Prier le Nom de Marie


 

Le Nom de Marie ne s’invoque pas en vain : il évoque le salut, comme celui de Jésus qui veut dire ‘Dieu sauve’. Saint Éphrem appelle le Nom de Marie ‘la Clef du Ciel’. L’origine de ce Nom a donné naissance à l’hymne ‘Ave maris Stella’, et la simple invocation du Nom de Marie est puissante contre les forces du mal. La liturgie l’honore comme mémoire le 12 septembre. 

 

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Origine

Le nom de « Marie » vient de l'araméen miryam, maryam. Ce nom a été rapproché entre autres de l'hébreu mara(h), « amertume » et de l'égyptien ancien mrit, merit, « aimée ».

Marie, ‘étoile de la mer’ : une heureuse erreur de transcription?

On ne connaît pas vraiment l'origine de l'association du nom de Marie à l’étoile. Certains pensent qu'il est dû à une erreur de transcription d’un manuscrit traduit en latin par st Jérôme et écrit au IVès par Eusèbe de Césarée. Dans l’un de ses nombreux ouvrages[1], l’évêque de Césarée, premier historien de l’Église, interpréta le nom de Maryām, lui donnant la signification de mar-yam (מר-ים) « goutte de la mer », basé sur מר mar, un mot biblique pour « goutte » et ים yam « mer ».

st Jérôme (mort en 420), Docteur de l’Église et l’un des quatre Pères de l’Église latine, traduisit donc cette étymologie du nom de Marie par Stilla maris, qui signifie « goutte d’eau de mer ». L’un des scribes recopiant un jour le manuscrit latin fit probablement une erreur de transcription, qui prévalut bientôt dans la tradition : au lieu de Stilla maris, il aurait écrit Stella maris, ce qui veut dire étoile de la mer. Heureuse erreur qui eut une postérité si féconde!

L’hymne Ave maris Stella et la postérité du symbole marial de l’étoile

Lorsque l’on évoque Marie sous le vocable d’étoile de la mer, on pense immédiatement à l’hymne Ave maris Stella, composée entre le VIIème et le IXème  siècle.[2] Mais cette appropriation du symbole stellaire marial a perduré dans la tradition.

St Fulbert, au X- XIès, par exemple, affirme que Marie est bien l’étoile de la mer : il écrit que

 « Cette personne choisie et éminente entre les femmes, a certainement reçu un nom qui n’est pas dû au hasard, ni seulement pour plaire aux parents, comme cela est courant, mais par un dessein divin précis, qui se réfère à une grande chose : Marie en effet il signifie étoile de la mer. » [3]

 Saint Bernard, Docteur marial, reprit au XIIès cette métaphore et composa ce texte bien connu, adapté dans un chant liturgique : Regarde l'étoile, regarde Marie[4].

Un autre Docteur de l’Église, st François de Sales, au XVIIès, complètera cette méditation sur Marie comparée à l’‘étoile’ en lui adjoignant une autre image : si Marie est étoile de la mer, elle est aussi étoile matinale, elle qui précède Jésus, notre véritable Soleil[5].
Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, également Docteur de l’Église, a également utilisé fréquemment, dans de nombreuses poésies, ce symbole pour parler de la Vierge Marie: on peut citer par exemple son poème intitulé Mon chant d’aujourd’hui (PN 5), dans lequel elle écrit :

« O Vierge Immaculée ! C’est toi, ma douce Étoile

Qui me donnes Jésus et qui m’unis à Lui.

Ô Mère ! Laisse-moi reposer sous ton voile… »

Il semble donc que l’heureuse erreur, issue de l’interprétation étymologique du Nom de Marie proposée par Eusèbe de Césarée, ait généré une image capable de cristalliser la dévotion mariale autour de l’étoile, symbole de toute espérance. 

La puissance du Nom de Marie contre les puissances du mal

Les saints on exprimé leur confiance dans le Nom de Marie. Ils l’ont fait avec des expressions fortes, comme en raccourci, c’est-à-dire sans expliquer forcément le lien qu’il entretient avec le Nom de Jésus. Ils ont souligné notamment la puissance de ce Nom contre les forces du mal. Ainsi, st Bonaventure, Docteur de l’Église[7] , qui a longuement médité sur le Nom de Marie, nous dit au XIIIès que

« Personne ne peut le prononcer dévotement sans en retirer quelque faveur[8]»

  et ajoute qu’il est important de prononcer ce Nom à l’approche de la mort : 

«Ô Marie ! Que votre nom est glorieux, qu’il est admirable ! Ceux qui ont soin de le prononcer à l’approche de la mort ne redoutent point les puissances infernales, car les démons ne peuvent entendre une âme s’écrier Marie, Marie! Sans aussitôt prendre la fuite »[9].

