Maipù : Notre Dame du Carmel, sanctuaire national

Maipù : Notre Dame du carmel, sanctuaire national

Fête : 16 juillet: Notre Dame du mont Carmel.

Le sanctuaire a été fondé au XIX° siècle comme ex-voto patriotique et il est devenu le sanctuaire national.

Au XX° siècle Jean Paul II y est venu prier une consécration votive de cette nation, et peu de temps après le pays, le dictateur Pinochet fit cesser la dictature.

Dans le contexte du XIX° siècle

Le sanctuaire : un ex-voto pendant la guerre d'indépendance

Ce sanctuaire est un ex-voto du général Bernardo O’Higgins pour sa protection pendant la guerre d’indépendance.

Il a été construit entre 1819 et 1892.

Et Notre Dame du Carmel fut alors acclamée comme patronne de l’armée du Chili.

Présente dans l’histoire des hommes, Marie est attentive est attentive à, ce qui constitue la réalité humaine, y compris le patriotisme.

Gardons cependant présente à notre esprit la transcendance divine. L’épisode d’Elie au mont Carmel nous rappelle que Dieu n’est pas dans la violence d’un tremblement de terre, mais dans le silence d’une brise légère (1 R 19). De même, Notre Dame du Carmel prépare la paix profonde, par le cœur. Et plus les hommes sont proches de Dieu moins il y a de violence pour obtenir le bien. (1)

Dans le contexte du XX° siècle,

la visite de Jean Paul II,

la consécration votive du Chili à Marie,

et la sortie en douceur d’une dictature.

En 1923, Notre Dame du Carmel a été proclamée patronne du Chili, et pas seulement patronne des armées, et elle fut couronnée en 1926.

Un nouveau sanctuaire a été construit entre 1944 et 1974. C’est le sanctuaire marial national que

Jean Paul II a visité en 1987. Il a alors fait une consécration votive du pays.

Il vaut la peine de bien situer tout cela dans le contexte historique pour mesurer l'efficacité et la puissance de Marie.

Une crise économique suivie d'une dictature

Rappelons brièvement cette page d'histoire :

En 1970, Salvador Allende est élu président du Chili. Il exproprie sans indemniser les compagnies américaines. Il accentue sensiblement la politique de redistribution des terres en faveur des paysans pauvres. Beaucoup d'autres entreprises sont réquisitionnées ou nationalisées (dont neuf banques sur dix). Si les résultats économiques de la première année au pouvoir d'Allende sont bons, les deux années suivantes vont être catastrophiques. L'inflation explose (508 % entre décembre 1972 et décembre 1973). Le pays vit une guerre civile larvée où s’opposent des groupes paramilitaires d'extrême-droite et des milices d'extrême gauche (MIR). Tandis que sévit la "guerre froide".

Alors, le 23 août 1973, le président Salvador Allende, nomme Pinochet général en chef des armées, et celui-ci prend le pouvoir par le coup d’état du 11 septembre 1973, il conservera le pouvoir jusqu’en 1990, imposant une dictature.

Les opposants sont arrêtés, torturés, déportés ou exécutés. En dix-sept ans, le régime du général Pinochet est responsable de la mort ou de la disparition de 2 279 personnes (par comparaison, la dernière dictature argentine est responsable de trente mille morts en sept ans). Paradoxalement, en même temps que la richesse augmente, la pauvreté s'accroît.

Le voyage de Jean Paul II

Le pape Jean Paul II est venu à Maipù le 3 avril 1987.

A l'occasion de ce voyage, Pinochet demanda au pape :

« Pourquoi l’Eglise parle-t-elle sans cesse de démocratie ? Toutes les méthodes de gouvernement se valent. »

Jean Paul II répondit :

« Non, répondit-il le peuple a le droit de jouir de ses libertés fondamentales, même s’il commet des erreurs dans l’exercice de celles-ci. ».

« Je ne prêche pas la démocratie, je prêche l’Evangile. Bien sûr, au message de l’évangile appartiennent tous les problèmes inhérents aux droits de l’homme, et si l’on admet que la démocratie est une autre façon de désigner les droits de l’homme, alors elle entre aussi dans le message de l’Eglise. » (1)

En 1988, Pinochet demande par référendum la prolongation de son mandat. Ayant perdu ce référendum, il organise une transition en douceur vers la démocratie, pleinement rétablie en 1990.

