Saint-Pétersbourg et le féminisme marial

Saint-Pétersbourg et le féminisme marial

Saint-Pétersbourg, grand centre culturel et berceau de la révolution bolchevique est aussi une ville où a commencé, tout récemment, un mouvement féministe marial tout à fait étonnant.

Le féminisme russe, marial, fait tomber l’illusion du communisme comme libérateur pour la femme, mais il fait aussi tomber les illusions occidentales.

Origine

Saint-Pétersbourg, grand centre culturel et berceau de la révolution bolchevique est aussi une ville où a commencé, un mouvement féministe marial tout à fait étonnant. Tatiana Goritcheva était devenue professeur de philosophie marxiste, poste de confiance. Elle enseignait donc le matérialisme dialectique, mais elle était en recherche et se mit à pratiquer le yoga et la concentration.

« Un jour, raconte-t-elle, j’ai pris comme mantra le Notre Père. Je disais cette prière sans aucunement croire qu’il y avait un Dieu dans les cieux. Mais après l’avoir dit seulement 5 ou 6 fois, je n’ai pas seulement compris, j’ai tout à coup réalisé : ce père existe, il m’aime. C’est Lui qui a tout créé alentour. Cette prise de conscience ne m’a quittée jusqu’à ce jour. Mon cas n’est pas isolé, précisait-elle, dès le début des années 1980. C’est ainsi que viennent à Dieu actuellement, en Russie, de nombreux jeunes garçons et filles. Plus tard, cette expérience spirituelle s’est enrichie pour moi d’une autre : l’entrée progressive dans la liturgie : une prise de conscience ecclésiale, guidée par des starets (moines). Et ainsi, je me suis découverte moi-même comme un être humain et comme femme, dans la communion de la Mère de Dieu. »

(Tatiana GORITCHEVA, le mouvement des femmes de Leningrad, BIP SNOP, n° 450, p. 8-9)

Un féminisme marial

Beaucoup de féministes considèrent la Vierge comme un modèle dangereux, une image d’oppression, fabriquée par des clercs célibataires. Pensez donc : une Vierge à l’heure de la libération sexuelle, et Mère à l’heure de la croisade féministe pour la contraception et l’avortement ; vierge mère, donc modèle contradictoire, impossible, inimitable, désespérant…

Mais Tatiana Goritcheva et Svetlana Sanova, son amie, percevaient, tout au contraire l’avenir des femmes avec Marie : une femme merveilleuse, la Mère de Dieu, rayonnante de la grâce et de la gloire divine.

Elles découvraient son élan, sa générosité, sa pureté, car, après les aventures de désespoir, jusqu’à l’érotisme, elles avaient la nostalgie de la pureté, de la tendresse personnalisée, sans laquelle l’amour n’est qu’animal…

Tatiana insistait sur la pureté de Marie et Svetlana, sur la Maternité divine et humaine.

Tatiana contemplait et imitait son humilité, son obéissance de servante, et son courage au pied de la croix. Elle puisait chez elle la patience dans les épreuves, si nécessaire aux convertis face au redoutable appareil policier.

Ces jeunes féministes russes fréquentaient assidûment alors les monastères, pour y découvrir les secrets de la prière. Elles trouvaient en Marie un relais transparent vers Dieu… Et c’était une irruption inconnue de joie et de lumière.

Le mouvement féministe russe prit le nom « Maria », en l’honneur de la Mère de Dieu : leur modèle libérateur.

Ce mouvement fut insupportable aux yeux du communisme.

Le marxisme avait dépassé les antithèses, donc les oppressions. Il avait établi l’égalité parfaite entre les hommes et les femmes. Il leur avait offert la liberté de l’avortement. La naissance d’un féminisme critique était un nouveau démenti aux certitudes marxistes. Qui pis est, ce féminisme contestait le régime et son athéisme.

« Tu me demandes pourquoi je dénonce le mépris de la femme, alors que la femme est totalement émancipée dans notre pays […] La femme n’a pas été émancipée. C’est l’homme qui a été féminisé. Dans une société comme la nôtre, l’homme ne peut pas être indépendant, il ne peut pas répondre de ses actes, ni construire sa vie librement et consciemment. Et, dans la famille (rongée par l’alcoolisme) comme dans l’industrie, la femme constitue la force de base. […] Monstrueusement surchargée, elle est le martyr de notre époque. »

Tel était le fer de lance de sa revendication féminine, dirigée contre le système. Ici, Tatiana confesse la triste aventure de sa jeunesse : recherche de l’amour par un mariage précipité, déception, rupture, puis débauche, hystérie quotidienne dans un « tout est permis » désespéré. Dans notre paganisme amoral, nous avons vécu cette négation de la féminité, qui est la marque de toutes les religions païennes du passé. Et le paganisme athée était pire, décapé, dépoétisé, déshumanisé. Alors vint la solution : c’était Marie : Elle est venue à nous, Celle qui vient sauver les mourants.


Propos reccueillis par R. LAURENTIN, Comment la Vierge Marie leur a rendu la liberté, ŒIL, Paris, 1991, p. 63-72. Synthèse F. Breynaert