Saumur (49) : Notre-Dame des Ardilliers

A Saumur (France), le dôme majestueux de Notre-Dame des Ardilliers se reflète avec sérénité dans les eaux de la Loire toute proche.

Si elle semble aujourd'hui parfois un peu assoupie, elle fut au XVIIème siècle, l'un des plus importants pèlerinages marials du royaume de France, après Chartres et Le  Puy. A cette époque, son influence s'étendait dans tout le Grand Ouest et le Centre de la France et même jusqu'à Paris.

Au XVè siècle, la découverte d'un paysan

C'est dans la seconde moitié du XVème siècle qu'un paysan découvre une Pietà en bêchant l'ardille (ou argile) de son champ, situé près d'une fontaine aux vertus bienfaisantes au pied du côteau de la Loire, à l'extrémité orientale de la ville de Saumur. Cette statue représente Notre Dame de Pitié soutenant le Christ mort sur ses genoux.

Déposée sous un arceau de pierre, et associée à la fontaine, la statue est exposée à la dévotion et devient vite l'objet d'un culte local. Une première chapelle est bâtie et consacrée en 1553 par l'évêque d'Angers, puis agrandie quelques années plus tard devant le nombre important des pèlerins et l'intérêt accordé au pèlerinage par les reines Catherine de Médicis et Louise de Lorraine.

La fête patronale du sanctuaire était jusqu'à la Révolution, celle de N.-D. de Compassion (le vendredi après la Passion).

Bien que la ville de Saumur, majoritairement catholique, soit passée en 1589, au moment de la Ligue, sous contrôle protestant par un accord politique entre Henri III et Henri de Navarre (futur Henri IV), le pèlerinage à Notre-Dame des Ardilliers continue et même s'amplifie.

Le premier miracle est constaté en 1594

Il y en aura 133 jusqu'en 1713, puis 22 autres encore au XIXème siècle, l'un des grands siècles du pèlerinage.

C'est aux oratoriens que seront confiés, à partir de 1619, non seulement le sanctuaire mais aussi -outre un Collège- l'Ecole de théologie fondée à Saumur afin de rivaliser dignement avec l'Académie protestante créée peu avant 1600 par le célèbre Duplessis-Mornay, gouverneur de la ville. Les uns et les autres vivront en bonne intelligence, dans la tolérance évangélique, la courtoisie et la confiance mutuelles.

La dévotion de grands personnages du royaume (Marie de Médicis, Louis XIII,  Richelieu, Mazarin, Louis XIV, le ministre Servien, Marie-Thérèse etc.) à la Vierge des Ardilliers de Saumur, va amener la transformation de la chapelle primitive, tout au long du XVIIème siècle, âge d'or du pèlerinage. C'est la grande chapelle que l'on peut encore admirer aujourd1hui, ensemble classsique très homogène malgré la durée du chantier, dont le dôme attire tous les regards avec ses proportions harmonieuses et des dimensions identiques à celui des Invalides à Paris ; à n'en pas douter, il symbolise le triomphe de la Réforme catholique.

De grands saints viendront y prier

Là viendront prier de grands saints comme Vincent de Paul, Louise de Marillac, Marie Euphrasie Pelletier ou encore Louis-Marie Grignon de Montfort, qui a si bien exprimé l'importance de Marie dans le plan divin, et une multitude de particuliers.

Certains pèlerins, mais aussi des villes, se vouent à la Vierge des Ardilliers : ainsi Saumur (en 1615), Saint-Aignan, Selles, Riom, Montmorillon, Poitiers, Bourges... Le voeu est conforme à la théologie catholique, car toujours adressé à Dieu et à la Vierge.

Le XVIIIème siècle verra le déclin du pèlerinage ; mais une autre vocation se dessinera à cette époque, sous l'impulsion d'une jeune fille née à cinq cents mètres du sanctuaire, Jeanne Delanoue dite la Mère des Pauvres, fondatrice des soeurs de -Anne, Servantes des Pauvres de la Providence.

Gardiennes du sanctuaire après la Révolution, elles ont essaimé depuis dans de nombreuses régions du monde (Madagascar, Mali, Indonésie...) et leur Maison-mère est toujours à Saumur.

En 1952, le sanctuaire, relevé des destructions de 1940, est béni par le cardinal Roncalli, futur pape Jean XXIII. S'il n'attire plus les foules nombreuses d'autrefois, on note tout de même, surtout à la belle saison, des visiteurs en nombre non négligeable. Des montfortains, des frères de Saint-Gabriel de Saint-Laurent-sur-Sèvre, des pèlerins de L'Eau Vive, des paroisses, les Hospitaliers de Lourdes, quelques  amicales d'anciens élèves, viennent aussi en groupe prier Marie ; ils laissent parfois leurs intentions de prière ou leurs remerciements sur un cahier proche de l'autel où se trouve la statue.

Car Marie, Vierge de Pitié et de Compassion est toujours là, derrière sa grille en fer forgé, don de Richelieu, toujours prête à nous ouvrir ses bras...