La Nativité de la Vierge Marie

                                         Marie de Nazareth

                                                      

          Giotto di Bondone. La naissance de la Vierge Marie, v.1303. Fresques de la chapelle Scrovegni, Padoue.Dom. public, via Wikimedia Commons.

Ni la naissance de la Vierge Marie, ni son enfance ne sont rapportés dans les évangiles : tout ce qui se rapporte à l’enfance de la Vierge Marie  provient en effet de textes non canoniques, que l’on nomme apocryphes.  La Tradition authentique de l'Église a longuement commenté, au fil des siècles, cet accomplissement des temps que représente la Nativité de Marie, temps  qui a vu le Messie naître d'une Vierge issue du peuple élu...

  Les récits apocryphes

Le Protévangile de Jacques, prolongé par  l’Évangile de la Nativité de sainte Marie, datant des premiers siècles de l’ère chrétienne, est à l’origine de toute la tradition concernant la Nativité de Marie. Ces récits apocryphes sur la Vierge Marie furent ensuite repris, au XIIIe siècle, dans La Légende dorée du dominicain Jacques de Voragine, et diffusés largement. Le Protévangile de Jacques a donc  exercé une très grande influence  sur la théologie, sur la liturgie comme sur  l’art chrétien, et nombreux sont ceux qui ont commenté ou représenté cet épisode de la Nativité de Marie.

La Tradition de l’Église

La naissance de Marie ou Nativité de Marie a été célébrée dès l’âge patristique :les Pères de l'Église, les saints et les mystiques rejoignant la théologie mariale, témoignent de la joie incommensurable de la Trinité et des anges du Ciel, et de la Vierge Marie comme Aurore du Salut. Du fait de la précocité de la commémoration liturgique de la Nativité de Marie, apparue à Jérusalem  avec l'église édifiée au Ve siècle sur les lieux de la naissance de la Vierge Marie, nous avons quelques homélies anciennes qui traitent de la Nativité de Marie : on peut citer l’ homélie sur la Nativité de Marie de  saint Jean Damascène, patriarche de Jérusalem et Docteur de l’Église, et  Saint André de Crète, le fameux hymnographe, inventeur du genre liturgique du Canon,  qui affirme, dans son homélie sur la Nativité de la Vierge Marie , que cet événement de la naissance de Marie permet "l'union du Verbe avec la chair".

La Nativité de Marie a également inspiré de grands spirituels, comme le cardinal Pierre de Bérulle (1575 -1629)  qui, dans sa Vie de Jésus, compare la Vierge Marie à l'aurore, qui précède le soleil , et parle de sa naissance "à petit bruit". Le curé d’Ars a composé un Sermon sur la Nativité de la Vierge Marie, dans lequel il nous exhorte à l’aimer sans mesure et à imiter ses vertus.

                                                      Les mystiques et la Nativité de Marie

La Bienheureuse et mystique Anne-Catherine Emmerich (1774-1824) rapporte, au chapitre XXV de sa Vie de la Vierge Marie, la vision qu’elle a reçue concernant la naissance de la Vierge Marie. Son récit montre notamment l’extraordinaire joie qu’elle a produit, au ciel et sur la terre, et le pouvoir que la Vierge Marie, dès sa naissance, possède sur les démons.

Elle rapporte également les conseils que lui a donnés la Vierge Marie pour se préparer à honorer la fête de Sa Nativité, le 8 septembre, ainsi que la vision des conséquences des prières faites sur terre en Son honneur.

La Fête de la Nativité de Marie,  le 8 septembre (liturgie)

L'origine de la commémoration liturgique de la naissance de Marie est liée à l'église édifiée au Ve siècle à Jérusalem, dans les environs de la piscine probatique, qui pour la tradition était le lieu de la maison de Joachim et Anne [les parents de Marie], et  le lieu de naissance de la Vierge Marie.

Depuis le VIe siècle la Nativité de Marie fut fêtée aussi à Byzance : le mois de  septembre ouvre l'Année liturgique byzantine, qui célèbre ainsi en Marie l’aurore du temps du salut. Les prières byzantines du 8 septembre exaltent cette restauration, et la liturgie byzantine du 8 septembre est particulièrement riche.

