Troisième jour de la neuvaine à sainte Bernadette
11 février 2021

Jour 3 : « Pourvu qu’ils ne s’enrichissent pas ! »

 

Un des aspects de la pauvreté « divine », c’est l’humilité, la joie de se retrouver derrière la porte, comme un balai qui a fini de servir. Bernadette a peur de la prétention des orgueilleux, et elle fait dire à sa famille : « Pourvu qu’ils ne s’enrichissent pas ! »

 

Récit

Aimer et servir les pauvres ne peut se faire qu’avec un cœur de pauvre.

Bernadette ne s’est jamais laissé impressionner par l’engouement dont elle est l’objet. Tout à l’image de Marie, elle ne se tourne aucunement vers elle-même, elle s’offre à la lumière qu’elle reçoit, au moment des apparitions certes mais plus encore dans l’ordinaire des jours.

La jeune fille de Nazareth ne se laisse pas aller un seul instant à une quelconque introspection, elle n’existe que dans le dialogue avec son Seigneur et dans l’offrande de tout son être. Une fois reçu le message de l’Ange au jour de l’Annonciation, Marie n’a qu’une hâte, laisser déborder la grâce reçue, par les gestes du service : elle part chez sa cousine Élisabeth âgée et enceinte, elle l’accompagne jusqu’à l’accouchement. L’Esprit Saint déborde de son Cœur à peine entrée chez elle pour la saluer. Écoutons Georges Bernanos, quand il met dans la bouche de son « curé de campagne » son admiration pour l’humilité de Marie :

« La Sainte Vierge n'a eu ni triomphe ni miracles. Son Fils n'a pas permis que la gloire humaine l'effleurât, même du plus fin bout de sa grande aile sauvage. Personne n'a vécu, n'a souffert, n'est mort aussi simplement et dans une ignorance aussi profonde de sa propre dignité, d'une dignité qui la met pourtant au-dessus des Anges. Car enfin, elle était née sans péché, quelle solitude étonnante ! Une source si pure, si limpide, si limpide et si pure, qu’elle ne pouvait même pas y voir refléter sa propre image, faite pour la seule joie du Père […]. La Vierge était l’Innocence. […] Le regard de la Vierge est le seul regard vraiment enfantin, le seul vrai regard d'enfant qui se soit jamais levé sur notre honte et notre malheur. »

La pureté originelle de Marie témoigne donc que notre monde comporte en son sein une part immaculée. Nous ne pouvons plus dire : « Tous pourris ! » Dans le Cœur de Marie, ce n’est pas le péché, la recherche de soi, qui l’emporte, mais une humble disponibilité à l’œuvre de Dieu.

Nous pouvons émettre l’hypothèse qu’un des secrets confiés à Bernadette concerne cette première Béatitude. Son choix de la pauvreté est radical et concerne la source même de l’envie, de la possession. Elle ne supporte pas la moindre compromission avec l’argent ou la vanité.

« Une dame étrangère, aux manières distinguées, vient frapper à notre porte pour nous demander à voir [Bernadette]… Nous lui donnons accès dans la maison. Elle se confondit en remerciements, fit parler [la voyante] et demeura plus d’une heure suspendue à ses lèvres. Quand l’étrangère se disposa à partir, avec la délicatesse de ceux qui savent donner, elle embrassa l’enfant et lui glissa furtivement un rouleau sous les plis du tablier. Comme si un charbon était tombé sur elle, Bernadette se leva d’un bond et laissa tomber le cadeau de la dame. Confuse de son mouvement, elle ramassa le rouleau d’or et le remit gentiment à la charitable étrangère. Aucune supplication ne put la décider à prendre ce trésor. » (Témoignage de la mère de Bernadette)

La mère de Bernadette avouait : « Nous serions dans l’aisance si ma fille avait voulu accepter les rouleaux d’or qui lui ont été offerts, souvent, et avec insistance. » À un évêque qui voulait lui offrir son chapelet en or, et recevoir le sien en échange, elle aurait répondu : « La Sainte Vierge n’aime pas la vanité. » Un journaliste reconnaît aussi : « Elle se présente sans timidité, comme sans forfanterie, et la curiosité dont elle est l’objet ne paraît pas l’embarrasser le moins du monde. – Il paraît, lui ai-je dit, que l’on s’occupe beaucoup de vous dans le pays. J’en ai entendu parler à Bagnères, le savez-vous ? – On me l’a dit. – … Cela vous fait plaisir ?  – Ça m’est égal… J’ai essayé de l’éblouir par la perspective de la richesse : – Écoutez, Bernadette… Il faut venir à Paris avec moi et dans trois semaines vous serez riche… Je me charge de votre fortune. – Oh ! Non, non. Je veux rester pauvre. » (R. Laurentin, Bernadette vous parle, I, p. 168-173-189.) 

 

Méditation 

Bernadette se savait au service d’une mission qui lui était donnée. Elle-même ne pouvait en tirer aucun parti, aucun avantage. Bernadette n’est rien par elle-même, elle n’appartient qu’à Dieu, qui fera d’elle ce qu’il voudra. Ainsi propose-t-elle à l’une de ses Sœurs à Nevers une image pittoresque :

« – Que fait-on d’un balai lorsqu’on a fini de balayer ?...
Étonnée, je lui réponds : – Quelle question me faites-vous là ?
– Oui, je vous demande où on le place quand on a fini.
– … Dans un petit coin, derrière la porte.
Alors, tout heureuse… elle me dit : – Eh bien, j’ai servi de manche à balai à la Sainte Vierge ; lorsqu’elle n’a plus eu besoin de moi, elle m’a mise à ma place qui est derrière la porte.
Et en frappant des mains, elle ajouta : – J’y suis, j’y reste.
Le ton et le geste étaient très joyeux », insiste le témoin. 

Nous constatons que cette pauvreté, cette humilité la rendent heureuse. La pauvreté assumée, choisie, par un cœur disponible à l’amour offert, voilà un chemin assuré du vrai bonheur.

 

Prière

Marie de même se veut « l’humble servante du Seigneur ». Elle est la première disciple du « Serviteur de Dieu ». Notre prière se joint à celle des premiers chrétiens méditant le choix de leur Maître et Seigneur, qui se met à genoux devant ses disciples pour leur laver les pieds, comme un esclave.

« Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la Croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au Ciel, sur Terre et aux enfers, et que toute langue proclame : "Jésus Christ est Seigneur" à la gloire de Dieu le Père. » (Épître aux Philippiens 2, 5-11.)

Le Christ, Marie, Bernadette, chacun de nous, nous sommes de ces petits que Dieu aime.

 

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