Le privilège de Marie : sa petitesse, son amour (Ste Thérèse de L. + 1897)

Le privilège de Marie : sa petitesse, son amour

Le principal privilège de Marie dans l'Évangile: la petitesse et la pauvreté comme lieu du plus grand amour

Nous lisons dans les « derniers entretiens » de Thérèse de Lisieux :

« Elle me disait que tout ce qu'elle avait entendu prêcher sur la Vierge ne l'avait pas touchée.

Que les prêtres nous montrent donc des vertus pratiquables ! C'est bien de parler de ses prérogatives, mais il faut surtout qu'on puisse l'imiter.

Elle aime mieux l'imitation que l'admiration, et sa vie a été si simple !

Quelque beau que soit un sermon sur la Vierge, si l'on est obligé tout le temps de faire : Ah !... Ah !... on en a assez.
Que j'aime à lui chanter :

L'étroit chemin du Ciel tu l'as rendu visible (Elle disait : facile)
En pratiquant toujours les plus humbles vertus. » (Carnet Jaune 23.8.9).

Thérèse, qui cite deux vers de sa poésie, s'oppose à une prédication résolument "triomphaliste" qui parlait seulement de la grandeur et des privilèges de Marie et se fondait souvent sur les évangiles apocryphes, pleins d'épisodes merveilleux et extraordinaires. La carmélite répond à tels excès avec l'Évangile qui au contraire nous montre Marie toute simple, petite, proche de nous et imitable.

Thérèse retrouve ainsi le plus grand privilège oublié par les prédicateurs: le privilège de la pauvreté et de la petitesse qui caractérise toute la vie terrestre de Jésus et de Marie.

Ceci coïncide avec ce que saint François écrivait dans sa dernière volonté à Claire : "Moi, frère François, petit, je veux suivre la vie et la pauvreté de notre haut Seigneur Jésus Christ et de sa mère très ". Pour Claire comme pour le petit pauvre, les mots "petitesse" et "pauvreté" expriment fondamentalement la même réalité : le cœur de l'Évangile, lieu de rencontre et de communion la plus intime avec Jésus et Marie.

Quand les prédicateurs rendaient Marie lointaine et inimitable en montrant seulement sa gloire sublime, Thérèse la découvre au contraire dans l'Évangile proche de nous en sa petitesse et pauvreté:

En méditant ta vie dans le saint Évangile

j'ose te regarder et m'approcher de toi

Me croire ton enfant ne m'est pas difficile

car je te vois mortelle et souffrant comme moi.

(P 54/2.)

Ne pas craindre d'aimer trop la Vierge

Thérèse de Lisieux relit tous les textes de l'Évangile où Marie est présente, en utilisant toujours comme clé de lecture l'acte d'amour: "je t'aime".

De cette manière, l'Esprit saint lui donne d'habiter l'Évangile, en la rendant immédiatement présente à tous les mystères révélé, de l'incarnation jusqu'à la croix. Ce sont précisément les mystères de la pauvreté où "la Vierge pauvre embrasse le Christ pauvre" en "l'aimant totalement" selon les expressions de Claire[1].

Par le point de vue de l'amour, Thérèse retrouve le vrai sens de l'adage: "Numquam satis de Maria", c'est-à-dire "jamais assez pour Marie", "ce n'est jamais suffisant quand il s'agit de Marie".

Elle en donne une expression merveilleuse quand, pendant le noviciat, elle écrit à sa cousine Marie Guérin qui était scrupuleuse:

"Ne crains pas d'aimer trop la Vierge; tu ne l'aimeras jamais assez, et Jésus en sera très content, parce que la Vierge est sa mère" (Lettre 92).

C'est la même réponse que saint Louis Marie Grignion de Montfort donnait aux "fidèles scrupuleux" qui craignaient de déplaire à Jésus en aimant trop Marie: "on n'aime jamais assez Marie, parce que on aime toujours Jésus par elle en elle et avec elle." [2]

Ce n'est donc assez "jamais" dans le sens où il s'agit de l'amour, et non pas dans le sens d'inventer de nouveaux privilèges.


[1] Ste Claire, Lettre à Agnès de Pragues

[2] Saint L-M de Montfort, Traité de la vraie dévotion § 10 e 94


P. Lethel

Extraits de P. Lethel, Teresa di Lisieux e la Vergine Maria.

http://www.carmes-liban.org/TerMaria.htm