Fille de Sion au pied de la Croix

Marie fille de Sion auprès de la croix

Marie a bu, elle aussi et jusqu'au fond, le calice de la passion. D'elle, comme de la Fille de Sion, on peut lire qu'elle « a bu de la main du Seigneur la coupe de la colère, la coupe de vertige ; elle l'a bue, elle l'a vidée» (cf. Is 51,17).

Si sur le Calvaire, près de la croix e Jésus, se tenait Marie sa Mère, cela implique qu'en ces jours-là elle était à Jérusalem et donc qu'elle a tout vu, qu'elle a assisté à toute la passion.

Elle a entendu le cri : « Pas lui, mais Barabbas ! » ;

Elle a vu l'Ecce homo ; elle a vu la chair de sa chair flagellée, sanglante, couronnée d'épines, à moitié nue devant la foule, elle l'a vue tressaillir, secouée par les frissons de la mort, sur la croix.

Elle a entendu le bruit des coups de marteau : les insultes : « Si tu es le Fils de Dieu... »

Elle a vu les soldats se partager ses vêtements et la tunique qu'elle avait peut-être elle-même tissée.


La piété chrétienne n'a donc pas tort quand elle applique à Marie sous la croix les paroles prononcées par la Fille de Sion dans sa désolation :

«Vous tous qui passez sur le chemin, regardez et voyez s'il est une douleur comme ma douleur, celle qui me fait si mal»

(Lm 1,12)

Sous la croix, Marie apparaît comme la fille de Sion qui, après le deuil et la perte de ses fils, reçoit de Dieu une nouvelle descendance, plus nombreuse que la première, non selon la chair, mais selon l'Esprit. C'est ce que chante un psaume appliqué à Marie par la liturgie : « Certes, c'est en Philistie, à Tyr ou en Nubie, que tel homme est né. Mais on peut dire de Marie : « En elle, tout homme est né... » Le Seigneur inscrit dans le livre des peuples : « À cet endroit tel homme est né » (Ps 87,2 ss).

C'est vrai : tous nous sommes nés en cet endroit. De Marie, la nouvelle Sion, on dira aussi : en elle tout homme est né. De moi, de toi.

Ainsi, comme nous avons appliqué à Marie sous la croix le chant de lamentation de la Sion détruite qui a bu le calice de la colère divine, maintenant, nous lui appliquons le chant de la Sion reconstruite après l'exil. Pleine d'étonnement à la vue de ses nouveaux enfants elle s'écrie :

« Ceux-ci, qui me les a enfantés ? Moi, j'étais privée d'enfants, stérile ; ceux-là, qui les a fait grandir ? »

(Is 49,21)

Il ne s'agit pas d'une application subjective, mais objective, elle ne se base pas sur le fait que Marie à ce moment-là ait pensé ou non à ces paroles mais sur le fait que ces paroles, par une disposition divine, se sont objectivement réalisées en elle.


La science moderne de l'interprétation a énoncé un principe intéressant : pour comprendre un texte, on ne peut faire abstraction je ce qu'il a produit, de la résonance qu'il a eue dans l'histoire. Ce principe est valable plus encore pour les textes de la Ecriture : on ne les comprend dans la totalité de leur contenu et de leurs virtualités que par l'histoire de ce qu'ils ont produit, d'abord en Israël et ensuite dans l'Église.

Cette « histoire des réalisations », c'est ce que l'Eglise appelle Tradition.


Raniero Cantalamessa,

Marie miroir pour l'Eglise, ed saint Augustin 2002, p.142-143 et 178-180

Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison Pontificale.

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