La puissance du Nom

La puissance du Nom

Déjà dans l'Ancien Testament :

Invoquer le Nom de Dieu avec attention et délibérément, c'est se mettre en sa présence, s'ouvrir à son énergie, s'offrir comme un instrument et un sacrifice vivant entre ses mains.

Si ardent était le sens de la majesté du Nom de Dieu dans le judaïsme tardif, que le "tétragrammaton" n'était pas prononcé tout haut au service de la synagogue : le Nom du Très-Haut était considéré comme trop redoutable pour être prononcé.

 

Le Nom de Jésus est puissance :

Cette compréhension hébraïque du Nom passe de 1'Ancien Testament au Nouveau. Les démons sont chassés et les hommes guéris par le Nom de Jésus, car le Nom est puissance.

Une fois que cette puissance du Nom est exactement appréciée, beaucoup de textes familiers acquièrent une plus complète et plus forte signification : telle la demande dans la Prière du Seigneur, "Que ton Nom soit sanctifié" ; la promesse du Christ au dernier repas, "Tout ce que vous demanderez au Père en mon Nom, il vous le donnera" (Jn 16,23) ; son commandement final aux apôtres, "Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit" (Mt 28,19), etc.

 

La prière de Jésus :

C'est cette révérence biblique pour le Nom qui forme la base et le fondement de la Prière de Jésus. Le Nom de Dieu est essentiellement lié à sa personne et ainsi l'invocation du Nom divin possède un authentique caractère sacramentel, servant en tant que signe effectif de sa présence et de son action invisible.

Pour le croyant chrétien aujourd'hui, comme aux temps apostoliques, le Nom de Jésus est puissance.

Selon les expressions des deux Anciens de Gaza, saint Barsanuphe et saint Jean (VIe siècle), "le souvenir du Nom de Dieu détruit entièrement ce qui est mal[1]."

 

Une foi active, une ascèse, un témoignage :

Le Nom est puissance, mais une répétition purement mécanique ne sera d'aucun effet par elle-même.

La Prière de Jésus n'est pas un talisman magique. Comme dans toutes les opérations sacramentelles, la coopération de l'homme avec Dieu est requise à travers sa foi active et son effort d'ascèse.

Nous sommes appelés à invoquer le Nom avec recueillement et vigilance intérieure, en enfermant la pensée dans les paroles de la Prière, sachant qui est celui à qui nous nous adressons et qui nous répond dans notre cœur.

Une prière aussi ardue n'est jamais facile au stade initial, et elle est décrite à juste titre par les Pères comme un martyre caché.

 

 


[1] Correspondance, Volos, éd. Sotirios Schoinas, 1960, p. 693 ; trad. L. Regnault et P. Lemaire, Solesmes, 1972, p. 692.


Extraits de :

Mgr Kallistos Ware, Évêque de Diokleia,

La puissance du nom : la prière de Jésus dans la spiritualité orthodoxe.

https://www.pagesorthodoxes.net/coeur/puissancedunom.htm 8 octobre 2010.

Édité dans Elisabeth Behr-Sigel,

Le lieu du coeur : Initiation à la spiritualité de l‘Église orthodoxe. Cerf, Paris 1989.