555 - Enseignement à Simon-Pierre sur l’examen de conscience (dimanche 6 janvier 30)

Evangiles

Pas de correspondance

Date

Dimanche 6 janvier 30

Lieu : 

Ephraïm

 

Vision de Maria Valtorta :

555.1 Jésus est seul dans une petite pièce. Assis sur sa couche, il réfléchit ou il prie. Un lumignon à huile sur une étagère éclaire la pièce de sa petite flamme jaunâtre palpitante. Il doit faire nuit, car on n’entend pas un bruit dans la maison ni sur le chemin. Seul le torrent, à l’extérieur, paraît gronder plus fort dans le silence de la nuit.

Jésus lève la tête pour regarder la porte. Il écoute, se lève, va ouvrir, et voit Pierre dehors.

« Toi ici ? Viens. Que veux-tu, Simon ? Tu es encore debout, toi qui as tant de route à faire ? »

Il le prend par la main, l’attire à l’intérieur, referme la porte sans bruit, puis il le fait asseoir près de lui, sur le bord du lit.

« Je voulais te dire, Maître… oui, je voulais te dire que tu as vu aujourd’hui encore ce que je vaux. Je ne suis pas capable d’autre chose que d’amuser des enfants, de consoler une vieille femme, de rétablir la paix entre deux bergers en désaccord à cause d’une agnelle qui a perdu son lait. Je suis un pauvre homme, si bête que je ne comprends même pas ce que tu m’expliques. Mais c’est une autre chose. Maintenant, je voulais te demander de me garder ici, justement pour cette raison. Moi, je ne tiens pas à partir quand tu n’es pas avec nous. Et je ne sais pas m’y prendre… Accepte, Seigneur ! »

Pierre parle avec chaleur, mais en tenant les yeux fixés sur les carreaux grossiers et ébréchés du pavage.

« Regarde-moi, Simon » ordonne Jésus. Et comme Pierre obéit, Jésus le regarde intensément avant de lui demander : « Et c’est tout ? C’est pour cette seule raison que tu veilles ? C’est tout ce qui explique pourquoi tu demandes à rester ici ? Sois sincère, Simon. Ce n’est pas murmurer que de confier à ton Maître toute ta pensée. Il faut savoir distinguer entre parole oiseuse et parole utile. Une parole oiseuse — et c’est généralement dans l’oisiveté que fleurit le péché —, c’est par exemple rapporter les manquements d’autrui à quelqu’un qui n’y peut rien. Il s’agit tout simplement d’un manque de charité, même si ce qui est révélé est vrai. De même, c’est un manque de charité de faire des reproches plus ou moins acerbes sans y joindre un conseil. Et je parle des reproches justifiés. Les autres sont injustes, et sont des péchés contre le prochain. Mais quand on voit son prochain mal agir et qu’on en souffre, parce qu’en péchant il offense Dieu et fait du tort à son âme, quand on se rend compte que par soi-même on n’est pas capable d’estimer la portée du péché d’autrui, et qu’on ne se sent pas assez sage pour dire une parole qui puisse convertir, et qu’alors on s’adresse à un juste, à un sage, pour lui partager son souci, alors on ne commet pas de péché : en effet, le but de ces confidences est de mettre fin à un scandale et de sauver une âme. C’est comme si une personne avait un parent souffrant d’une maladie répugnante : elle cherchera certainement à la tenir cachée au peuple, mais en secret, elle ira dire au médecin : “ D’après moi, mon parent a telle ou telle maladie, mais je ne suis capable ni de le conseiller ni de le soigner. Viens toi-même, ou dis-moi ce que je dois faire. ” Cette personne manque-t-elle donc d’amour envers son parent ? Non, au contraire ! Elle en manquerait si elle feignait de ne pas s’apercevoir de la maladie et la laissait se développer jusqu’à la mort, par un sentiment mal compris de prudence et d’amour. 555.2 Un jour — mais pas dans des années —, tes compagnons et toi devrez écouter les confidences des cœurs, non pas comme vous le faites maintenant en tant qu’hommes, mais comme prêtres, c’est-à-dire médecins, maîtres et pasteurs des âmes, de la même manière que je suis moi-même Médecin, Maître et Pasteur. Vous devrez écouter, décider et conseiller. Votre jugement aura la même valeur que si Dieu en personne l’avait prononcé… »

Pierre se détache de Jésus, qui le tenait serré contre lui, et il dit en se levant :

« Ce n’est pas possible, Seigneur. Ne nous impose jamais cela. Comment veux-tu que nous jugions comme Dieu, si nous ne savons même pas juger comme hommes ?