La prière de consécration votive

C’est bien dans ce contexte qu’il faut percevoir l’accent mis sur la cicatrisation des blessures que Jean Paul II donne à la prière de consécration qu'il prononce avec la foule présente dans le sanctuaire national de Maipu :

1.Nous te bénissons, o notre Dieu ! Père Fils et Esprit Saint, parce que tu as choisi Marie dès avant la création du monde, pour être et immaculée devant toi par l'amour. En prévision des mérites du Christ, tu l'as rachetée et tu l’as rendu Mère du rédempteur. En vertu de l'Esprit Saint, tu as fait d'elle pour toujours le temple de ta gloire, une nouvelle créature, prémices de la nouvelle humanité. Béni soit pour toujours le Seigneur!

2. Bénie es-tu entre les femmes, Vierge Marie, et béni le fruit de ton sein, Jésus! En toi, pleine de grâce, se réfléchit la bonté de Dieu et la destinée de la créature humaine, pour la louange de sa gloire et de sa grâce dont il nous a enrichis dans son Fils bien-aimé, lui qui est notre frère et ton fils Jésus Christ.

Toi, la servante humble du Seigneur, tu es le modèle des disciples du Christ qui consacrent leur vie à la réalisation de la volonté du Père, pour la venue de son royaume.

3. Marie Mère du Christ, Mère de Dieu et notre Mère! Nous nous mettons sous ta protection, nous nous confions à ton intercession maternelle.

Comme tu t'es totalement consacrée à Dieu, nous mêmes, en suivant ton exemple et en communion avec toi, nous nous consacrons au Christ le Seigneur; nous nous consacrons à toi aussi, notre modèle, parce que nous voulons faire de toutes les façons la volonté du Père, et être comme toi fidèle aux inspirations de l'Esprit.

4. Vierge du Carmel de Maipú, reine et patronne du peuple chilien! À ton cœur de Mère je confie l'Église et tous les habitants du Chili: les bergers et les fidèles, tous les fils de cette nation.

Sous ta protection maternelle, que le Chili soit une famille unie dans la maison commune, une patrie réconciliée dans le pardon et, l'oublie des offenses. Dans la paix et dans l'amour du Christ.

Toi qui es la Mère de la vraie vie, enseigne-nous à être témoins du Dieu vivant, de l'amour qui est plus fort que la mort, du pardon qui oublie les offenses, de l'espoir qui regarde l'avenir pour construire, avec la force de l'Évangile, la civilisation de l'amour dans une patrie réconciliée et en paix.

5. Marie de l'espérance, Vierge du Carmel et Mère du Chili !

Etends ton scapulaire comme un manteau de protection sur les villes et sur les campagnes, sur la cordillère des Andes et sur la mer, sur les hommes et sur les femmes, sur les jeunes et sur les enfants, sur les vieillards et les malades, sur les orphelins et les affligés, sur les fidèles et sur les brebis perdues.

Toi qui dans toutes les maisons chiliennes a un autel familial, et dans chaque cœur un autel vivant, accueille la prière de ton peuple, en cette heure, avec le Pape, ton peuple se consacre à toi de nouveau.

Étoile des mers et phare de lumière, réconfort sûr pour le peuple pèlerin, guide les pas du Chili durant son pèlerinage terrestre, pour qu’il emprunte toujours des sentiers de paix et de concorde, des chemins d'Évangile, de progrès, de justice et de liberté.

Réconcilie les frères dans une embrassade fraternelle, que les haines et les rancunes disparaissent, que les divisions et les barrières soient dépassées, que les conflits soient dépassés et que se cicatrisent les blessures. Fais que le Christ soit notre paix, et que son pardon renouvelle les cœurs, que sa parole soit l'espérance et le ferment dans la société.

6. Mère de l'Église et de tous les hommes !

Inspire et conserve la fidélité au Christ dans la nation chilienne et dans le continent latino-américain.

Maintiens vive l'unité de l'Église sous la croix de ton Fils.

Fais que les hommes de tous les pays reconnaissent leur même origine et leur destinée commune, se respectent et comme des fils du même Père qui les aime, en Christ Jésus, notre seul sauveur, dans l'Esprit Saint qui renouvelle la face de la terre, pour l’honneur et la gloire de la Très Trinité.

Amen. (3)

La consécration a été faite en 1987, et la transition vers la démocratie a commencé en 1988 pour aboutir en 1990, pacifiquement !

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(1) Roberto Suro, New York Times, 1er avril 1987, p A1,1 A10. cité dans G. WEIGEL, Jean Paul II, témoin de l’espérance, éd. JC Lattès, 1999 p. 650.

(2) Entrevue du cardinal Angelo Sodano, 13 dec 96 cité dans G. WEIGEL, Jean Paul II, témoin de l’espérance, éd. JC Lattès, 1999 p. 652.

(3) Jean Paul II, Acte de consécration, vendredi 3 avril 1987. Fête : 16 juillet.