Lourdes, lieu de rencontre oecuménique

Lourdes, lieu de rencontre oecuménique

Le Patriarche œcuménique Bartholomeos 1er [Eglise orthodoxe] a donné le Message suivant, au cours de l’office religieux qui a été célébré avec les évêques français le 6 novembre 1995, en la basilique Notre-Dame du Rosaire, à Lourdes :

« FRÈRES ET ENFANTS BÉNIS DE L’ÉGLISE,

Nous éprouvons une joie particulière à nous trouver en ce jour dans l’Église de la Vierge de Lourdes et nous assistons à ce saint office avec émotion et beaucoup d’attention. La Mère de Dieu qui a rempli un rôle très important dans la transformation du genre humain et la régénération de toute la création, est particulièrement honorée par toute âme chrétienne. En la personne de la Toute , la nature humaine a participé à l’Incarnation du Fils et Verbe de Dieu. La participation de la Mère de Dieu, de par une grâce extraordinaire, au mystère du salut du genre humain, apparaît aussi à travers l’honneur que lui témoignent toutes les générations, selon sa propre prévision prophétique : « Désormais, toutes les générations me proclameront bienheureuse » (Lc 1, 48).

C’est dans ce cadre que s’inscrivent toutes les recherches et les études particulièrement brillantes portant sur la très personne de la Mère de Dieu. En disant tout cela, nous pensons aux divers Congrès mariologiques internationaux qu’organise périodiquement l’Académie mariologique internationale ayant son siège à Rome. À ces Congrès participent volontiers les membres choisis de notre Église orthodoxe qui, de par leur formation scientifique, contribuent de manière décisive aux recherches concernant la personne et l’œuvre de la Mère de Dieu.

Il est bien connu que l’Église orthodoxe dispose d’une bibliographie particulièrement riche, étant donné que la christologie est en étroite relation avec la mariologie, et la séparation des deux est impensable. Cela signifie que lorsqu’on examine la christologie en dehors de la véritable mariologie, on déchoit dans le monophysisme, et lorsqu’on traite de la Vierge en dehors du mystère du Christ, on aboutit à une sorte de nestorianisme et de docétisme. […]

Les « titres » de la Mère de Dieu

Nous trouvant aujourd’hui dans ce sanctuaire de la Mère de Dieu, et face au peuple chrétien qui vient ici quotidiennement des extrémités de la terre pour recevoir la bénédiction de la Vierge, nous souhaitons mettre en valeur certains points qui témoignent ce que le chrétien pieux ressent en son cœur, même s’il ne peut pas toujours l’exprimer par des mots.

Le premier point est la variété de noms et de titres de la Mère de Dieu comme Pleine de Grâces, Toute-, Toujours Vierge, etc., qui sont en rapport avec les dons particuliers de la Mère de Dieu.

Parallèlement à ceux-ci, il existe d’autres épithètes qui sont en rapport avec le lieu où se manifeste l’action thaumaturgique de la Mère de Dieu.

[…] L’amour que nous exprimons à son égard est d’une part le fruit de l’amour du Christ et d’autre part un moyen pour obtenir l’amour de son Fils.

L’intercession de Marie

[…] Aux noces de Cana apparaît l’intervention directe de la Mère de Dieu. C’est elle qui prie son Fils de transformer l’eau en vin, c’est elle aussi qui encouragea les personnes présentes à obéir au commandement du Christ (Jn 2, 45). Sur ce point on reconnaît clairement la double action de la Mère de Dieu : d’une part elle prie son Fils d’intervenir pour aider les hommes et d’autre part elle encourage les hommes à obéir aux instructions de son Fils. Cela signifie que l’œuvre de la Mère de Dieu ne peut pas être envisagée indépendamment de l’œuvre du Christ.

Lorsqu’on étudie la merveilleuse personne de la Toute , on est étonné dans la mesure où elle n’a jamais revendiqué une dignité à l’intérieur de l’Église mais resta humble et simple, vivant dans le silence et la prière tout en restant au centre des célébrations et de la vie de la première Église. En sa personne nous honorons l’humble existence féminine qui se sanctifie par le silence, l’amour et le service. […]

Parmi les Pères qui ont été affectés d’un amour divin envers sa personne se distingue saint Grégoire Palamas, archevêque de Thessalonique, dont nous citerons dans la suite de notre discours quelques passages. La Mère de Dieu, selon le divin Grégoire, se situe aux confins du monde créé et du monde incréé. Dieu est nature incréée, n’ayant ni début ni fin, et ne connaissant ni changement ni altération, alors que toute la création est de nature créée car elle a une origine, elle connaît le mouvement et le changement mais pas la fin puisque cela a eu la faveur de Dieu. Le point commun entre le créé et l’incréé est le Christ seul, Dieu et homme ; sa Mère quant à elle est celle qui porte l’union hypostatique entre les natures humaine et divine, réalisée dans son sein en la personne du Christ.

L’unité et la fidélité de la Mère de Dieu envers le Christ l’ont rendue administrateur et magistrat de la richesse de la divinité, en offrant la grâce de son Fils équitablement et en fonction de la pureté de chacun. Avec sa vie est advenu le miracle des miracles et le bienfait le plus immense depuis les origines. Sa gloire est infinie, car elle est plus brillante que la lumière, plus fleurie que le paradis, plus majestueuse que les mondes visibles et invisibles. La Mère de Dieu est, après le Christ tout en étant avec lui en raison de son unité avec Lui, l’ascendance des prophètes, l’origine des Apôtres et le fondement des docteurs. Elle est la gloire des choses humaines, l’enchantement des choses célestes et l’ornement de tout le monde créé. Elle est la base, la source et la racine des biens invisibles, elle est la cime et la perfection de la sainteté. Cette dernière phrase présentant la Vierge comme cime et perfection de la sainteté témoigne de l’importance de sa personne ainsi que son merveilleux accomplissement.

Elle a surpassé toute la nature humaine, elle demeure le sommet de la sainteté tout en étant la finalité de toute la sainteté car, selon la parole des Pères, Dieu dispense ses dons par la médiation de sa Mère. Nous demandons sans cesse la grâce de son Fils, nous sollicitons jour et nuit son intercession, afin qu’ayant traversé la mer de la présente vie, nous parvenions au port serein du royaume des cieux.

Au roi des siècles, au Dieu immortel, invisible et seul sage, qui est né de la Mère de Dieu aux derniers temps pour le salut du genre humain, honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen (1 Tm 1, 17).

Extraits de « La place de la Mère de Dieu dans la réflexion théologique et la piété des fidèles », dans « La documentation catholique », 3 décembre 1995, N° 2127 p.1045-1047