Paris : Basilique du Sacré Cœur de Montmartre

L'apparition à Paray le Monial en 1689

Après plusieurs apparitions révélant l'amour consumant du Sacré Coeur de Jésus pour les hommes, le Christ demande à Marguerite Marie Alacoque, en 1689, de transmettre au roi de France (Louis XIV[1]) ses désirs.

Il veut que le roi fasse la consécration de lui-même à son Sacré-Cœur. Il veut être peint sur ses étendards et gravé dans ses armes, pour les rendre victorieuses. Il veut le voir lui élever un temple, où le tableau du Sacré Cœur serait exposé, afin d'y recevoir la consécration et les hommages du roi et de toute la cour. Il l'a choisi comme son fidèle ami, pour faire autoriser la messe en son honneur, par le Saint-Siège apostolique, et en obtenir tous les autres privilèges qui doivent accompagner cette dévotion de ce sacré Cœur.[2]

Louis XIV n'en tient pas compte. Son glorieux règne est assombri par ses libertinages, par son gallicanisme (il nomme les évêques français à la place du pape), par la persécution des minorités religieuses et finalement par ses problèmes de succession ; il connaît à la fin de sa vie des moments de repentir mais il n'a pas accompli le désir de Jésus.

Le drapeau

A l'époque de Louis XIV, rien n'est fixé : les rois, princes et capitaines utilisent chacun leurs propres étendards et écussons, en utilisant souvent les fleurs de lys et les couleurs bleu blanc et rouge. La couleur rouge rappelle l'étendard de Clovis ou de Charlemagne, ainsi que le martyr de saint Denis. Le blanc est la couleur traditionnellement associée à la monarchie française. Le bleu est associé aux armoiries de France, c'est un symbole de grandeur spirituelle ou la couleur du manteau de la Vierge.

Le drapeau en trois bleu blanc rouge que nous connaissons date de la révolution française (1790), avec quelques brèves interruptions : pendant la Restauration (de 1815 à 1830) le drapeau était blanc ; il est redevenu tricolore en 1830 avec de nouveau une brève interruption en 1848 (il était alors bleu rouge blanc).

Depuis lors, le drapeau bleu blanc rouge n'a plus changé, il est fixé par l'article 2 de la constitution de 1958.

Jamais le drapeau français n'a porté une représentation du Sacré-Cœur.

1689-1919 : un long délai avant que le sanctuaire du Sacré Cœur ne soit réalisé...

Louis XVI est guillotiné en 1793 pendant la révolution française. Le XIX° siècle est tourmenté au plan politique et social, il souffre des injustices d'une société en pleine mutation industrielle et des pressions anticléricales. La France perd la guerre contre la Prusse en 1870.

C'est alors que la construction de la basilique du Sacré Cœur est décrétée par une loi votée par l'Assemblée nationale en juillet 1873 dans le cadre d'un nouvel Ordre moral. La basilique est construite là où les violences de la Commune avaient commencé. Cependant les financements ne viendront pas de l'Etat mais de dons privés. L'année 1914 marque la fin des travaux mais la guerre éclate et la consécration n'aura lieu qu'en 1919, en remerciement pour la victoire, une victoire pourtant ambiguë.[3]

Les remarques de sœur Lucie de Fatima sur ce retard français.

ur Lucie a comparé le retard des rois de France dans l'accomplissement du désir du Christ à Paray le Monial au retard de la hiérarchie catholique pour l'accomplissement des désirs de Marie à Fatima.

Citons la lettre de 1936 de sœur Lucie au père Gonçalves :

« Plus tard, par le moyen d'une communication intime, Notre-Seigneur me dit, en se plaignant : "Ils n'ont pas voulu écouter ma demande !... Comme le roi de France, ils s'en repentiront, et ils le feront, mais ce sera tard. La Russie aura déjà répandu ses erreurs dans le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l'Eglise. Le Saint-Père aura beaucoup à souffrir".»[4]

Dans cette perspective, on voit plus nettement que bien qu'il soit exprimé dans le contexte de la royauté française, le message de Paray le Monial ne dicte pas des choix politiques (« légitimiste » ou « conservateurs ») il demande un renouveau spirituel du cœur qui aurait dû attirer les bénédictions, et sans doute, nous le voyons après coup, prévenir la fermentation du matérialisme athée qui nourrira Karl Marx (1818-1883) séjournant à Paris.

Aujourd'hui

La basilique est un lieu d'adoration eucharistique permanente.

Depuis 1995, la congrégation des bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre en a la responsabilité matérielle et spirituelle.

« Mon divin Cœur est si passionné d'amour pour les hommes »... « J'ai une soif ardente d'être honoré des hommes dans le saint Sacrement, et je ne trouve presque personne qui s'efforce, selon mon désir, de me désaltérer, usant envers moi de quelque retour. »

(Jésus à Marguerite Marie, lé 27 décembre 1673)

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[1] Rappelons que Louis XIII consacra la France et sa Couronne à la Vierge le 15 août 1638. Son fils Louis XIV est né le 5 septembre 1638 après la prière de ses parents à Notre Dame de grâce (Gignac) et sa naissance fut prédite en 1632 par une apparition du Sacré Cœur à une religieuse de Beaune.

[2] Cf. Vie et Œuvres de Marguerite-Marie Alacoque. Edition 1920. Tome II, Autobiographie, II, p. 438

[3] Père Jacques Benoist, Le Sacré-Cœur de Montmartre de 1870 à nos jours, Les éditions ouvrières, 1992 ; Père Jacques Benoist, Le Sacré-Cœur de Montmartre, Un vœu national, Délégation à l'action artistique de la ville de Paris, 1995

[4] Frère François de Marie des Anges, « Fatima, joie intime, événement mondial, Edition CRC, 2° édition revue et corrigée en décembre 1993, p. 213

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