– Vous saurez vous y prendre à ce moment-là, car l’Esprit de Dieu planera sur vous et vous pénétrera de ses lumières. Vous saurez juger en considérant les sept conditions des faits que l’on viendra vous soumettre pour obtenir un conseil ou le pardon. Ecoute bien, et essaie de t’en souvenir. A cette époque, l’Esprit de Dieu te rappellera mes paroles. Mais toi, cherche de ton côté à te rappeler avec ton intelligence, puisque Dieu te l’a donnée pour que tu la mettes en œuvre sans paresse ni présomption spirituelle qui portent à attendre et à exiger tout de Dieu. Quand tu seras maître, médecin et pasteur à ma place et dans mon rôle, et quand un fidèle viendra pleurer à tes pieds les troubles dûs à ses actes ou à ceux d’autrui, tu devras toujours garder à l’esprit l’ensemble de ces sept questions.

Qui : qui a péché ?

Quoi : quelle est la matière du péché ?

 : en quel lieu ?

Comment : en quelles circonstances ?

Avec quoi ou avec qui : l’instrument ou la personne qui a été la matière du péché ?

Pourquoi : quelles sont les impulsions qui ont rendu la situation favorable au péché ?

Quand : dans quelles conditions ou avec quelles réactions, et si c’est accidentellement ou par suite d’habitudes malsaines ?

En effet, tu vois, Simon, la même faute peut avoir des nuances et des degrés infinis en fonction des circonstances qui l’ont permise et des individus qui l’ont accomplie. Par exemple… Considérons deux péchés parmi les plus répandus, celui de la concupiscence charnelle et celui de la concupiscence des richesses.

Une personne a commis un péché de luxure, ou croit l’avoir commis. Car parfois l’homme confond le péché et la tentation, ou bien il porte le même jugement sur des excitations créées artificiellement par un désir malsain, et les pensées qui s’élèvent par la réaction d’une souffrance maladive, ou aussi parce que parfois la chair et le sang ont des appels imprévus qui résonnent dans l’âme avant qu’elle ait le temps de se mettre en garde pour les étouffer. Il vient te dire : “ J’ai péché par luxure. ” Un prêtre imparfait répondrait : “ Anathème sur toi. ” Mais toi, mon Pierre, tu ne dois pas tenir ce langage. Car tu es le Pierre de Jésus, tu es le successeur de la Miséricorde. Alors, avant de condamner, tu dois examiner et toucher doucement et prudemment le cœur qui pleure devant toi pour connaître tous les aspects de la faute réelle ou supposée, ou du scrupule.

J’ai dit : doucement et prudemment. Rappelle-toi toujours que tu n’es pas seulement maître et pasteur, tu es aussi médecin. Le médecin n’envenime pas les plaies. Prompt à couper si la gangrène s’est installée, il sait pourtant découvrir et soigner d’une main légère s’il y a seulement une blessure avec déchirure de parties vivantes qu’il faut rassembler, et non arracher. Rappelle-toi toujours que tu n’es pas seulement médecin et pasteur, tu es aussi maître. Un maître adapte sa manière de s’exprimer à l’âge de ses disciples. Il serait scandaleux, le pédagogue qui révélerait à de jeunes enfants les lois animales que les innocents ignorent en leur donnant ainsi des connaissances et des malices prématurées. Quand on s’occupe des âmes, c’est avec prudence qu’on doit les interroger. Il faut se respecter et respecter les autres.

Cela te sera facile si, en toute âme, tu vois un fils. Un père est naturellement le maître, le médecin et le guide de ses enfants. Aussi, quelle que soit la personne qui se trouve devant toi, troublée par une faute ou par la crainte d’avoir péché, aime-la d’un amour de père, et tu sauras juger sans blesser et sans scandaliser. 555.3 Tu me suis ?

– Oui, Maître, je comprends très bien. Je devrai être prudent et patient, convaincre qu’il faut découvrir les blessures, mais les discerner par moi-même, sans attirer l’attention d’autrui sur elles, et c’est seulement quand je verrai qu’il y a réellement blessure que je pourrai dire : “ Tu vois ? Tu t’es fait du mal pour telle ou telle raison. ” Mais si je vois que la personne redoute seulement de s’être blessée, parce qu’elle s’est fait des idées, alors… écarter les nuages sans donner, par un zèle inutile, des lumières qui pourraient éclairer de vraies sources de fautes. Est-ce que j’ai raison ?

