Avioth (55) : Notre-Dame d'Avioth

Avioth, un petit village et une grande basilique

Avioth (103 habitants) est situé dans le département de la Meuse à 20 km de Florenville. Ce modeste village s'orne de façon tout-à-fait inattendue d'une merveilleuse basilique gothique édifiée de 1250 à 1400. L'intérieur recèle de très beaux ornements mais c'est à l'extérieur que se trouve le plus étonnant : la Recevresse.

La "Recevresse"

« La Recevresse » est un monument unique au monde et sa reproduction, grandeur nature, se trouve au musée national des monuments français à Paris. Ce chef d’œuvre du gothique flamboyant a vraisemblablement été construit à l’endroit de la découverte de la statue miraculeuse "sur son buisson d’épines". Il remplace un premier oratoire plus modeste. Au début du XIVème siècle, lorsque la statue de Notre-Dame d’Avioth put entrer dans son église, une autre statue de la Vierge pris sa place pour recevoir, en son nom, les offrandes des pèlerins. On appela cette statue : la Vierge Recevresse.

Origine du pèlerinage

Avioth, situé à la frontière belge, ne doit son existence qu'à son pèlerinage. Selon la tradition, des bergers découvrirent dans un buisson une statue de la Vierge. Un sanctuaire fut érigé au cours de la seconde partie du XIe siècle sur les lieux mêmes de la découverte, peut-être sous l'impulsion des cisterciens de l'abbaye voisine d'Orval. Les pèlerins venant vénérer la Vierge devinrent si nombreux que rapidement l'édifice s'avéra trop petit. Une nouvelle église fut édifiée à partir de la deuxième moitié du XIII` siècle.

Grâce à un pieux manuscrit intitulé « Brief recueuil de l'estat de l'Eglise Notre-Dame d'Avioth fait en l'an 1668 par Mr. Jean Delhotel, humble curé du dit Avioth », nous connaissons un peu l'origine de l'église et l’histoire de son pèlerinage. Notre chroniqueur explique en effet : « J'ai appris de mes ancêtres, qui eux-mêmes l'avaient recueilli comme une pieuse tradition, que cette image, l'une des plus grandes que nous connaissons parmi les Images miraculeuses de la Vierge avait été bâtie des anges, envoyée du ciel en terre et déposée en un lieu où elle trône encore dans son église d'Avioth, sous une pyramide délicatement sculptée.»

Le manuscrit renferme de nombreux faits précis, la plupart datés : accidents graves sans conséquences, délivrances extraordinaires de prisonniers, guérisons de maladies graves telles que le choléra. Mais surtout, l'abbé Delhotel s’étend dans sa relation sur le « répit » temporaire des enfants morts sans baptême.

Notre-Dame d'Avioth, sanctuaire à répit

Selon la croyance populaire en certaines provinces, le « répit » est, chez un enfant mort-né, un retour temporaire à la vie le temps de lui conférer le baptême avant la mort définitive. Ayant été baptisé, l’enfant pourra de ce fait entrer en paradis au lieu d’errer dans les limbes où il serait privé de la vision de Dieu.

Les enfants mort-né étaient apportés dans un panier et venaient souvent de fort loin : Bastogne, Marville, Habay, Arrancy, distants de plusieurs lieues d'Avioth. Quelle que soit la saison, ils étaient exposés nus aux pieds de la statue de la Vierge, à même la pierre. Tous les assistants, appelés au son de la cloche, se mettaient en prières. On chantait le Salve Regina puis les litanies en l'honneur de la Vierge. Certains faisaient célébrer la messe, se confessaient et communiaient, «afin de pouvoir plus efficacement incliner la Vierge Marie de leur obtenir de Dieu son Fils, grâces et miséricordes pour ces enfants à leur grande consolation.»

Alors des signes de vie pouvaient apparaître : «le mouvement des veines des membres revient, la couleur de noir devient vermeille, l'effusion du sang ou une sueur chaude survient » note le chroniqueur. En présence de ces symptômes le baptême, sous conditions, était donné : "Si tu es en vie, je te baptise..." Aussitôt après les signes de mort réapparaissaient et l'enfant était inhumé à l’est de l’église.

Le pape Jean-Paul II accorde à l’église Notre-Dame d'Avioth le titre de basilique

Le pèlerinage séculaire de Notre Dame se poursuit encore de nos jours. Chaque année, tous les 16 juillet, de nombreux Lorrains, Belges et Luxembourgeois sont nombreux à venir prier et participer à la procession. À ce titre, en 1993, le pape Jean-Paul II a reconnu l’importance du pèlerinage en accordant à l’église le titre de basilique.

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Source : Avioth (Ch. André et J.-M. André « Les médecins du Nord-Est.» - Jean-Luc Demandre, Avioth une église dite à répit in Les riches heures de Notre Dame d'Avioth,1989)