Marie, le jeudi saint (Edith Stein, XX° siècle)

Marie, le Jeudi Saint

La nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit :

"Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi."

Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant :

"Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi."

(1 Corinthiens 11, 23-25)

La Écriture ne le dit pas, mais il n'y a pas à douter que la Mère de Dieu était présente.

Sûrement elle est venue à Jérusalem comme toujours pour la fête de Pâques et a célébré le repas pascal avec tout le groupe qui suivait Jésus.

Elle qui gardait toutes les paroles de Jésus dans son cœur - combien elle aura dû accueillir en elle Son discours d'adieu :« J'ai désiré ardemment célébrer ce repas pascal avec vous.» (Lc 22, 15)


Ne pensait-elle pas à ce moment-là aux noces de Cana (1)?

Maintenant Son heure était venue. Maintenant Il pouvait donner ce qu'alors Il ne pouvait suggérer qu'en symbole.

Le lavement des pieds : Il était parmi eux comme celui qui sert (Jn 13). Ainsi l'avait-elle vu durant toute sa vie. Ainsi avait-elle elle-même vécu et vivrait-elle encore.

Elle comprenait le sens mystique du lavement des pieds (Cf. Jn 13, 2-11) : celui qui s'approche du saint repas doit être complètement pur. Mais seule Sa grâce peut donner cette pureté.

Ta communion, ma Mère ! N'était-elle pas comme un retour à cette unité insaisissable, lorsque tu Le nourrissais de ta chair et de ton sang ? Mais maintenant, c'est Lui qui te nourrit.

Ne vois-tu pas en cette heure le corps mystique tout entier devant toi, celui qui doit croître par ce saint repas ?

Ne le reçois-tu pas déjà maintenant en tant que Mère, comme demain au pied de la Croix il te sera remis ?

Ne vois-tu pas aussi toutes les offenses qui seront faites au Seigneur dans ces espèces, et n’offres-tu pas satisfaction pour cela ?

Ô Mère, apprends-nous à recevoir le Corps du Seigneur comme Tu l’as reçu.


(1) Cf. Jn 2, 1-12. Voir le verset 4 : « Mon heure n'est pas encore arrivée ».


Edith Stein, Le secret de la Croix