– Tout à fait. Donc, si quelqu’un vient t’avouer : “ J’ai commis un péché de luxure ”, examine qui tu as en face de toi. Certes, le péché peut se produire à tout âge. Mais on le rencontre plus facilement chez un adulte que chez un enfant, et différentes seront les questions à poser et les réponses à donner selon qu’il s’agit de l’un ou de l’autre. Après cette première enquête, vient la deuxième sur la matière du péché, puis la troisième sur le lieu, la quatrième sur les circonstances, la cinquième sur les complices éventuels, la sixième sur la raison qui l’a provoqué, et la septième sur le moment et le nombre de fois.

Alors que pour un adulte, et un adulte vivant dans le monde, à chaque question tu verras correspondre une circonstance qui prouve la réalité de la faute, tu te rendras généralement compte que, dans le cas d’enfants en âge ou en esprit, il te faudra répondre à de nombreuses questions : “ Il n’y a ici que de la fumée, mais pas de faute réelle. ” Parfois même, tu discerneras, au lieu de fange, un lys qui tremble d’avoir été éclaboussé par la boue et qui confond la goutte de rosée descendue dans son calice avec cette souillure. Ce sont des âmes si désireuses du Ciel, qu’elles craignent que soit une tache une simple ombre de nuage qui les place un instant dans l’obscurité en s’interposant entre elles et le soleil, puis passe sans laisser de traces sur leur candide corolle. Ces âmes sont tellement innocentes et désireuses de le rester, que Satan les effraie par des imaginations ou en excitant l’aiguillon de la chair ou la chair elle-même, en profitant de réelles maladies de la chair. Ces âmes doivent être consolées et soutenues, car ce ne sont pas des pécheresses mais des martyres. Ne l’oublie jamais.

Et souviens-toi toujours de juger même ceux qui pèchent par avidité pour les richesses ou autres biens d’autrui de la même manière. Mais il faut du discernement : c’est une faute maudite d’être avide et sans pitié en volant le pauvre, et contre la justice en faisant tort aux citoyens, aux serviteurs ou aux peuples ; mais moins grave, beaucoup moins grave est la faute de celui à qui on a refusé du pain et qui en dérobe au prochain pour passer sa faim et celle de ses enfants. Rappelle-toi, aussi bien pour le luxurieux que pour le voleur, qu’il faut de la mesure quand on juge le nombre des fautes, les circonstances et leur gravité, et encore de la mesure pour juger du degré de connaissance du pécheur pour le péché commis, au moment où il le commettait. En effet, celui qui agit en pleine connaissance de cause pèche davantage que celui qui le fait par ignorance, et celui qui agit en y consentant librement pèche davantage que celui qui est poussé au péché. En vérité, je te dis que certains actes auront beau avoir l’apparence du péché, ils seront un martyre et obtiendront la récompense promise.

Et rappelle-toi surtout, dans tous les cas, avant de condamner, que toi aussi tu as été un homme et que ton Maître, que personne n’a jamais pu trouver en état de péché, n’a jamais condamné personne qui s’est repenti d’avoir péché.

Pardonne soixante-dix-sept fois sept fois, et même soi­xante-dix-sept fois soixante-dix-sept fois, les péchés de tes frères et de tes enfants. Car fermer les portes du salut à un malade, uniquement parce qu’il est retombé dans sa maladie, c’est vouloir le faire mourir. 555.4 As-tu compris ?

– Oui, tout à fait…

– Alors, dis-moi le fond de ta pensée.

– Eh oui ! Je te le dis parce que je vois que tu connais vraiment tout, et je comprends que ce n’est pas ronchonner que de te prier d’envoyer Judas à ma place, car il souffre de ne pas y aller. Je te le rapporte, non pour l’accuser d’être envieux et me scandaliser à son propos, mais pour lui donner la paix et… te donner la paix, car cela doit être bien pénible pour toi d’avoir toujours à tes côtés ce vent d’orage…

– Judas s’est encore plaint ?

– Oui… Il a déclaré que chaque mot de toi le blesse. Même ce que tu as dit pour les enfants. Il assure que c’est en pensant à lui que tu as affirmé qu’Eve s’est approchée de l’arbre parce qu’elle était attirée par ce qui y scintillait comme une couronne de roi. Moi, vraiment, je n’avais trouvé aucun rapport. Mais je suis ignorant. Barthélemy et Simon le Zélote, au contraire, ont estimé que Judas a été “ piqué au vif ”, car il est ensorcelé par tout ce qui brille et séduit la vanité. Et ils pourraient bien avoir raison, car ils sont sages. Sois bon avec tes pauvres apôtres, Maître ! Fais plaisir à Judas, et à moi avec lui. De toutes façons, tu le vois, je sais seulement amuser les enfants… et être un enfant dans tes bras. »

Il se serre contre son Jésus, qu’il aime vraiment de toutes ses forces.

