse) parce que, disaient-ils, ils ne seraient pas sauvés par la seule foi dans le Christ et par la vie conforme à cette foi.

Mais à côté de ces derniers, il y en avait d'autres, qui portaient le même nom et qui échappaient à leur sottise étrange.

Ils ne niaient pas que le Seigneur fût né d'une vierge et du Saint-Esprit; pourtant, semblablement à eux, ils ne confessaient pas qu'il fût préexistant, tout en étant Dieu, Verbe et Sagesse, et ainsi ils revenaient à l'impiété des premiers, d'autant plus que, pareillement à eux, ils mettaient tout leur zèle à accomplir soigneusement les prescriptions charnelles de la Loi.

Ils pensaient qu'il fallait complètement rejeter les Épîtres de l'Apôtre, qu'ils appelaient un apostat de la Loi; ils se servaient uniquement de l'Évangile appelé selon les Hébreux et tenaient peu de compte des autres. Ils gardaient le sabbat et (observaient) le reste de la conduite juive, semblablement à eux, mais ils célébraient les dimanches à peu près comme nous, en souvenir de la résurrection du Sauveur. Par suite d'une telle attitude, ils ont reçu le nom d', qui met en relief la pauvreté de leur intelligence : car tel est le mot par lequel les pauvres sont appelés chez les Hébreux. »[5]

Les ne confessaient pas que Le Seigneur Jésus "fût préexistant", ce qui signifie qu'ils ne croyaient pas qu'il était de nature divine, à l'égal de Dieu le Père. Jésus n'était pas le Verbe personnel du Père le Fils unique du Père ; et l'Esprit Saint dont il était né n'était pas l'Esprit personnel de la foi chrétienne.

La doctrine des peut nourrir aussi bien les gnoses que l'islam, en ne confessant pas que le Christ soit préexistant, "Tout en étant Dieu, Verbe et Sagesse"[6]

En effet,

- Dans les gnoses il est généralement dit - pour faire simple - que le Christ est 'dieu' et nous le sommes tous. Il s'agit de devenir le Dieu que nous sommes, et le Christ est simplement proportionnellement plus avancé que nous[7].

- Dans le Coran, le Christ est investi ou possédé par Dieu (au moment de son baptême au Jourdain), sans être pour autant de nature divine.

La doctrine des n'est pas chrétienne et il convient de l'étudier en rapport avec la mouvance messianiste post-chrétienne, issue du milieu juif, mais qui, déçue du salut apporté par Jésus, persévéra dans l'attente d'un salut terrestre, centré sur la Jérusalem terrestre.

La foi en la divinité de Jésus passe par l'acceptation de son royaume, un monde qui deviendra meilleur par la connaissance de l'Amour qui créée la bonté, qui rend pur, qui rend héroïque, un monde où l'on s'aime au Nom de Jésus par-dessus la haine, par- dessus le péché. La foi en la divinité de Jésus passe par l'acceptation de son amour qui sauve par le sang de sa croix.

Alors, le fait qu'il ait été conçu de la Vierge Marie et du Saint Esprit ne dit pas seulement un fait merveilleux qui pourrait être séparé de l'ensemble de la doctrine chrétienne, mais il s'intègre dans la révélation de la sainteté et de l'Amour de Dieu. Pour un chrétien, Marie est vierge et habitée par l'Esprit Saint, l'Esprit d'amour et de bonté, la signification physique de la virginité de Marie est inséparable de sa signification spirituelle.


[1] Epiphane, Panarion, 30, 3 (PG 41, 405-473)

[2] Irénée, Contre les hérésies III, 21,1, trad. A. Rousseau, SC 211, p. 399.

[3] Edouard-Marie Gallez, Le messie et son prophète, Editions de Paris 2012, p. 259

[4] Jérôme, Lettre 112, 13

[5] Eusèbe de Césarée, Histoire Ecclésiastique 27.

[6] Eusèbe de Césarée, Histoire Ecclésiastique 27.

[7] Cf. Edouard-Marie Gallez, Le messie et son prophète, Editions de Paris 2012, p. 344

F. Breynaert

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