Autres regards sur Marie: Judaïsme, Islam, ...

La doctrine et la piété mariales peuvent aisément s’enrichir de la rencontre avec d’autres traditions religieuses ou avec la pensée humaine. Entre Chrétiens, cette rencontre entre dans le cadre du dialogue œcuménique entre frères. Les Orthodoxes, Protestants et Anglicans ont chacun une tradition riche qui mérite d’être connue. Le Judaïsme permet de mieux connaître le sol religieux et culturel dans lequel la Vierge Marie a évolué. Le dialogue avec l’Islam nous fait connaître une autre approche et la vénération des Musulmans à l’égard de la Vierge Marie. Plus largement encore, on constate que  les adeptes des sagesses orientales, ainsi que les non-croyants, peuvent être touchés par la figure maternelle de la Vierge Marie. Le pape Jean-Paul II affirmait d’ailleurs qu’à travers  cette vénération pour la Vierge Marie s’exerce la force de la ‘maternité universelle’ de Marie, sous l’action de l’Esprit Saint.

La Vierge Marie dans la tradition chrétienne non catholique

Le concile Vatican II insiste sur la nécessité de retrouver l’unité de tous les Chrétiens, voulue par Dieu, la rupture de l’unité de l’Église indivise ayant caractérisé le deuxième millénaire. Elle encourage donc un dialogue œcuménique, pour que tous, catholiques, Orthodoxes, Protestants et Anglicans puissent se parler, se connaître et essayer de surmonter les divisions, dans un effort de conversion, pour se mettre ensemble à l’écoute du Seigneur qui seul peut faire l’unité, selon sa prière au Père : « Que tous soient un, comme nous sommes un » (Jn 17,21-22).  Dans le paragraphe final de la Constitution dogmatique sur l’Église Lumen Gentium il est dit que :

« Le saint Concile trouve une grande joie et consolation au fait que, parmi nos frères séparés, il n’en manque pas qui rendent à la Mère de notre Seigneur et Sauveur l’honneur qui lui est dû, chez les Orientaux en particulier, lesquels vont, d’un élan fervent et d’une âme toute dévouée, vers la Mère de Dieu toujours Vierge pour lui rendre leur culte »[1].

Marie dans la tradition juive 

Si la dévotion à la  Vierge Marie appartient à la religion chrétienne, il ne faut pas oublier que la Vierge Marie est un membre éminent du Peuple Juif, avec lequel nous avons un rapport de filiation. Marie est  Fille de Sion, elle est pleinement insérée au sein des enfants d’Israël, elle transmet à Jésus sa judaïté, et lui donne son corps. Le point de divergence entre Juifs et Chrétiens sur la Vierge Marie concerne bien sûr la maternité divine de la Vierge Marie puisque les Juifs ne considèrent pas Jésus comme Dieu. Le regard chrétien sur Marie en tant que femme et mère juive permet également d’ouvrir un aspect du  dialogue judéo-chrétien.

Marie dans la tradition musulmane 

Pour les Musulmans,  la Vierge Marie est  une figure unique : le livre saint des Musulmans (Coran)  lui réserve une place privilégiée, parle de son enfance, de l’Annonciation, etc.  Elle est reconnue comme  mère de Jésus-prophète. Cette présence dans le Coran n’empêche pas de nombreux points de divergence avec ce que  le christianisme affirme de la Vierge Marie, puisque, par hypothèse, Jésus n’est pas, pour les Musulmans, le Fils de Dieu ni, a fortiori, Marie Mère de Dieu.

