La justice, 2° vertu cardinale

La justice, 2° vertu cardinale (Jean Paul II)

"Il n'y a pas de justice"

La justice, suppose l'amour. Nous sommes à peu près tous conscients qu'en ce monde il est impossible de réaliser la justice dans toute sa dimension.

Sans doute les paroles tant de fois entendues : il n'y a pas de justice en ce monde sont quelques peu simplistes. Mais elles sont vraies.

La Justice est plus grande que l'homme, plus grande que sa vie terrestre. Il est difficile aux hommes d'établir entre eux, entre les divers milieux, entre la société et le les groupes qui la composent, entre les nations, des rapports aussi justes qu'ils le voudraient.

Chaque homme vit et meurt comme assoiffé de justice car le monde n'est pas en mesure de satisfaire pleinement un être créé à l'image de Dieu, ni au plus profond de sa personne ni dans les différents aspects de sa vie humaine. Ainsi assoiffé de justice, l'homme s'ouvre à Dieu qui est Justice.

heureux ceux qui ont faim et soif de justice

Dans le sermon sur la montagne, Jésus l'a dit clairement : Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice car ils seront rassasiés (Mt 5,6).

Sans nous écarter de cette vision évangélique, il nous faut considérer la justice également comme la dimension fondamentale de la vie humaine ici-bas : la vie de l'homme, de la société, de l'humanité.

C'est la dimension morale.

La justice est un principe fondamental de l'existence et de la coexistence des hommes, des communautés, des sociétés et des nations.

Dans les relations sociales et internationales

La justice est aussi un principe de l'existence de l'Eglise, Peuple de Dieu, un principe de la coexistence de l'Eglise et des diverses structures sociales, en particulier de l'Etat, ainsi que des organisations internationales. Sur ce terrain, vaste et varié, l'homme et l'homme et l'humanité cherchent sans cesse la justice : c'est un processus continuel, une tâche extrêmement importante. Selon les différents rapports et situations, la justice a reçu tout au long des siècles, des définitions de plus en plus appropriées.

Soit le concept de la justice : commutative [équitable dans les échanges], distributive [ce qui concerne les salaires, pensions, allocations], légale [les lois et jugements] et sociale [l'organisation de la société]. Tout cela montre combien la justice est fondamentale pour l'ordre moral, parmi les hommes, dans les relations sociales et internationales. On peut dire que le sens même de l'existence de l'homme sur la terre est liée à la justice. Définir correctement ce qui est du à chacun de la part de tous et à tous de la part de chacun, ce qui est du (debitum) à l'homme de la part de l'homme, partout.

Définir et surtout réaliser ! C'est une grande chose pour laquelle une nation vit et grâce à laquelle sa vie a un sens.

On a assisté tout au long des siècles à un effort incessant, à une lutte continuelle pour mettre plus de justice dans la société. Il faut considérer avec respect les nombreux programmes et les systèmes réformateurs de diverses tendances. Mais il faut aussi se rendre compte qu'il ne s'agit pas ici avant tout des systèmes mais de la justice et de l'homme. Ce n'est pas l'homme qui est au service du système, mais le système qui doit être au service de l'homme. Par conséquent, ces systèmes eux-mêmes doivent se garder de se durcir.

Je pense aux systèmes sociaux, économiques, politiques et culturels qui doivent être respectueux de l'homme, de son bien intégral et capables de se corriger eux-mêmes, de corriger leurs propres structures en les adaptant aux exigences de la pleine vérité sur l'homme.

De ce point de vue, il faut accorder toute sa valeur à l'effort accompli de nos jours pour consolider les droits de l'homme dans la vie de l'humanité, des peuples et des Etats.

L'Eglise de notre siècle est en dialogue continu avec le monde contemporain à tous les niveaux, comme le témoignent les nombreuses encycliques des Papes et la doctrine du concile Vatican II.

Le Pape actuel devra revenir souvent sur ce vaste sujet qu'il ne fait pour l'instant que signaler. - Chacun de nous doit pouvoir vivre dans la justice et, bien plus, Etre juste et agir avec justice à l'égard de ceux qui sont loin, à l'égard de la communauté, de la société et... à l'égard de Dieu.

Amour et justice

Parmi les nombreuses formes de justice, il en est une qui concerne ce que l'homme doit à Dieu. C'est un thème, à lui seul, très vaste ! Je ne le développerai pas maintenant, mais je ne puis m'abstenir de le signaler. Arrêtons-nous, en attendant, sur les hommes.

Le Christ nous a laissé le commandement de l'amour du prochain. Ce commandement renferme tout ce qui concerne la justice. Il ne peut y avoir d'amour sans justice.

L'amour dépasse la justice, mais en même temps il la suppose. Même le père et la mère qui aiment leur enfant doivent être justes avec lui. Si la justice vacille, l'amour aussi est menacé. Etre juste c'est rendre à chacun selon son dû. Cela concerne les biens temporels, matériels. Le meilleur exemple peut être ici la rétribution pour le travail, le droit au fruit de son travail ou de sa terre. Il faut aussi rendre à l'homme le respect et la considération auxquels il a droit. - Plus nous connaissons l'homme, plus il nous révèle sa personnalité, son caractère, son intelligence et son cœur. Et nous nous rendons compte alors - et nous devons nous rendre compte - du critère selon lequel nous devons le mesurer et de ce que veut dire être juste à son égard.

La justice est une force de l'esprit

Il est par conséquent nécessaire d'approfondir sans cesse la connaissance de la justice. Elle n'est pas une science théorique. Elle est une vertu, une force de l'esprit, de la volonté et du cœur. Il faut aussi prier pour être juste et pour savoir être juste.

Nous ne pouvons oublier la parole de Notre-Seigneur : C'est la mesure dont vous vous servez qui servira de mesure pour vous (Mt 7,2). Homme juste, homme de juste mesure, que nous le soyons tous, que nous ne cessions d'essayer de le devenir !


Sa sainteté le pape Jean-Paul II

Audience du 8 novembre 1978

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