« Non. Je ne puis te faire ce plaisir. N’insiste pas. C’est toi qui pars en mission, justement parce que tu es tel que tu es. Judas, justement parce qu’il est tel qu’il est, reste ici. Mon frère aussi m’en avait parlé, et malgré mon amour pour lui, je lui ai répondu “ non ”. Même si ma Mère m’en priait, je ne céderais pas. Ce n’est pas une punition, mais un remède. Et Judas doit le prendre. Si cela ne sert pas à son âme, cela servira à la mienne, car je ne pourrai pas me reprocher d’avoir omis quelque chose pour le sanctifier. »

Jésus a parlé sur un ton sévère, impérieux. Pierre laisse retom­ber les bras et baisse la tête en soupirant.

« Ne sois pas peiné, Simon. Nous aurons l’éternité pour être unis et nous aimer. 555.5 Mais tu avais autre chose à me dire…

– Il est tard, Maître. Tu dois dormir.

– Toi, plus que moi, Simon. Tu dois prendre la route à l’aube.

– Oh ! pour ma part… Etre ici avec toi me repose davantage que si j’étais au lit.

– Parle donc. Tu sais que, moi, je dors peu…

– Voilà ! Je suis une tête dure, je le sais et je le reconnais sans honte. Et si c’était pour moi, il m’importerait peu d’avoir beaucoup de connaissances, car je pense que la plus grande sagesse, c’est de t’aimer, te suivre et te servir de tout son cœur. Mais tu m’envoies ici et là ; les gens m’interrogent, et il faut bien que je leur réponde. Je pense que, ce que je te demande à toi, d’autres peuvent me le demander, car les hommes ont les mêmes pensées. Tu disais[1] hier que les innocents et les saints souffriront toujours, et même que ce seront eux qui souffriront pour tous. J’ai du mal à comprendre cela, d’autant plus que, d’après toi, eux-mêmes le désireront. Alors je pense que, puisque c’est difficile pour moi, ce peut l’être pour les autres. S’ils me questionnent, que dois-je répondre ? Dans ce premier voyage, une mère m’a dit : “ Il n’était pas juste que ma petite fille meure dans de telles souffrances, car elle était bonne et innocente. ” Ne sachant que répondre, je lui ai cité les paroles[2] de Job : “ Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris. Que soit béni le nom du Seigneur. ” Mais je n’étais pas convaincu moi-même, et je ne l’ai pas convaincue. Je voudrais une autre fois savoir que dire…

– C’est juste. 555.6 Ecoute. Cela paraît être une injustice, or c’est une grande justice que les meilleurs souffrent pour tous. Mais, dis-moi un peu, Simon, qu’est-ce que la terre, toute la terre ?

– La terre ? Un espace grand, très grand, fait de poussière et d’eau, de roches, de plantes, d’animaux et de créatures humaines.

– Et puis ?

– Et puis c’est tout… à moins que tu ne veuilles que je dise qu’elle est pour l’homme un lieu de châtiment et d’exil.

– La terre est un autel, Simon, un autel immense. Elle devait être un autel de louange perpétuelle à son Créateur. Mais la terre est remplie de péchés. Elle doit donc être un autel de perpétuelle expiation, de sacrifice, sur lequel brûlent les hosties. La terre devrait, comme les autres mondes répandus dans la Création, chanter des psaumes à Dieu qui l’a faite. Regarde ! »

Jésus pousse les volets de bois et, par la fenêtre grand ouverte, entrent la fraîcheur de la nuit, la musique du torrent, les rayons de la lune, et on voit le ciel criblé d’étoiles.