La Vierge Marie dans les autres religions non monothéistes

Le saint pape Paul VI a insisté, dans la déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non-chrétiennes Nostra aetate[2] :

« À notre époque où le genre humain devient de jour en jour plus étroitement uni et où les relations entre les divers peuples se multiplient, l’Église examine plus attentivement quelles sont ses relations avec les religions non chrétiennes. Dans sa tâche de promouvoir l’unité et la charité entre les hommes, et aussi entre les peuples, elle examine ici d’abord ce que les hommes ont en commun et qui les pousse à vivre ensemble leur destinée ».(…)

« Tous les peuples forment, en effet, une seule communauté ; ils ont une seule origine, puisque Dieu a fait habiter tout le genre humain sur toute la face de la terre ; ils ont aussi une seule fin dernière, Dieu, dont la providence, les témoignages de bonté et les desseins de salut s’étendent à tous, jusqu’à ce que les élus soient réunis dans la Cité sainte, que la gloire de Dieu illuminera et où tous les peuples marcheront à sa lumière. [3]

Marie, Mère des hommes, nouvelle Ève, nouvelle "Mère de tous les vivants"

Marie exerce un rôle maternel à l’égard de tous les hommes, qu’ils le sachent ou non. Si le Christ est le Nouvel Adam, à l’origine d’une humanité nouvelle, Marie lui apporte son concours pour la naissance de cette humanité nouvelle: celui  de sa foi, celui de sa souffrance. Ainsi elle devient à ses côtés, la nouvelle Ève qui, au pied de la Croix reçoit cette mission d’être Mère pour tous les hommes. Dans la nuit du 29 au 30 mai 1930, le Seigneur Jésus révéla à Sœur Lucie, à Pontevedra, les raison de la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois demandée par le Ciel. Le nombre de cinq est lié à cinq types d’offenses commises contre le Cœur Immaculé de Marie. Le troisième type d’offense dont il parle est celui-ci : « Les blasphèmes contre sa maternité divine, en refusant en même temps de la reconnaître comme Mère des hommes ». Marie doit être reconnue comme la Mère des hommes, comme la Nouvelle Ève. Voilà pourquoi aussi elle doit être priée pour l’unité et la paix de tous ses enfants.

Marie dans les autres traditions, et pour les non-croyants

Pour les adeptes des sagesses orientales, Marie peut être perçue comme une admirable et sublime figure maternelle, devant laquelle viennent se recueillir les fidèles ; enfin, la Vierge Marie touche également de nombreuses autres personnes que l’on peut qualifier d'’hommes de bonne volonté’.

La Vierge Marie et les philosophies

La raison humaine permet d’examiner toute réalité. Ainsi, nous ne pouvons pas douter que les recherches philosophiques puissent aider à entrer dans la profondeur de ce mystère de Marie. La philosophie, en son origine, étant la recherche de la sagesse, véritable idéal de vie vers laquelle tendent les philosophes à travers la pratique raisonnée des vertus, il est naturel qu’elle puisse être confrontée à la figure de la Vierge Marie, parangon de la sagesse chrétienne, puisqu’en la Vierge Marie  coïncident sagesse et liberté. Une étude thématique (le visage, le corps, l’amour, le don, etc.) permet de mieux cerner en quoi philosophie et théologie peuvent coexister, selon le mode de « l’hospitalité réciproque ».

Organisation de la section dans l’Encyclopédie mariale 

C'est par une étude comparative, qui a pour but d’enrichir la doctrine et la dévotion mariale et de favoriser le dialogue interreligieux autour de la personne de la Vierge Marie, comme l’a préconisé le concile Vatican II[4], que s’organise cette section. Elle commence par une étude sur la place et le rôle de la Vierge Marie dans les religions chrétiennes non catholiques (traditions orthodoxe, protestante, anglicane), c’est-à-dire dans le dialogue œcuménique ; puis sur ce que le Judaïsme peut nous dire de Marie ; sur la présentation de Marie dans l’Islam ;  puis sur le rôle de la Vierge Marie dans l’unité des peuples, comme Mère de tous les hommes ; puis l’étude se termine par un exposé sur la position de l’Église vis-à-vis des sagesses orientales (Bouddhisme, Hindouisme, etc.) et des autres religions non chrétiennes, pour finir sur les thèmes philosophiques qui peuvent être mis en perspective avec la sagesse de la Vierge Marie.