En Occident, c’est le saint pape Serge 1er qui introduisit la fête du 8 septembre  au cours du VIIe siècle:  la Nativité de Marie est l'une des quatre fêtes mariales de provenance orientale (2 février, 25 mars, 15 août, 8 septembre), et cette fête de la Nativité de Marie se répandit rapidement dans toute l’Europe.

Les textes liturgiques actuels de la Solennité du 8 septembre sont restés très proches des premières prières liturgiques du VIIès.

Dans le rite chaldéen, on chante une hymne d’un poète du début du XIIIe siècle nommé Georges Warda (la Rose), auteur d’un recueil d’hymnes liturgiques en langue syriaque, intitulé Le livre de la Rose (Kthava d-warda).

La Nativité de la Vierge Marie dans l’art

                                                  

L.Lotto. La Naissance de la Vierge Marie. 1524. Cappella Maggiore, Chiesa di San Michele al Pozzo Bianco, Bergame.Domaine public , via Wikimedia Commons.

Parmi les thèmes iconographiques concernant la Vierge Marie dans l'art, celui de la naissance de la Vierge Marie, ou Nativité de Marie, appartient au cycle de la vie terrestre de la Vierge Marie. Ce cycle  s’est construit progressivement, à partir des deux sources que constituent les Évangiles, pour certains épisodes, et récits apocryphes, notamment en ce qui concerne l’enfance de la Vierge Marie (Protévangile de Jacques).

                                                   

                                    La Nativité de Marie. Icône de l’école de Novgorod (XVe - XVIe siècle).

Dans l’art oriental, les icônes de la Vierge Marie ont été créées à l’occasion de la fête liturgique de la Nativité de Marie.

En ce qui concerne l’art occidental, c’est vers le XIIès, que l’on commence à  trouver des épisodes de la jeunesse de Marie dans l’art mural, et l’épisode de la  naissance de Marie a suscité au fil des siècles de nombreuses représentations, notamment dans la peinture italienne de la Renaissance, avec les fresques  de D.Ghirlandaio, ou celles de Lorenzo Lotto de Bergame, que l'on peut voir ci-dessus. En ce qui concerne la peinture allemande, on peut citer comme exemple le tableau d’A. Altdorfer, qui date de 1520, et qui représente la scène de la Nativité de la Vierge dans une église, lui conférant une dimension symbolique très importante.  

                                    Un enjeu théologique important

Ce thème iconographique de la Nativité de Marie  offre un parallèle à la vie du Christ, et, à travers cette analogie, la possibilité d’ancrer dans l’histoire, et d’anticiper, à travers la représentation de la Vierge Marie, l’Incarnation du Christ : souci théologique pour souligner à la fois la double nature du Christ, vrai homme et vrai Dieu, et l’avènement du salut. Il offre aussi la possibilité d’établir une continuité entre la lignée qui, de David, aboutira à Jésus, et entre le monde de l’Ancien Testament (dont fait partie la famille de la Vierge) et l’ère nouvelle, chrétienne, instaurée par Jésus-Christ.

 Le motif iconographique  de la Nativité de la Vierge Marie s’affranchira ensuite du cycle complet de la vie de la Vierge,  et permettra aux artistes de mettre en valeur, au-delà d’un événement  historique, certains points de la théologie, selon leurs choix à la fois esthétiques et spirituels.

À partir du XVI° siècle se produit une réaction contre une vision devenue trop réaliste, risquant de faire perdre l'enjeu théologique dont cet épisode est chargé.

                                      Le culte de « Maria Bambina »

                                                               

Statue en cire de Marie bébé (Santa Bambina),  XIXe siècle, église Saint-Marc de Milan. G.dallorto, CC BY-SA 2.5 IT , via Wikimedia Commons.

Le thème iconographique de la Nativité de la Vierge a été à l’origine du culte de de Maria Bambina ou Santa Bambina, à partir du XVIIIès.Le 17 février 1898, le premier oratoire public élevé en l’honneur de la « Santissima Bambina » fut inaugurée au Carmel de Laval par le Pape Léon XIII, et cette statue se trouvera  bientôt  dans les sanctuaires marials et dans les maisons privées.