« Regarde ces astres ! Ils chantent les louanges de Dieu, leur voix est lumière et mouvement dans les espaces infinis du firmament. Cela fait des millénaires que cette mélodie s’élève des champs bleus du ciel jusqu’au Ciel de Dieu. Nous pouvons considérer les astres et les planètes, les étoiles et les comètes comme des créatures sidérales qui, telles des prêtres, des lévites, des vierges et des fidèles sidéraux, doivent chanter dans un temple sans limites les louanges du Créateur. Ecoute, Simon : tu entends le bruissement de la brise dans les feuillages, et le clapotis de la rivière dans la nuit. La terre aussi chante, comme le ciel, avec les vents, l’eau, le pépiement des oiseaux et le bruit des animaux. Mais si la lumineuse louange des astres qui le peuplent suffit au firmament, ce n’est pas assez du chant des vents, des eaux et des bêtes, pour le Temple qu’est la terre. Car, à côté des vents, des eaux et des animaux qui chantent inconsciemment les louanges de Dieu, la terre est habitée par l’homme. Or l’homme est la créature parfaite, au-dessus de tout ce qui est vivant, dans le temps et dans le monde ; il est fait de matière comme les animaux, les minéraux et les plantes, et d’esprit comme les anges du Ciel ; comme ces derniers, il est destiné, s’il reste fidèle dans l’épreuve, à connaître et à posséder Dieu, par la grâce d’abord, au Paradis ensuite. L’homme, cette synthèse qui embrasse tous les états[3], a une mission que les autres créatures n’ont pas et qui devrait être pour lui, non pas un devoir seulement, mais une joie : aimer Dieu. Rendre intelligemment et volontairement un culte d’amour à Dieu, en retour de l’amour qu’il a montré à l’homme en lui donnant la vie, puis le Ciel après la vie. Rendre un culte intelligent.

Réfléchis, Simon : quel profit Dieu retire-t-il de la création ? Aucun. La création n’accroît pas Dieu, elle ne le sanctifie pas, elle ne l’enrichit pas. Il est infini, et il l’aurait été même si la création n’avait pas existé. Mais Dieu-Amour voulait être aimé, et il a créé dans ce but. C’est seulement de l’amour que Dieu peut recevoir de la création, et cet amour, qui est intelligent et libre uniquement chez les anges et les hommes, fait la gloire de Dieu, la joie des anges, la religion pour les hommes. Si, un jour, il ne s’élevait plus louanges et supplications d’amour de ce grand autel qu’est la terre, celle-ci cesserait d’exister. Car, une fois l’amour éteint, la réparation le serait également, et la colère de Dieu anéantirait l’enfer que serait devenue la terre. Elle doit donc aimer pour exister. En outre, elle doit être le Temple qui aime et prie avec l’intelligence des hommes. Mais dans le Temple, dans tout temple, quelles victimes offre-t-on ? Les victimes pures, sans tache ni tare. Elles seules sont agréables au Seigneur, avec les prémices, puisqu’il faut donner ce qu’il y a de mieux au père de la famille et à Dieu, le Père de la famille humaine, les prémices de toutes choses et ce qui est excellent.

555.7 Mais j’ai dit que la terre a un double devoir de sacrifice : celui de la louange et celui de l’expiation. En effet, l’humanité qui l’habite a péché en ses premiers parents et continue de le faire, ajoutant au péché de manque d’amour pour Dieu les mille autres fautes que constituent ses attachements aux tentations du monde, de la chair et de Satan. Coupable, coupable humanité qui, bien qu’elle ait la ressemblance avec Dieu, et en propre l’intelligence ainsi que des secours divins, ne cesse d’être pécheresse, et toujours plus. Les astres obéissent, les plantes obéissent, les éléments obéissent, les animaux obéissent et, comme ils le peuvent, louent le Seigneur. Les hommes n’obéissent pas et ne louent pas suffisamment le Seigneur. Il en découle la nécessité d’âmes hosties qui aiment et expient pour tous. Ce sont les enfants qui, innocents et ignorants, paient l’amer châtiment de la douleur pour ceux qui ne savent que pécher ; ce sont les saints qui se sacrifient volontairement pour tous.

D’ici peu — un an ou un siècle, c’est toujours “ peu ” par rapport à l’éternité —, on ne célébrera plus d’autres holocaustes sur l’autel du grand Temple de la terre que celui des victimes humaines, consumées avec le sacrifice perpétuel : ce seront des hosties unies à l’Hostie parfaite. Ne sois pas bouleversé, Simon. Je ne dis pas que j’établirai un culte semblable à celui de Moloch, de Baal et d’Astarté. Ce sont les hommes eux-mêmes qui nous immoleront. Tu comprends ? Ils nous immoleront. Et nous irons joyeusement à la mort, afin d’expier et d’aimer pour tous. Puis viendront les temps où les hommes n’immoleront plus les hommes. Mais il y aura toujours des victimes pures que l’amour — l’amour de Dieu et l’amour pour Dieu — consumera avec la grande Victime dans le Sacrifice perpétuel. En vérité, elles seront les hosties du temps et du Temple à venir. Ce qui plaît à Dieu, ce ne sont pas les agneaux et les boucs, les veaux et les colombes, mais le sacrifice du cœur. David en a eu l’intuition[4]. Et dans le temps nouveau, temps de l’esprit et de l’amour, seul ce sacrifice sera agréable.