Le bienheureux moine néerlandais Thomas A. Kempis reprend au XVès la même pensée, dans l’un des sermons qu’il a écrit pour ses novices[10]:

 « Au nom de Marie, les démons s’enfuient comme poursuivis par un feu dévorant. Comme la foudre atterre les pauvres humains, ainsi le nom de Marie, comme un tonnerre venu du ciel, prosterne et abat les esprits infernaux. » 

Au XVIIès, plusieurs confréries du Saint Nom de Marie furent créées : en Espagne, par saint Simon de Rojas, trinitaire, qui, en 1612, fonda la Congrégation des Esclaves du Doux Nom de Marie, sorte de confrérie composée de laïcs, toutes classes sociales confondues ; de même, le jésuite Adrianus Lyraeus of van Lyere , né à Anvers, composa, à destination de la confrérie du Saint Nom de Marie, qu’il avait fondée en 1638, un traité intitulé Trisagion Marianum, Traité de l’excellence et du culte du St Nom de Marie, sur la dévotion au Saint Nom de Marie. Ces quelques exemples suffisent à montrer combien le Saint Nom de Marie est l’objet, depuis toujours, d’une dévotion particulière. Plusieurs églises lui sont d’ailleurs dédiées dans le monde, notamment en Italie et au Canada. En France, la chapelle qui se trouve dans la nef latérale sud de la cathédrale Notre-Dame du Havre est dédiée au Saint Nom de Marie.

Le Saint Nom de Marie, un Nom honoré dans la liturgie

De même que l’on célèbre, quelques jours après Noël, le Saint Nom de Jésus[11], on glorifie dans la liturgie le Saint Nom de Marie le 12 septembre quelques jours après avoir fêté la Nativité de Marie, le 8 septembre. En dehors de la mémoire liturgique du Saint Nom de Marie, il existe une messe votive au saint nom de Marie, qui peut être célébrée à tout moment.

Au cours de cette messe, on rend gloire à Dieu le Père d’abord à cause du « Nom de Jésus », c’est-à-dire pour la personne de son Fils, sa puissance et sa mission de Sauveur : « son Nom est le seul qui puisse sauver » (Préface, cf. Ac 4,12),

« à son Nom, tout être vivant tombe à genoux, au ciel, sur terre et dans l’abîme » (Préface, cf. Ph 2, 10).

Ensuite on rend gloire à Dieu à cause du « Nom de Marie », c’est-à-dire pour la personne de la mère du Christ et sa mission dans l’histoire du salut (Préface) :

- c’est un nom glorieux, car, à l’instar de Judith, qui préfigure la Vierge Marie, « jamais la gloire que (Dieu lui a) donnée ne s’effacera de la mémoire des hommes » (Antienne d’ouverture, Jdt 13, 20) ;

- un nom saint, car il désigne la Femme qui fut « pleine de grâce » ( Alléluia, Lc 1, 28) et qui a « trouvé grâce auprès de Dieu » (Lc 1,30), pour concevoir et enfanter le Fils de Dieu ( Lc 1, 3l) ;

- un nom maternel, car le Seigneur Jésus, « en mourant sur la croix, a voulu nous donner pour mère la mère qu’il s’était choisie, la Vierge Marie » (Prière après la communion), ce qui est un réconfort pour les fidèles qui invoquent son nom maternel ( Prière après la communion) ;

- un nom protecteur, car les fidèles dont les lèvres murmurent fréquemment le nom de Marie (Préface) « regardent vers elle avec confiance comme vers une étoile brillante : dans le danger, ils l’invoquent comme une mère ; dans le besoin, ils cherchent en elle un refuge assuré » (Préface, Prière après la communion)[12]. »

 

 


 

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Pour en savoir plus

 

-sur l’histoire de la fête du Saint Nom de Marie, dans l’Encyclopédie mariale

 

F. Breynaert et l’équipe de MDN.