LG 55-59 : Marie et le mystère du Christ

LG 55-59 : Le rôle de la Sainte Vierge dans l'économie du Salut

La Mère du Messie dans l'Ancien Testament

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Les Saintes Ecritures de l'ancien et du Nouveau Testament et la Tradition vénérable mettent dans une lumière de plus en plus grande le rôle de la Mère du sauveur dans l'économie du salut et le proposent pour ainsi dire à notre contemplation.

Les livres de l'Ancien Testament décrivent l'histoire du salut et la lente préparation de la venue du Christ au monde. Ces documents primitifs, tels qu'ils sont lus dans l'Eglise et compris à la lumière de la révélation postérieure et complète, font apparaître progressivement dans une plus parfaite clarté la figure de la femme, Mère du Rédempteur. Dans cette clarté, celle-ci se trouve prophétiquement esquissée dans la promesse d'une victoire sur le serpent faite à nos premiers parents tombés dans le péché (cf. Gn 3,15 ).

De même, c'est elle, la Vierge, qui concevra et enfantera un fils auquel sera donné le nom d'Emmanuel (cf. Is 7,14 cf. Mi 5,2-3; Mt 1,22-23 ). Elle occupe la première place parmi ces humbles et ces pauvres du Seigneur qui espèrent et reçoivent le salut de lui avec confiance.

Enfin, avec elle, la fille de Sion par excellence, après la longue attente de la promesse, s'accomplissent les temps et s'instaure l'économie nouvelle, lorsque le Fils de Dieu prit d'elle la nature humaine pour libérer l'homme du péché par les mystères de sa chair.

Marie à l'Annonciation

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Mais le Père des miséricordes a voulu que l'Incarnation fût précédée par une acceptation de la part de cette Mère prédestinée, en sorte que, une femme ayant contribué à l'œuvre de mort, de même une femme contribuât aussi à la vie.

Ce qui est vrai à un titre exceptionnel de la Mère de Jésus donna au monde la vie, la vie même qui renouvelle tout, et fut pourvue par Dieu de dons à la mesure d'une si grande tâche.

Rien d'étonnant, par conséquent, à ce que l'usage se soit établi chez les saints Pères, d'appeler la Mère de Dieu la Toute , indemne de toute tache de péché, ayant été pétrie par l'Esprit-Saint, et formée comme une nouvelle créature(5).

Enrichie dès le premier instant de sa conception d'une sainteté éclatante absolument unique, la Vierge de Nazareth est saluée par l'ange de l'Annonciation, qui parle sur l'Ordre de Dieu, comme "pleine de grâce" (cf. Lc 1,28 ).

Au messager céleste elle fait elle-même cette réponse: "Voici la servante du Seigneur, qu'il en soit de moi selon ta parole" ( Lc 1,38 ). Ainsi Marie, fille d'Adam, donnant à la parole de Dieu son consentement, devient Mère de Jésus et, épousant à plein cœur, sans que nul péché ne la retienne, la volonté divine de salut, se livra elle-même intégralement, comme la servante du Seigneur, à la personne et à l'œuvre de son Fils, pour servir, dans sa dépendance et avec lui, par la grâce du Dieu tout-puissant au mystère de la Rédemption.

C'est donc à juste titre que les saints Pères considèrent Marie comme apportant au salut des hommes non pas simplement la coopération d'un instrument passif aux mains de Dieu, mais la liberté de sa foi et de son obéissance. En effet, comme dit saint Irénée, "par son obéissance elle est devenue, pour elle-même et pour tout le genre humain, cause de salut(6)".

Aussi avec lui, bon nombre d'anciens Pères disent volontiers dans leurs prédications: "Le nœud dû à la désobéissance d'Eve, s'est dénoué par l'obéissance de Marie ; ce que la vierge Eve avait noué par son incrédulité, la Vierge Marie l'a dénoué par sa foi(7)" ; comparant Marie avec Eve, ils appellent Marie "la Mère des vivants(8)" et déclarent souvent: "par Eve la mort, par Marie la vie(9)".

Notes: (5) Cf. S Germain Cont. Hom. in Annunt. Deiparae: PG 98, 328 A; In Dorm 2: col. 357. Anastasius Antioc. Serm. 2 de de Annunt.2: PG 89, 1377 serm. 3,2 col. 1388 C S Andreas Cret.Can. in B.V. Nat. 1, col. 812 A ; Hom. in dorm. 1: col. 1068 C S Sophronius, or. 2 in in Annunt, 18: PG 87 (3) 3237 BD.

(6) S Irénée, Adv. Haer. III 22,4: PG 7,959 A; Harvey 2, 123.

(7) S. Irénée, Ibid., ; Harvey 2, 124.