Considère, Simon, que si un Dieu a dû s’incarner pour apaiser la Justice divine pour le grand Péché, pour les nombreux péchés des hommes, dans le temps de la vérité seuls les sacrifices des esprits des hommes pourront apaiser le Seigneur. Tu penses : “ Mais pourquoi le Très-Haut a-t-il donné l’ordre[5] d’immoler les petits des animaux et les fruits des plantes ? ” Je te réponds : parce que, avant ma venue, l’homme était un holocauste souillé, et parce qu’on ne connaissait pas l’Amour. Désormais, il sera connu. Com­me j’aurai rendu à l’homme la grâce par laquelle il peut connaître l’Amour, il sortira de sa léthargie, il se souviendra, comprendra, vivra, et prendra la place des boucs et des agneaux, devenant hostie d’amour et d’expiation, pour imiter son Maître et Rédempteur. La souffrance, jusqu’à présent châtiment, se changera en amour parfait, et bienheureux seront ceux qui l’embrasseront pour cette raison.

– Mais les enfants…

– Tu veux dire ceux qui ne savent pas encore s’offrir… Sais-tu quand Dieu parle en eux ? Le langage de Dieu est d’ordre spirituel. L’âme le comprend, or elle n’a pas d’âge. Pour ce qui est de la capacité à comprendre Dieu, je vais même jusqu’à affirmer que l’âme d’un enfant, étant sans malice, est plus adulte que celle d’un vieillard pécheur. Je t’affirme, Simon, que tu vivras assez pour voir de nombreux petits enseigner aux adultes, et aussi à toi-même, la sagesse de l’amour héroïque. Mais en ces petits qui décèdent de mort naturelle, c’est Dieu qui opère directement, pour les raisons d’un amour si élevé que je ne puis te l’expliquer, car elles découlent des sagesses écrites dans les livres de la Vie et qui ne seront lues qu’au Ciel par les bienheureux. Lues, ai-je dit, mais en vérité, il suffira de regarder Dieu pour connaître non seulement Dieu, mais aussi son infinie sagesse… 555.8 Nous avons fait venir le coucher de la lune, Simon… L’aube sera bientôt là, et tu n’as pas dormi…

– Peu importe, Maître. Pour quelques heures de sommeil que j’ai perdues, j’ai acquis beaucoup de sagesse, et je suis resté avec toi. Mais, si tu le permets, je m’en vais maintenant, non pour dormir, mais pour méditer sur tes paroles. »

Il est déjà près du seuil, sur le point de sortir, quand il s’arrête, l’air pensif :

« Encore une précision, Maître : est-il juste que, à une personne qui souffre, je dise que la douleur n’est pas un châtiment mais une… grâce, quelque chose comme… comme notre vocation, belle même si elle est difficile, belle même si elle peut paraître rebutante et triste à l’ignorant ?

– Tu peux dire cela, Simon. C’est la vérité. La douleur n’est pas un châtiment quand on sait l’accueillir et en user avec justice. La souffrance est comme un sacerdoce, Simon, un sacerdoce ouvert à tous, un sacerdoce qui donne un grand pouvoir sur le cœur de Dieu, ainsi qu’un grand mérite. Né avec le péché, il peut apaiser la Justice. En effet, Dieu sait faire servir au bien même ce que la Haine a créé pour faire souffrir. Moi, je n’ai pas voulu d’autre moyen pour effacer la Faute, car il n’y a pas de moyen plus grand que celui-là. »

 

[1] Tu disais : ce thème a déjà été abordé en 436.4, 553.6, 554.3. La souffrance dans le dernier discours de Jésus, en 638.14/15.

[2] paroles qui se trouvent en Jb 1, 21.

[3] tous les états est corrigé par Maria Valtorta en toutes les natures. Elle note en effet sur une copie dactylographiée : “ La nature minérale est présente en l’homme — puisque sa matière se compose de substances minérale —, ainsi que la nature animale et l’état spirituel. ” 

[4] David en a eu l’intuition, en Ps 51, 18-19.

[5] donné l’ordre, comme en Ex 22, 28-29 ; 34, 19.