(8) S Epiphanus, Haer 78, 18: PG 42, 728 CD 729

(9) S Hieronymus, Epis. 22, 21: PL 22, 408. Cf. S Augustin, sermo 51, 2, 3,: PL 38, 335: serm. 232, 2 col. col. 1108. S Cyrillus Hieros, catec. 12,15PG 33, 741 S.Jean Chrisosthome, in Ps 44,7 PG 55, 193. S Damascène, Hom. 2 in in dorm. B.M.V. 3: PG 96, 728

La Vierge et l'enfance de Jésus

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Cette union de la Mère avec son Fils dans l'œuvre du salut est manifeste dès l'heure de la conception virginale du Christ jusqu'à sa mort ; et d'abord quand Marie, partant en hâte pour visiter Elisabeth, est saluée par celle-ci du nom de bienheureuse pour avoir cru au salut promis, tandis que le Précurseur tressaillait au sein de sa mère (cf. Lc 1,41-45 ) ; lors de la Nativité ensuite, quand la Mère de Dieu présenta dans la joie aux pasteurs et aux mages son Fils premier-né, dont la naissance était non la perte mais la consécration de son intégrité virginale . Puis lorsque, dans le Temple, après avoir fait l'offrande des pauvres, elle présenta son Fils au Seigneur, elle entendit Siméon prophétiser en même temps que le Fils serait un signe de contradiction, et que l'âme de la mère serait transpercée d'un glaive: ainsi se révéleraient les pensées intimes d'un grand nombre (cf. Lc 2,34-35 ). Ayant perdu l'enfant Jésus et l'ayant cherché avec angoisse, ses parents le trouvèrent au Temple occupé aux affaires de son Père, et la parole du Fils ne fut pas comprise par eux. Sa mère cependant gardait tout cela dans son cœur et le méditait (cf. Lc 2,41-51 ).

La Vierge et le ministère public de Jésus

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Pendant la vie publique de Jésus, sa mère apparaît expressément, et dès le début, quand aux noces de Cana en Galilée, touchée de pitié, elle obtint par son intercession que Jésus le Messie inaugurât ses miracles (cf. Jn 2,1-11).

Au cours de la prédication de Jésus, elle accueillit les paroles par lesquelles le Fils, mettant le Royaume au-delà des considérations et des liens de la chair et du sang, proclamait bienheureux ceux qui écoutent et observent la parole de Dieu (cf. Mc 3,35 par. et Lc 11,27-28 ), comme elle le faisait fidèlement elle-même (cf. Lc 2,19; Lc 2,51 ).

Ainsi la bienheureuse Vierge avança dans son pèlerinage de foi, gardant fidèlement l'union avec son Fils jusqu'à la croix où, non sans un dessein divin, elle était debout (cf. Jn 19,25 ), souffrant cruellement avec son Fils unique, associée d'un cœur maternel à son sacrifice, donnant à l'immolation de la victime, née de sa chair, le consentement de son amour, pour être enfin, par le même Christ Jésus mourant sur la croix, donnée comme sa Mère au disciple par ces mots: "Femme, voici ton Fils" (cf. Jn 19,26-27)[11].


[11] Cf. Pie XII, ency. Mystici Corporis, 29 juin 1943: AAS 35 (1943), pp. 247-248.

La Vierge après l'Ascension

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Mais comme il a plu à Dieu de ne manifester ouvertement le mystère du salut des hommes qu'à l'heure où il répandrait l'Esprit promis par le Christ, on voit les apôtres, avant le jour de Pentecôte, "persévérant d'un même coeur dans la prière avec quelques femmes dont Marie, Mère de Jésus, et avec ses frères" (Ac 1,14 ) ; et l'on voit Marie appelant elle aussi de ses prières le don de l'Esprit qui, à l'Annonciation, l'avait déjà prise sous son ombre.

Enfin la Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle (12), ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel (13), et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l'univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs (cf. Ap 19,16 ), victorieux du péché et de la mort (14).

Notes: (12) Cf. Pie IX, bulla ineffabilis, 8 Déc. 1854: Acta Pie IX, 1, I, p.616 ; Denz. 1641 (2803).

(13) Cf. Pie XII, Const. apost. Munificent. 1 nov. nov. 1950: AAS 42 (1950) ; Denz. 2333 (3903). cf. S Damascène, Enc. in dorm. Dei genitricis, hom. 2 et et 3: PG 96, 721-761, speciatim col. 728 B. S. Germain Const. in S Dei gen. dorm. serm. 1: PG 98 (6) 340-348; serm. 3, col. 361. S. Modeste Hier. in dorm. SS. Deiparae: PG 86 (2), 3277-3312.

(14) Cf. Pie XII, encyc. Ad coeli Reginam, 11 Oct. 1954: AAS 46 (1954) pp. 633-636 ; Denz. 3913 ss.cf. André Cret. Hom. 3 in in dorm. SS. Deiparae: PG 97, 1089-1109. S Damascène, De fide orth. IV, 14: PG 94, 1153-1161.


Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen gentium, § 55-59,

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